Le titre dans le journal sonnait déterminé : « La promesse de 1,9 milliard de Vandenbroucke : d’ici 2029, 100 000 malades de longue durée doivent retourner au travail. » Cela sonne fort, mais ne dit rien de la réalité dans laquelle médecins, patients et employeurs tentent chaque jour de tenir debout. La question n’est pas de savoir combien de personnes le ministre veut renvoyer au travail, mais comment cela pourrait réussir dans un système qui craque depuis des années.
La Belgique compte plus d’un demi-million de malades de longue durée. Les dépenses annuelles dépassent les quatorze milliards d’euros. Aucun pays ne peut absorber cette courbe éternellement, nous le savons. Mais nous savons aussi que la politique choisit depuis des années la même réaction pavlovienne : des contrôles plus stricts, plus de pression, plus de menace. C’est un livre de recettes qui a démontré dix fois qu’il ne fonctionne pas, mais qu’on ressort quand même comme si le résultat allait soudain être différent.
Au lieu d’investir dans le rétablissement, on investit dans l’inquiétude. Au lieu d’aborder les causes, on vise les symptômes. Cela ne rend personne meilleur. Cela enfonce encore plus des personnes déjà coincées dans la boue. À chaque fois, le gouvernement désigne les mêmes coupables. Les médecins prescriraient trop facilement des congés maladie. Parfois, c’est vrai, mais un médecin généraliste n’entre souvent en scène que lorsque quelqu’un glisse vers une incapacité depuis des mois sans que le terrain professionnel soit intervenu.
Les employeurs ne feraient pas assez en matière de prévention. C’est plus souvent vrai qu’on ne veut bien l’admettre. Le burn-out ne pousse pas dans l’air. Il pousse dans des équipes structurellement sous pression, où les responsables n’ont pas reçu de formation en leadership humain et où les problèmes ne deviennent « visibles » que lorsque quelqu’un s’effondre. Les médecins-conseils seraient trop stricts. Pour beaucoup de patients, c’est effectivement le cas. Celui qui doit retourner trop tôt dans un environnement de travail qui n’a rien adapté est placé d’avance en position de faiblesse.
Chacun porte une part de responsabilité, mais personne n’aime le dire. La solution n’est pas complexe. Elle ne demande pas 1,9 milliard. Elle demande surtout du courage. Chaque patient mérite un trajet dans lequel la maladie et le travail sont concrètement cartographiés. Non sur la base de suppositions, mais sur la base d’une concertation entre trois parties : le médecin traitant, le médecin du travail et l’employeur. Ensemble, ils déterminent quelles adaptations sont nécessaires, quelles tâches sont réalisables et quelles étapes sont réalistes.
Ces accords doivent être contraignants. Pas de conseils non engageants et pas d’accords sur papier destinés à disparaître dans un tiroir. Il nous faut un système dans lequel soins, travail et responsabilité se rejoignent enfin. Les abus doivent être combattus, pour les patients, les médecins, les employeurs et les assureurs. Mais l’abus ne peut jamais être la base d’une politique qui part surtout de la méfiance.
Nous continuons à traiter le burn-out comme si le repos menait naturellement à la guérison, alors que nous savons désormais que ce n’est pas le cas. Le rétablissement nécessite une approche active dès le premier jour, soutenue par une neuromodulation moderne et scientifiquement étayée. Il exige également un système de remboursement qui rende ces traitements accessibles à tous, et pas seulement à ceux qui peuvent les payer. De plus, la prévention doit enfin recevoir une véritable force de frappe au lieu de demeurer un simple conseil, et les lieux de travail doivent être évalués sur leur sécurité psychologique afin que les personnes ne retournent pas sans cesse dans un environnement qui les fait retomber. Une entreprise qui prend au sérieux une culture de travail saine mérite un soutien. Une entreprise qui laisse prospérer un leadership toxique mérite un suivi.
Le médecin traitant doit reprendre la régie médicale. Le patient ne connaît pas deux systèmes. Il a un seul corps, un seul esprit, une seule histoire. Le trajet de réintégration doit respecter cela. Lorsque le généraliste, le psychiatre et le médecin du travail collaborent avec un employeur prêt à intervenir, on obtient un retour durable. Lorsque les médecins-conseils fonctionnent dans un circuit parallèle qui contrôle avant tout, on obtient de la résistance et de l’aliénation.
Le véritable choix appartient au ministre. Il peut continuer à espérer que des règles plus strictes ramèneront cent mille personnes au travail. Il peut continuer à compter sur une pression de contrôle qui, depuis dix ans, ne fait baisser aucune courbe. Ou il peut opter pour une politique qui soit humaine, scientifique et efficace.
Ramener d’ici 2029 cent mille malades de longue durée au travail semble un objectif puissant, mais sans un système qui aide les personnes au lieu de les pousser, cela reste un chiffre dans un titre. Le rétablissement exige des soins, pas une échéance.









Derniers commentaires
Sammie SOETAERT
06 décembre 2025Les recommandations du médecins du travail ne sont pas contraignantes pour les employeurs (exceptés pour les postes de sécurité, de vigilances et les exposés au rayonnements ionisants). Par ailleurs, les politiques de réintégration se heurtent au phénomène suivant : le copinage (https://fr.wikipedia.org/wiki/Copinage). Des efforts sont donc fait pour les amis mais pas pour les autres. De ce phénomène le Ministre ne touche pas un mot... Les contrôles à ce niveau seraient révélateurs des véritables obstacles à la réintégration des malades longue durée. Il faut pour cela 5 minutes de courage politique.
Marie-Louise ALLEN
04 décembre 2025BRAVO!!!!!