Plus de 4.500 participants, venus de plus de 120 pays : le congrès Wonca Europe, réuni à Paris, a rassemblé la médecine de famille bien au-delà des frontières du continent. Parmi les orateurs, Paul De Munck, président honoraire du GBO, qui était sur place pour présenter une session sur la responsabilité sociale en santé, fait un premier retour sur l’événement.
À chaud, Paul De Munck retient d'abord un sentiment : celui d'appartenir à une grande famille. « On se sent en famille. Ce sont des gens éminemment sympathiques dans les échanges, mais qui partagent surtout de très nombreuses valeurs et une même vision de leur métier, ainsi que des préoccupations très souvent communes sur son évolution. Alors même que les contextes nationaux sont parfois très différents. »
Le congrès avait d'ailleurs fait de la devise française son fil rouge transversal : « Liberté, Équité, Fraternité », l'équité prenant la place de l'égalité. Le clin d'œil n'a rien d'anodin pour une discipline arc-boutée sur l'accès aux soins.
Ces préoccupations partagées, Paul De Munck les énumère volontiers. Le changement climatique, d'abord, « très, très présent », y compris dans les discours officiels. La financiarisation des soins, ensuite, « ce que nous appelons chez nous la marchandisation des soins ». Le bien-être et la santé des soignants, « de plus en plus débattus », avec le développement des compétences émotionnelles des praticiens. Le partage et la délégation de tâches, aussi, autour notamment de la figure du pharmacien clinicien. Et l’IA, qui « s'est invitée, comme on peut l'imaginer ». « Toutes ces thématiques que nous abordons chez nous sont abordées ailleurs en Europe », résume-t-il.
Une présence belge dont « on ne doit pas rougir »
Le président du GBO s'est amusé à compter ses compatriotes intervenants, à partir de la liste des participants. Verdict : 26 orateurs belges, dont une majorité de francophones. « Sans compter tous les participants qui étaient là sans intervenir, que je n'ai pas pu dénombrer », précise-t-il. Les sociétés scientifiques et les cercles ont répondu présents : Domus Medica, la SSMG, la CAMG de Liège et la FAGC, « toujours très présents en nombre », ainsi qu'une délégation de l'ULB plus étoffée que d'ordinaire.
Lui-même a animé, dans le cadre du Rifress (Réseau international francophone pour la responsabilité sociale en santé), un atelier sur la responsabilité sociale en santé, avec Anne Gillet et Naji Mokaddem. « Même sans être encore une pleine prise de conscience du concept de médecin socialement responsable, la responsabilité sociale du médecin est très présente un peu partout. C'est encourageant. »
« Une présence belge dont on ne doit pas rougir », conclut-il. « On pourrait être encore plus nombreux, mais c'est déjà bien. »
La financiarisation, débat qui l'a marqué
Interrogé sur la session qui l'a le plus frappé, Paul De Munck retient celle consacrée à la financiarisation des soins. « J'y ai vu que les responsables français ne restent pas les bras croisés. » Il y a noté la présence du président de l'Ordre des médecins français, généraliste, qui a fait du sujet l'une de ses thématiques, et celle d'un sénateur, vice-président de la commission des affaires sociales, qui prépare des propositions de loi pour mieux cadrer et limiter les risques de financiarisation. « Cela m'a vraiment frappé. »
Le foisonnement de l'offre l'a contraint à des choix, dit-il, plus qu'il ne l'a laissé chercher : « On ne doit pas traquer les sessions intéressantes, on doit plutôt trier, faire des choix douloureux tant les thématiques proposées sont toutes riches. »
Paul De Munck retient également un signal : l'engouement des généralistes français pour l'échographie en médecine générale, discipline « qu'ils développent et veulent encore développer. C'était frappant. »
Une organisation rodée, une IA encore approximative
Sur la forme, le président du GBO salue une machine bien huilée. « Le Collège de médecine générale de France est rompu à l'exercice. » Il cite l'accueil, la qualité générale et l'équipe du Collège, au premier rang de laquelle Cyril Bègue et Paul Frappé, coprésidents du congrès, et Pauline Girard, présidente du comité scientifique.
Les grandes plénières et les controverses ont bénéficié d'une traduction simultanée affichée à l'écran, de l'anglais vers le français et inversement. Avec une réserve, cocasse : l'intelligence artificielle chargée de traduire n'y est « pas encore tout à fait ». « Il y a eu, à plusieurs moments, de gros fous rires provoqués par des coquilles de traduction. Ce n'est pas encore au point, mais c'est déjà pas mal. »
Reste, au terme de ces quatre jours, une conviction plus politique que logistique. « On sort de là en se disant : nous ne sommes pas seuls à vivre et à penser tout cela. Cela fait du bien. » Pour Paul De Munck, il existe « vraiment une communauté internationale autour de la médecine générale », soudée par une même approche de la santé publique et de l'organisation des soins, et par des préoccupations majeures – climat, accessibilité, financiarisation – aux fortes « connotations politiques, au sens d'une remise en question de nos systèmes de soins ».
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