Pyramides et tunnels (Frank Ponsaert)

Depuis l’annonce de la ministre De Block que le remboursement des applications démarrerait fin 2018, le sujet est plus que jamais d’actualité en Belgique.

Toutefois, n’oublions pas dans l’euphorie que la santé mobile est bien plus que des applications dans un "store" sur internet. Le soutien des apps, la possibilité de prescrire des apps et leur remboursement ne sont qu’une partie de l’histoire.

Il en va de même pour le slogan de la ministre De Block : « Impliquer davantage le patient grâce aux applications mobiles » ; celui-ci est un peu limité. L’écosystème qui est créé autour de la santé mobile (ou plutôt les soins sans contact physique) comporte bien plus de facettes que seule une app ou une app connectée à un dispositif médical.

Il est clair que dans cette nouvelle forme de soins et de prévention, l’interaction entre les prestataires de soins et le patient change profondément. Il est inéluctable que cela motive le patient dans le processus de soins et qu’il se sent ainsi plus impliqué, mais cela ne vient pas seulement de l’application ...

Le patient ne va donc plus s’asseoir dans la salle d’attente, en souffrant, dans l’attente que le prestataire de soins vienne l’appeler pour réponde ensuite à ses questions. Le patient peut maintenant prendre l’initiative et le prestataire de soins peut le consulter à distance sans que les deux parties ne doivent nécessairement faire concorder leur agenda.

Cela vient chambouler le travail du dispensateur de soins et implique de nouvelles tâches, des tâches changeantes. Mais soyons clairs. En 2019, la méthode de travail « traditionnelle » sera toujours le point de départ et le fil conducteur des soins.

Répondre aux changements demande bien plus que d’introduire la possibilité de prescrire des applications et de prévoir leur remboursement. La pyramide qui est maintenant mise au centre des débats est un détail nécessaire. Un élément beaucoup plus important est d’identifier les exigences technologiques de processus de travail changeants, les dispositifs médicaux changeants et les relations changeantes.

L’incertitude relative à la responsabilité est toujours d’actualité même si demain il y a un remboursement. Donc, là aussi, il faut une réponse claire !

Si le prestataire de soins choisit de faire une partie du suivi des patients via la téléconsultation et optimalise ainsi son temps et celui de son patient sans toucher à la qualité, son travail doit être remboursé correctement, comme une consultation physique. Cela pourrait se faire bien plus vite que fin 2018. Cela demande juste une adaptation de la nomenclature avec la mention des conditions.

Comment les processus de travail changeants vont-ils être décrits, évalués, soutenus et rémunérés ? Est-ce une étape importante vers un ‘bundled payment’ ou toute autre forme de rémunération, avec de préférence un aspect qualitatif bien défini ?

La pyramide ne peut donc être l’entrée d’une vision en tunnel des applications, mais doit être une porte d’entrée d’un nouvel univers de santé.

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