La fille du MG assassiné lance une action politique

Sophie Roelandt, fille du généraliste assassiné il y a un peu plus de trois mois par un patient agressif, est revenue sur le traumatisme de ce décès brutal lors du symposium annuel de l’Ordre de Flandre-Occidentale. Un témoignage qui est aussi l’occasion, pour elle, de donner le coup d’envoi d’une vaste action politique en faveur de la sécurité des prestataires de soins.

Un peu plus de trois mois après l’incident dramatique qui a coûté la vie à son père Patrik, Sophie Roelandt a dressé un tableau éloquent de la myriade de problèmes émotionnels et pratiques qui ont entouré ce meurtre… et dont certains appellent des solutions urgentes, car les dérapages ont été nombreux tant avant le drame que quelque temps après.

Précisons d’emblée qu’aucun reproche ne peut être formulé à l’encontre du Dr Roelandt lui-même. Rien ne laissait en effet suspecter un vrai profil à risque chez le patient concerné – tout au plus avait-il quelquefois des comportements un peu ‘bizarres’. Ses antécédents criminels, son lien avec des affaires de drogue, la rage et la haine qui le rongeaient, le généraliste n’en savait rien: les médecins qui se rendent à domicile ne reçoivent pas ou guère d’informations à propos de ces facteurs de risque. «Et pourtant, ces données existent… mais mon père n’en était pas du tout informé», observe Sophie Roelandt.

Le famille a très rapidement alerté la police (une heure à peine après avoir constaté ‘l’absence anormalement longue’ de cet homme normalement si ponctuel), mais sans parvenir à inciter les services de secours à intervenir sans tarder. «Sa voiture pouvait parfaitement être tracée et la police disposait de ces données, mais sans pouvoir les divulguer. Par la suite, la communication des forces de l’ordre avec la famille est restée très vague sous prétexte de respecter la loi sur le vie privée, mais tous les détails se sont retrouvés dans la presse en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire. Quelles lois ont priorité dans un tel contexte? Il est urgent de définir une hiérarchie claire entre les règles susceptibles de se contredire!»

Des mois d’enfer

La résolution des problèmes pratiques aussi a représenté une tâche colossale: il a fallu gérer le suivi de la SPRL bloquée, les assurances, la comptabilité, les mots de passe à récupérer, les notes à déchiffrer, les contributions fiscales, les obsèques, la reconstitution judiciaire… L’avenir du cabinet et de l’importante patientèle du médecin décédé a été au cours des semaines suivantes l’une des grandes priorités, avec la communication vis-à-vis des collègues et des patients. Heureusement, de nombreux amis sont intervenus pour reprendre en catastrophe les cas aigus avec l’aide du cercle, mais ces difficultés en série n’en ont pas moins généré une confusion considérable. «Rien qu’en ce qui concerne la notion de goodwill lors de la reprise d’un cabinet, j’ai dû tout apprendre en quatrième vitesse», illustre Sophie Roelandt. Le traumatisme émotionnel et le deuil n’ont évidemment rien fait pour faciliter les choses, avec leur terrible cocktail fait de colère, de désespoir, d’angoisse et de tristesse – pour ne rien dire encore de l’indignation suscitée par la réaction pour le moins frileuse des autorités. «En substance, c’était à nous de nous débrouiller. Mon père m’a toujours conseillé de rester à l’écart de la politique, mais je ne pouvais vraiment pas laisser passer cela. Je suis une Roelandt!»

L’amertume et le sarcasme restent d’autant plus profondément ancrés que Patrik Roelandt a lui-même si souvent mis sur la table le problème qui lui a coûté la vie, celui de la sécurité des médecins. Il a eu beau tirer la sonnette d’alarme, personne ne semble l’avoir entendu…

Si l’appel de Sophie Roelandt n’a jusqu’ici guère trouvé d’écho dans les sphères politiques, il a tout de même débouché dans une douzaine d’associations professionnelles sur une vaste action qui sera déployée dans les jours à venir. Un groupe d’action anti-agressions, le Patrik Roelandt Anti-Agressie Groep ou PRaag, s’apprête ainsi à diffuser une série de pétitions, de campagnes et de récits dans les médias (sociaux); Medi-Sphere et Le Spécialiste aussi se sont engagés. Lors du symposium de l’Ordre, le Dr Ralph Pacqueu a en outre d’ores et déjà présenté un vaste plan sécurité pour la protection des généralistes.

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