Etudes de médecine - Etudiants et professionnels exigent une révision du numerus clausus, né il y a 20 ans

A l'occasion des 20 ans de la limitation du nombre de numéros Inami délivrés aux professionnels de la santé (numerus clausus), étudiants et acteurs du terrain se réunissaient ce jeudi pour établir un bilan. Le Comité interuniversitaire des étudiants en médecine (Cium), le Groupement belge des omnipraticiens (GBO) et le Monde des spécialistes (Modes) s'accordent sur une chose: le numerus clausus doit être revu et adapté aux besoins réels de la population. Le futur réseau social pour les patients "Stent.care" a lui plaidé pour que le patient soit davantage pris en compte.

Le numerus clausus est né en 1997 du constat d'une sur-offre de médecins. Craignant que les coûts des soins de santé ne deviennent exorbitants, le gouvernement fédéral de l'époque a dès lors décidé que les numéros Inami, qui permettent un remboursement des prestations médicales au patient, devaient être limités.

Une limitation qui se basait, à l'époque, sur des chiffres inexacts, affirme le Cium. Elle n'a pas tenu compte du nombre d'actifs, des temps partiels, de l'offre médical en termes d'actes posés, de la pyramide des âges vieillissante et de la féminisation de la profession. En outre, selon un rapport du KCE (centre fédéral d'expertise) de 2010 cité par Quentin Lamelyn, co-président du Cium, les dépenses en soins de santé ne sont pas corrélées avec le nombre de médecins sur le marché.

Constat amer 20 ans plus tard, tant par les étudiants que par les associations professionnelles: l'offre de médecins a été tellement limitée qu'elle aboutit à une pénurie en Belgique francophone, surtout de médecins généralistes et dans certaines spécialités.

Un "non-sens", dénonce le Cium, et qui mène la Belgique à importer "des quantités massives (40%) de médecins étrangers, parfois sous-payés".

Reprenant un cadastre wallon effectué par l'Agence wallonne pour une vie de qualité (Aviq), le GBO souligne que les médecins généralistes actifs en Wallonie en 2016 se situent principalement dans les tranches d'âge 60-64 ans (environ 700) et 55-59 ans (environ 650). Alors que les 30-34 ans dépassent à peine les 300 généralistes actifs, laissant présager une pénurie aggravée lorsque les plus âgés prendront leur retraite. Une étude de 2015 estimait d'ailleurs que seuls 43% des médecins du sud du pays qui partiront à la retraite seront remplacés d'ici 10 ans contre 150% au nord du pays.

Dans la province du Hainaut, où la pénurie est la plus marquée, seuls 32% des médecins généralistes ont moins de 50 ans. En province de Liège, ils sont 36%, dans le Brabant wallon et la province de Namur 40% et dans le Luxembourg, 45%.

Il faut ajouter à cela un lissage négatif des numéros Inami prévu par le gouvernement fédéral pour le sud du pays, c'est-à-dire un nombre de diplômés francophones moindre que le quota de numéros Inami prévu. Pourquoi? Parce qu'en raison d'une absence ou d'une remise en cause des différents systèmes de sélection mis en place en Fédération Wallonie-Bruxelles depuis 20 ans, les diplômés étaient ces dernières années bien plus nombreux que le nombre de numéros Inami prévus. Pour permettre à chacun d'exercer, les quotas des années futures ont été épuisés.

Une situation qui n'est pas du goût du gouvernement fédéral actuel, qui prévoit de compenser ces étudiants surnuméraires selon des modalités encore inconnues.

"Le problème est avant tout communautaire", estime Lucio Scanu, administrateur de Stent.care et malade chronique depuis 1969, qui plaide pour une meilleure prise en considération du patient. "On essaie de nous faire avaler la pilule que le système ne fonctionne pas et qu'il vaut mieux scinder la sécurité sociale", dénonce-t-il. "Ce dossier est devenu le symptôme (...) d'une dictature flamande qui ambitionne, in fine, la scission de la sécurité sociale", enchaîne le Cium. "Les citoyens francophones sont livrés à eux-mêmes, menacés par un futur sombre où une médecine à deux vitesses prendra le relais: les riches bénéficier ont d'hôpitaux privés et seront pris en charge directement; les autres devront attendre plusieurs mois avant de consulter un médecin."

Pour pallier cette situation, Cium, GBO et Modes demandent l'établissement d'un cadastre dynamique de la profession, permettant d'évaluer les réels besoins en soins de santé. La clé de répartition des numéros Inami (60% pour la Flandre, 40% pour la Wallonie) doit également être modifiée, afin d'assurer davantage de numéros aux francophones. Une politique fédérale doit être érigée sur le long terme et non sur le court terme, exigent-ils encore. Les sensibilités communautaires doivent être dépassées, dans l'intérêt des praticiens, des étudiants mais aussi des patients. Ces derniers sont rarement pris en compte, dénonce Lucio Scanu.Il pointe du doigt un système où les chiffres comptent plus que les êtres humains.

Pour le GBO et Modes, la médecine générale doit aussi être revalorisée, "tant en matière de reconnaissance et de position académique que de rémunération". L'organisation des soins doit être profondément revue, afin d'inciter de nouvelles vocations, plaident-ils encore.

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