La santé publique face aux risques du nouveau concept de « grossophobie » (M.Einhorn)

A côté des concepts classiques de sexisme, d’islamophobie, judéophobie, d’homophobie, etc, la même approche s’applique désormais au rejet de certains autres groupes jusqu’ici non concernés, comme les transsexuels par exemple.
En ce qui concerne les obèses, le nouveau concept de « grossophobie » risque de poser un sérieux problème de santé publique.
Il va de soi que les discriminations dont peuvent être victimes les personnes obèses ne sont guère acceptables, pas davantage que leur stigmatisation.
Nombre de sujets obèses en souffrent, à commencer par les enfants, traditionnellement souvent souffre-douleur de leurs petits camarade.
L’augmentation spectaculaire du nombre de personnes obèses un peu partout dans le monde est en train de modifier quelque peu leur situation dans nos sociétés.
Un nouveau mouvement est en train, depuis peu, de se développer, qui entend rendre l’obésité plus acceptable. Il ne s’agit plus seulement de s’insurger contre la stigmatisation des individus obèses, mais aussi de s’opposer à ce que certains considèrent comme la diabolisation de l’obésité elle-même.
Les tenants de ce mouvement entendent considérer l’excès pondéral et l’obésité comme une particularité physique parmi d’autres et exigent donc de l’accepter pleinement.
L’exemple le plus caricatural à cet égard est l’organisation de Miss Curvy, un concours de beauté mis sur pied il y a quelques années déjà en France et qui se définit comme le « concours officiel de la beauté des Courbes ». L’une des conditions de base pour pouvoir participer à ce concours est d’avoir une taille supérieure à 42 (sans aucune limite supérieure).
Un coach sportif, vedette d’une émission de télévisé et qui a récemment refusé de siéger dans le jury de Miss Curvy 2018, expliquant que « ce genre de concours ne devrait même pas exister et banalise le surpoids et l'obésité qui est la plus grosse cause de mortalité dans le monde », a déclenché une vive polémique, au départ, précisément, de l’accusation de « grossophobie ».
On pourrait noter dans ce contexte que les concours de beauté traditionnels représentent, eux, pour certaines concurrentes, un encouragement à l’anorexie.
Le quotidien Le Monde rappelait récemment une étude de l’Organisation internationale du travail consacrée à la perception des discriminations à l’embauche. On apprenait ainsi que près d’un chômeur interrogé sur trois estimait qu’il était acceptable de refuser un emploi à une personne du fait de son poids dans certaines situations. Près d’un sur dix estimait qu’il était également acceptable de lui refuser cet emploi, quelle que soit la situation. Cette attitude est plus fréquente chez les hommes que chez les femmes.
Le développement du mouvement dont les éléments les plus radicaux laissent entendre, en réaction à cette forme de discrimination, que la lutte contre l’obésité est à mettre sur le même plan qu’une lutte contre les obèses, pose évidemment un sérieux problème de santé publique. D’autant plus qu’il est à craindre que, comme variante de ce fléau contemporain qu’est le politiquement correct, ce mouvement n’en soit qu’à ses débuts.
Les médecins insistant auprès de leurs patient(e)s sur la nécessiter de perdre sérieusement du poids seront-ils dès lors bientôt taxés de « grossophobes » ? Ce n’est pas inimaginable !

Vous souhaitez commenter cet article ?

L'accès à la totalité des fonctionnalités est réservé aux professionnels de la santé.

Si vous êtes un professionnel de la santé vous devez vous connecter ou vous inscrire gratuitement sur notre site pour accéder à la totalité de notre contenu.
Si vous êtes un patient interessé par des informations médicales validées, consultez notre site grand public www.vivasante.be.
Si vous êtes journaliste ou si vous souhaitez nous informer écrivez-nous à redaction@rmnet.be.

Derniers commentaires

  • Monique DUMOULIN

    05 avril 2018

    Que dire des naturopathes, des ostéopathes et autres psychopathes?

  • Baudouin Labrique

    05 avril 2018

    Le mot est lâché : "grossophobie" : voilà encore un néologisme qui ne respecte pas l’étymologie des mots utilisés, analogiquement au terme d'islamophobie lui aussi improprement utilisé.
    "phobos" en grec veut dire peu r (en grec ancien = dieu la peur), ce qui donne par exemple « agoraphobie » qui veut donc dire « peur de la foule » etc.... e donc pas hostilité envers la foule !

    On donne donc un sens erroné si on s’en tient à ce que veut dire réellement « phobos » et donc phobie : : islamophobie et donc en fait la peur de l’islam et des musulmans » et donc pas le sens déplacé qu’il a pris : "hostilité envers l'islam et les musulmans").
    "Grossophobie" n’est pas l’hostilité envers les gros (dans l'article plus haut), mais la peur des gros et donc pas le sens que l’auteur de l’article veut lui donner par méconnaissance de la langue française !