Témoignage: «On peut perdre 40% de son chiffre d’affaires quand on s'installe!»

Une jeune consoeur fraîchement diplômée raconte son parcours du combattant pour installer son cabinet et commencer sa pratique. Elle pointe du doigt l'administration de la Fédération Wallonie-Bruxelles

«Durant toutes nos études, on s’est inquiété. Aurait-on un numéro Inami? Le diplôme en poche et l’assistanat terminé, on s’inquiète encore. Quand va-t-il finir par arriver? On pensait voir le bout du tunnel après 9 ans d’efforts mais un obstacle demeure -100% administratif», décrit Marie Hechtermans (GBO). A savoir franchir le goulot d’étranglement à la Fédération Wallonie Bruxelles (FWB), administration générale de l’Enseignement, où l’on épluche les dossiers à soumettre à la commission d’agrément.

Aaaaah jeunesse impatiente, direz-vous? A s’énerver pour une contrariété administrative alors que la carrière en sera pavée ? C’est que ladite «contrariété» a des répercussions financières qui tombent très mal pour un MG qui démarre.

Petit rappel de procédure : l’assistanat bouclé, le jeune médecin envoie sa demande d’agrément, lestée d’un lot de pièces justificatives dont le carnet de stage, à la « Direction de l’agrément des prestataires de soins de santé » de la FWB. Celle-ci vérifie que les conditions légales sont respectées et transmet à la commission d’agrément (du SPF Santé publique), laquelle émet un avis à l’attention de la ministre. Le jeune est informé, via l’eHealth-Box, de la décision prise. Si feu vert il y a, l’info passe à l’Inami, qui attribue le tant attendu numéro.

Un unique fonctionnaire

Il a fallu 2 mois à Marie Hechtermans pour recevoir son « 004 (*) que j’ai aussitôt scanné pour le montrer à tout le monde », plaisante-t-elle. « Ça, c’est un parcours idéal. Pas mal de mes connaissances ont rentré leur dossier début août, et il n’a toujours pas atteint la commission d’agrément… » D’après les recherches qu’elle a menées, avec et pour le GBO au sein duquel elle milite, la jeune Bruxelloise estime que ce n’est ni au sein de la commission – « qui a mis les bouchées doubles sur 300 dossiers ces derniers temps » - ni à l’Inami – « plutôt rapide » - que cela coince, mais bien à la FWB. Un unique fonctionnaire est désigné pour traiter la marée de demandes entrantes. « Il a beau être zélé, il n’y a que 24 heures dans une journée... »

Quelle est la conséquence concrète de cette latence ? « Le jeune MG qui choisit une filière de salarié ou d’entrer dans une MM au forfait ne sera pas impacté. Par contre, celui qui se lance comme indépendant à l’acte ne pourra, faute de code de compétence définitif, attester que sous son ancien numéro, à 75% des tarifs d’un généraliste agréé. Et loin des 25,5 € d’application quand on est agréé et accrédité. Comptez au final 10 € de moins par consultation. En plus, pendant cette période, on ne peut pas faire de DMG. Autre part de revenus dont on est coupé…»

Or, fait-elle observer, c’est justement quand on prend son envol en « libéral » que déboulent une série de frais (le cabinet, le matériel, les assurances…). Quant à la prime Impulseo, « outre qu’elle est versée 10 mois après accord, il faut pour la demander… avoir l’agrément ! Même si on sait que, plus tard, on ne sera pas les plus mal lotis du monde, c’est frustrant de perdre pendant quelques mois, à une période critique, 40% de notre chiffre d’affaires… »

Vu les implications, pas mal de jeunes prennent quelques mois de « congés sabbatiques forcés », en somme. D’autres se lancent quand même, empruntent, se font aider par leurs proches … « Il faut bien débrouiller. A ce stade du parcours, en général, on a 27 ans, on est indépendant, on a un logement à payer. Vous nous voyez aller dire au propriétaire : ‘écoutez, je casse mon bail pendant 2-3 mois pour retourner chez papa-maman, ok ?’ »

La transition est d’autant plus rude qu’en vertu du statut sui generis, l’assistant perçoit un salaire mensuel de 2.000-2.200 € nets (en fin d’assistanat). « J’en connais qui ont tenté le coup, commencé à pratiquer malgré tout. Pour la plupart, en full time, ils ont fait moins de 1.000 € nets sur le mois. »

Réunion au Cabinet Demotte

A la demande du GBO une réunion au Cabinet Demotte a d'ailleurs eu lieu avec la présidente de la commission d’agrément. Le syndicat compte chercher avec l’administration des solutions constructives, pour permettre à la relève « une entrée sereine et rapide dans la vie active » – surtout qu’elle est par endroits fort attendue. « La 6ème réforme de l’Etat a tellement morcelé les compétences que la vue d’ensemble sur les problématiques fait défaut. C’est à se demander si une politique cohérente est encore possible… »

Au sortir de la réunion au cabinet Demotte, incluant un représentant de l’administration, Paul De Munck jugeait le climat constructif. « Nous avons été écoutés. La volonté de trouver des solutions durables - puisque le même coup de feu se reproduit chaque année - semblait bien présente. On a appris deux bonnes nouvelles côté administration. Tout d’abord que le service où il y a goulot d’étranglement allait être renforcé ‘incessamment’ - c’est une question de semaines, paraît-il. Ensuite, qu’en médecine générale, malgré le sous-effectif, toutes les demandes d’agrément en bonne et due forme (sans pièces manquantes, donc) étaient à présent traitées. »

Le président du GBO n’en dira pas plus : une communication sur les problèmes identifiés et les pistes envisagées est programmée prochainement par la commission d’agrément elle-même. « Qu’on peut féliciter d’avoir mis les bouchées doubles ces derniers temps pour s’occuper de centaines de dossiers. »

(*) le titulaire d’un diplôme de médecin reçoit un 000, un assistant (très précisément un « CMG », candidat médecin généraliste) un 005-006 et, une fois l’agrément obtenu, un 003-004

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