Sans filtre efficace plus de numéros INAMI surnuméraires pour les francophones (De Block)

La ministre fédérale des Affaires sociales et de la Santé Maggie De Block ne libèrera plus de numéros INAMI surnuméraires pour les étudiants candidats médecins francophones en l'absence de "filtre efficace" limitant le nombre d'entrées dans les universités du sud du pays. "Oui", la guerre politique est relancée, a indiqué Mme De Block sur La Première (RTBF).

La conférence interministérielle de la Santé publique se réunit lundi mais le cabinet du ministre de l'Enseignement supérieur Jean-Claude Marcourt a fait savoir qu'il bloquerait le projet de protocole fixant le nombre de numéros pour 2025, concernant les étudiants qui vont entamer leur cursus en septembre.

La ministre De Block indiquait lundi qu'à la faveur d'un accord conclu avec M. Marcourt, la Fédération Wallonie-Bruxelles organise depuis 2017, comme le faisait déjà la Flandre, un examen d'entrée limitant l'accès aux études de médecine. Le fédéral estime aujourd'hui que l'accord n'a pas porté ses fruits, le nombre d'étudiants autorisés atteignant le double du nombre escompté.

Du côté du ministre Marcourt, on réfute toutefois l'existence d'un accord sur un examen d'entrée. En 2014, rappelle-t-on, après la formation des gouvernements fédéral et de la Communauté française, des négociations ont eu lieu entre la Communauté française et l'Etat fédéral, lequel s'est engagé à assurer la délivrance d'un numéro INAMI aux étudiants qui poursuivaient alors des études de médecine (entre la deuxième et la sixième année d'études) et à réaliser un cadastre dynamique pour la mesure de l'activité médicale et le nombre de praticiens actifs. En contrepartie, la Communauté française a mis en place un concours, organisé à l'issue de la première année d'études, devant assurer l'adéquation entre le nombre de diplômés et les contingences issues de la réglementation fédérale relative à la planification de l'offre médicale. Ce concours a ensuite été réduit à néant quand le Conseil d'Etat a jugé illégaux les arrêtés de la Communauté française et du fédéral censés organiser l'adéquation entre la planification médicale et les moyens pour y parvenir. Le gouvernement fédéral a alors imposé à la Fédération Wallonie-Bruxelles l'organisation d'un examen d'entrée.

Par ailleurs, rejetant la proposition de la commission de planification médicale qui avait fait état de pénuries de certaines spécialisations médicales dans différentes zones du pays, le fédéral a planché sur un nouveau mécanisme de répartition communautaire des numéros INAMI, comptabilisés désormais par la Cour des comptes en vertu de l'évolution de la population (ou du nombre d'élèves à Bruxelles).

Soulignant que la Fédération Wallonie-Bruxelles a accepté le double du nombre d'étudiants censés entamer leurs études, Mme De Block estime aujourd'hui que le filtre mis en place n'est pas efficace. Elle menace dès lors de ne plus attribuer de numéros INAMI surnuméraires.

La ministre libérale flamande s'estime apte à agir de la sorte en période d'affaires courantes. "C'est moi qui libérais ces numéros en surplus, ce sont des numéros qui ne sont pas là", a-t-elle expliqué.

Selon Mme De Block, le problème de pénurie est à régler à travers les sous-quotas, qui relèvent de la responsabilité des Communautés. Il leur revient d'assurer la répartition des quotas selon les différentes spécialités. "En Flandre, on compte 40% de médecins généralistes, c'est presqu'assez; en Wallonie de 23 à 27%, ce n'est pas assez, il y a trop de spécialistes", a-t-elle commenté.

Toujours sur La Première, le ministre de l'Enseignement supérieur en Fédération Wallonie-Bruxelles Jean-Claude Marcourt s'est dit "outré par la gestion de Maggie De Block". En appelant au Premier ministre Charles Michel afin qu'il défende l'intérêt des francophones, il rappelle que la Fédération forme énormément d'étudiants non-résidents. "Et aujourd'hui alors que nous avons cette pénurie, madame De Block veut, uniquement pour des raisons communautaires et électorales, sanctionner une nouvelle fois les francophones".

Sur Twitter, la députée Valerie Van Peel (N-VA) a affiché son exaspération. "Il faut en finir une bonne fois pour toutes. Plus de numéros INAMI", a-t-elle exhorté.

Réagissant auprès de Belga, le chef de groupe PS à la Chambre Ahmed Laaouej invite Mme De Block à "renoncer à ce ton belliqueux insupportable et à ne pas se laisser contaminer par le syndrome anti-francophones de la N-VA". Il appelle la ministre à "retrouver la raison" en s'appuyant sur "la commission de planification qui chiffre le nombre de médecins nécessaires en fonction des besoins de la population francophone, en Wallonie et à Bruxelles". La priant de retrouver la voie de la concertation, il s'est interrogé sur la capacité de Mme De Block à agir de la sorte en période d'affaires courantes. M. Laaouej interrogera la ministre au parlement. Il lui demand e également qu'elle prenne des initiatives afin de mettre un terme au "deux poids deux mesures" qui place les candidats médecins belges en situation de discrimination par rapport à leurs collègues européens.

Le nouveau président du cdH Maxime Prévot a également condamné l'affirmation de Mme De Block selon laquelle il y aurait trop de médecins en Wallonie. "On nage en pleine absurdie ! Indécent pour ceux qui attendent un rendez-vous pendant plusieurs mois en pédiatrie, psychiatrie...", a-t-il indiqué sur Twitter. "Plus les difficultés bien connues des ruraux pour trouver un généraliste ! 144 communes en Région wallonne en pénurie !", a-t-il ajouté. Renvoyant dos à dos les ministres De Block et Marcourt, la cheffe de groupe cdH Catherie Fonck a également évoqué sur le même réseau la situation des médecins européens qui obtiennent des numéros INAMI sans aucun filtre.

Dans un communiqué, le MR a "réaffirmé son souhait de maintenir un filtre à l'entrée des études de médecine et de médecine dentaire". Dans le même temps, "afin de lutter contre la pénurie dans certaines zones, le MR plaide pour que la Fédération Wallonie-Bruxelles mette en place des sous-quotas de médecins correspondant aux besoins, notamment concernant les médecins généralistes en zone rurale", a-t-il précisé.

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