L’impact de Mai 68 en médecine: Mony Elkaim, un acteur de premier plan

Mony Elkaim ne fut pas seulement à l’époque un acteur de premier plan pour la faculté de médecine, où il abordait la fin de ses études, mais il joua un rôle tout à fait majeur dans l’ensemble des événements.
Voulant manifester la solidarité des étudiants de l’ULB avec ceux qui avaient déclenché la révolte dans les facultés françaises, mais également désireux de s’occuper de sa propres université, il profita de la conférence précitée de Melina Mercouri du 13 mai pour proposer l’occupation de l’auditoire Janson (le plus important du campus du Solbosch) et la mise sur pied de ce qu’on a appelé à l’époque l’Assemblée libre, où l’on retrouvait d’ailleurs un certain nombre d’étudiants en médecine. Il fut suivi par de nombreux étudiants, ce qui marqua le début de la révolte à l’ULB.


«Il y a eu en fait d’emblée deux tendances dans le mouvement étudiant, les uns, liés aux mouvements politiques, surtout d’extrême-gauche, souhaitant élargir le débat à la société entière et les autres, concentrés sur les rapports avec l’institution universitaire. Il s’agissait pour moi de donner la parole à ceux qui ne s’exprimaient jamais et pas seulement aux ‘ténors’, que l’on entendait toujours. Le propre de l’Assemblée libre était que l’on n’y trouvait aucune position hiérarchique», explique Mony Elkaim, qui animait le plus souvent ces débats, aidés par une série d’autres gens, comme Michel Graindorge, Edouardo Tell, Jean-Claude Garot ou Josy Dubié, par exemple. Et d’ajouter: «Nous n’avions pas comme but de changer la société, mais de nous changer nous-mêmes. Nous mettions en cause les hiérarchies, les structures de pouvoir. »
Mony Elkaim, comme Alain De Wever, souligne l’évolution importante que fut la fin du mandarinat dans les hôpitaux. Les animateurs du mouvement, qui s’est élargi à d’autres professions, ont constamment veillé à ce qu’il n’y ait pas de violence. Pour ce qui concerne le domaine médical, ces bouleversements ont surtout été spectaculaires en psychiatrie, insiste le Dr Elkaim, lui-même spécialisé en thérapie familiale. «En fait il y avait déjà, en la matière, tout un mouvement dit 'de réseaux' qui entendait changer l’accent mis jusque-là sur l’hospitalisation. Une série d’ouvrages capitaux ont paru dans les années suivantes, comme ceux de Basaglia, de David Cooper, de Ronald Laing, qui ont lancé le mouvement parfois appelé 'antipsychiatrie'. Celui-ci a donné naissance en Europe aux thérapies familiales, basées sur le rôle que peut jouer la famille dans les troubles psychiatriques de l’individu, à côté d’autres paramètres, mais qui peut aussi aider à la résolution de ses problèmes.»

Mai 68 a joué un rôle important dans la résurgence de toute cette remise en question, où sont intervenus médecins, infirmier(e)s et patients, avec la mise sur pied notamment d’assemblées générales dans les hôpitaux. L’accent a notamment été mis sur le travail de prévention dans les quartiers. La constitution de groupes de réflexion et d’action, incluant un grand nombre de patients psychiatrisés, s’inscrit également dans la suite de Mai 68.

  > Voir la vidéo Mai 68 des archives de Sonuma

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Quel a été l'impact de Mai 68 en médecine?
Alain De Wever explique
Jacques de Toeuf se souvient
Le regard de Paul De Munck
Michel Roland anticipe

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