Audit PMG: quand l’attente attise les craintes

«On nous a ‘vendu’ l’audit sur les postes comme nécessaire. Il serait bon qu’il arrive, dès lors…», commente Guy Delrée, président du Fag. La série de focus groups régionaux s’est clôturée l’automne dernier et, depuis, les cercles francophones attendent de voir si leurs objections ont bien été incorporées dans la version finale. Le Dr Delrée rappelle que les premières victimes d’un remodelage du paysage des PMG sous le critère de ‘rentabilité’ seront les patients.

«Au Fag, nous n’avons plus aucun feedback. Nous avons suivi, évidemment, la présentation des premières conclusions par Möbius. Mais nous nous sommes abstenus de réagir, en nous disant: le processus n’est pas terminé, ils posent des questions, ils testent les médecins, ce qui en sortira va être ajusté…», retrace le Dr Delrée. A présent, cercles et Fag sont impatients de savoir – la plupart des présidents et responsables de garde interviewés par Medi-Sphere l’étaient déjà au sortir des focus groups en fait. Ils s’inquiétaient de la bonne intégration dans la copie des auditeurs de l’input donné en séance.

La crainte du fait accompli

«Nous adoptons une position constructive. Nous avons même proposé notre expertise aux autorités, sous réserve de confidentialité, mais cette offre de services n’a pas été retenue», poursuit le président du Fag. Le département compétent, à l’Inami, est de toute évidence à pied d’œuvre. «Deux réunions du groupe de travail garde, ici en mars, ont été annulées. Assurément, quelque chose se prépare et va sortir. Les conclusions ou… déjà un nouveau ‘Plan’ ministériel?» Une présentation de l’audit devait être faite à la ministre de tutelle, supposément en février. Le cabinet De Block a décliné les questions de Medi-Sphere, confirmant dernièrement que l’analyse du rapport sur les postes de garde était en cours mais qu’il avait été décidé de ne pas communiquer [à son sujet] pour le moment.

«La crainte des cercles, c’est bien évidemment d’être mis au courant quand tout sera dit. Nous avons déjà dû, par le passé, exprimer notre opposition à la vision toute prête du cabinet sur l’intégration maximale des PMG au sein des services d’urgence. Nous espérons que le scénario ne se reproduira pas. Je ne veux pas juger avant d’avoir vu mais il faut bien avouer qu’en être réduit à des suppositions, faute d’informations, cela entretient le mystère et la méfiance

Rentable, l’adjectif hors propos

«En tous les cas, je répète être contre une analyse des PMG qui se réduirait à l’angle de la ‘rentabilité’», reprend Guy Delrée. «Les postes n’ont pas été créés pour ça! Je peux réaffirmer que les médecins francophones ont travaillé en bons pères de famille pour créer des structures qui offrent, à la fois, des conditions de travail plus supportables pour les MG – quoique se pose quand même la question de leur rétribution pour cette mobilisation… – et un service de proximité à la population.»

Guy Delrée se projette dans un scénario restrictif, guidé par le critère de rentabilité, indépendamment de réalités locales comme les distances ou la densité de population. «Imaginons que leur verdict soit: ‘au Luxembourg, ce n’est pas rentable’, et qu’on nous dise de 7 PMG, il faut descendre à 3 ou 4. Qui seront les premières victimes? Les MG, pour leur part, seront moins fréquemment mobilisés et, par concentration des actes dans un nombre réduit de points de chute, auront des rentrées financières plus élevées. Non, les premières victimes de ce choix politique, ce seront les patients, tout simplement.»

Anne, Sœur Anne…

Pas étonnant que du côté des maisons médicales et pratiques au forfait, secteur victime d’un ‘gel’ ministériel en octobre 2016 jusqu’à ce que tombent les conclusions d’un autre audit, on regarde la méthode comme une machine à arrêter le temps (et l’argent). L’audit n’est pas le seul dossier lié à la garde MG qui prend du retard (*). «On nous avait parlé d’un 1733 opérationnel partout. Ça n’avance pas du tout», énumère Guy Delrée. «Et ce qui pose à présent de plus en plus question, c’est la garde semaine. Dans plusieurs endroits de Wallonie, des cercles sont ouvertement demandeurs, et depuis un moment. L’idée de la développer, liée à une révision des honoraires de disponibilité, date de l’avant-dernier accord, signé pour 2015» (**).

(*) Feu-l’accord 2016-2017 disait en son point 4.1.4.1. que la médico-mut apporterait, courant 2016, des modifications au système de financement des PMG sur la base (entre autres) des informations découlant d'un audit externe.
(**) De fait, il en est question au point 4.1.4., dédié au renforcement de la politique en matière de PMG.

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