Lettre ouverte à Maggie De Block : “Pas de centralisation des soins à tout prix” (Dr S.Markiewicz)

Le docteur Serge Markiewicz, chef du service de chirurgie abdominale des Cliniques Saint-Joseph (CHC) condamne, dans une lettre ouverte à la ministre,  la centralisation des soins qui risque d’avoir des effets pervers sur l’accessibilité et la qualité des soins aux patients et sur la formation des futurs chirurgiens.

La mise en réseaux des hôpitaux sur l'ensemble du territoire national pose des problèmes spécifiques pour lesquels les spécialistes n'hésitent pas à tirer la sonnette d'alarme . Le Dr Serge Markiewicz, Chef du service de chirurgie abdominale des Cliniques Saint-Joseph (CHC) à Liège a écrit une lettre ouverte à la ministre fédérale de la santé, Maggie De Block où il reconnaît être « pour une centralisation des soins mais pas à n’importe quel prix. »

Il s'interroge sur divers aspects de la réforme :  « La désignation des centres de référence par le groupe de travail MédicoMut fait débat. Prenons l’exemple des interventions de l’œsophage : les centres réalisant plus de 20 interventions par an sont mis en avant, sans tenir compte des multiples facettes du concept de qualité des soins. »

12 au lieu de 20 interventions

Dans le but de réfléchir à cette problématique, l’équipe de chirurgie abdominale des Cliniques Saint-Joseph (CHC) a revu les dossiers de centaines de ses patients diagnostiqués avec un cancer de l’œsophage depuis 2006. « Nous avons constaté que notre activité, tout comme celle des autres hôpitaux en Wallonie et à Bruxelles, est en deçà du seuil fixé à 20 interventions par an. Sachant que seuls deux centres dans le nord du pays réalisent au moins 20 résections de l’œsophage en moyenne par an, nous estimons que le groupe de travail MédicoMut fixe le seuil minimal beaucoup trop haut. Les experts du Centre Fédéral d’Expertise des Soins de Santé (KCE) ont une vision plus modérée, définissant un centre de référence par un volume d’activité minimum de 12 interventions par an. »

Il craint « une centralisation excessive, comme l’éloignement géographique et la diminution de l’accessibilité aux soins de santé pour les patients économiquement défavorisés ». Pour lui, « l’évaluation de la qualité d’une prise en charge ne se limite pas au nombre de patients opérés ; la qualité des soins administrés au patient est jaugée à chaque étape de sa prise en charge ».

Pancréas : notre service est aussi menacé

Le Dr Serge Markiewicz ajoute que « la problématique est identique pour la prise en charge chirurgicale des affections bénignes, prémalignes ou malignes du pancréas et/ou de la région péri-ampullaire. Pour ces pathologies, le critère de mortalité à court terme fixé par les Autorités après une résection de la tête du pancréas est de 3,9% endéans les 30 jours et 7,8% endéans les 90 jours. Nous nous inscrivons dans ces chiffres puisque, pour l’échantillon 2013 à 2017, la mortalité endéans les 30 jours après une résection de la tête du pancréas est inférieure à 3%, et la mortalité endéans les 90 jours postopératoires est inférieure à 7% dans notre service. Malgré ces données très encourageantes, cette activité est menacée dans notre service. »

Sa conclusion est sans appel : « Nous sommes convaincus que la centralisation des soins ne sera bénéfique que si elle dépasse ce critère de volume pour suivre les indicateurs du KCE et tenir compte de l’humain. Le nombre de patients pris en charge n’est pas seul garant de qualité ! »

Le débat se poursuit sur @LeSpecialiste

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Derniers commentaires

  • Robert DE KEULENEER

    13 janvier 2019

    Tout a fait D'accord avec vous ,Confrère Markiewicz ! Je le dit depuis longtemps . Les cancers du pancréas n'auront plus le temps d'être opérés vu qu'il y aura des listes d'attente . Ils seront décédés ou devenus inopérables rapidement !

    Est ce le but de la Ministre ?

    Pensons aussi aux autres pathologies qui pourraient suivre le meme chemin !

    Je suis à votre disposition si je puis aider .

    Dr Robert De Keuleneer -Chef de Service de Chirurgie honoraire eu CHRVS) Auvelais.

    Nouveau mail : robert.dekeuleneer@gmail.com

  • Harry DORCHY

    11 janvier 2019

    Pour allier performance dans la qualité des soins de pathologies assez rares et économie, il est logique de regrouper une masse critique suffisante de patients avec des médecins et des paramédicaux expérimentés. Toutefois, le confrère S. Markiewicz a raison. Il ne faut pas, en Belgique, créer des « déserts » médicaux. Je me permets de prendre l’exemple des centres de diabétologie pédiatrique qui est une belle réussite. La convention avec l’INAMI définit le nombre minimum de patients et l’encradrement minimum. De facto, le maillage belge est homogène en fonction de la population.
    CONVENTION EN MATIÈRE D'AUTOGESTION DU DIABÈTE SUCRÉ CHEZ LES ENFANTS ET LES ADOLESCENTS de l’INAMI :
    Art 10 §2. Définition du nombre minimum de patients. L'établissement doit avoir en traitement régulier en permanence au moins 60 enfants et/ou adolescents (de moins de 18 ans) diabétiques. Par traitement régulier on entend que le bénéfi- ciaire suit un programme de soins multidisciplinaire dans l'établissement avec, par année, en dehors d'une période d'hospitalisation du bénéficiaire, au moins 3 contacts personnels à différentes dates, entre lui et l'équipe de diabétologie.
    Art 11 §6. Définition du cadre minimimum. Par discipline, le cadre total avancé de 1,2 ETP par 60 patients âgés de moins de 18 ans composer de : normalement 0,30 ETP pédiatre comme visé au § 1er au minimum (dont seule la moitié est financée par le forfait définit à l’article 19 § 1 ; l’autre étant sensée l’être via les consultations des bénéficiaires faisant partie du groupe cible de la convention) ; minimum 0,30 ETP infirmier ;minimum 0,12 ETP diététicien ;minimum 0,04 ETP assistant social/infirmier social ; minimum 0,10 ETP licencié en psychologie ; maximum 0,15 ETP secrétaire.
    Nombre d’établissements de rééducation diabète enfants (15 pour toute la Belgique pour près de 3000 enfants et adolescents diabétique de type 1)
    Antwerpen : 2
    Bruxelles/Brussels : 3 : HUDE ; St Luc ; UZ
    Hainaut : 1
    Liège : 2
    Limburg : 2
    Namur: 1
    Oost-Vlanderen : 1
    Vlaams-Brabant : 1
    West-Vlanderren: 2