Une enquête menée par Medscape auprès de 1.008 médecins français met en lumière l’impact de la profession sur la vie affective et familiale. Si la majorité des praticiens vivent en couple, beaucoup évoquent les conséquences des gardes, du stress et des horaires atypiques sur leur relation. Près d’un médecin sur cinq estime que son métier contribue à ses difficultés conjugales, tandis qu’un sur quatre reconnaît avoir déjà vécu une relation extra-conjugale dans le cadre professionnel.
La très grande majorité des médecins interrogés (85 %) déclarent vivre en couple. Trois sur cinq sont mariés et la plupart entretiennent une relation de longue durée. Malgré cette apparente stabilité, près d’un tiers des répondants ont déjà connu un divorce. Parmi les médecins hospitaliers divorcés, 42 % estiment que leur profession a joué un rôle dans leur séparation.
Le travail apparaît également comme un lieu central de rencontres. La moitié des médecins ont rencontré leur partenaire actuel dans un contexte professionnel. Plus largement, près de la moitié des praticiens en couple partagent leur vie avec un autre professionnel de santé et un quart des couples sont composés de deux médecins.
Une profession qui pèse sur l’équilibre du couple
Selon l’enquête, 18 % des médecins considèrent que leur métier contribue à leurs problèmes de couple. Les femmes, les praticiens hospitaliers et les moins de 45 ans sont les plus nombreux à partager ce constat. Les gardes, les horaires décalés, le travail de nuit, les week-ends prestés et la charge mentale sont les facteurs les plus souvent cités.
Les témoignages recueillis par Medscape illustrent ces difficultés. « L'engagement hospitalier m'a coûté deux divorces et détruit deux relations d'attachement très fort », témoigne un anesthésiste de 70 ans. Une généraliste de 55 ans rapporte pour sa part que son divorce a été « en grande partie lié au fait que mon ex-conjoint était médecin anesthésiste ».
L’impact se manifeste également dans l’intimité. Quarante-deux pour cent des médecins estiment que leur activité professionnelle affecte négativement leur vie sexuelle. Les femmes, les médecins hospitaliers et les praticiens de moins de 45 ans sont là encore les plus concernés.
La fatigue revient comme le principal facteur explicatif. « La fatigue a un impact très négatif sur la vie sexuelle », résume une généraliste de 35 ans. Une autre praticienne explique arriver « très fatiguée du travail » et manquer de temps pour sa relation de couple.
L’hôpital, terrain propice aux rapprochements
L’enquête s’est également intéressée aux relations nouées sur le lieu de travail. Près d’un quart des médecins considèrent que leurs conditions d’exercice les rendent plus susceptibles d’avoir des relations sexuelles au travail que dans d’autres professions.
Plus de trois médecins sur huit estiment que leur environnement professionnel favorise les relations extra-conjugales. Cette opinion est davantage partagée par les hommes (42 %) que par les femmes (31 %). Les praticiens de 45 ans et plus sont également plus nombreux à le penser.
Au total, 24 % des répondants reconnaissent avoir déjà vécu une relation extra-conjugale dans le cadre professionnel. Les hommes sont plus nombreux à l’admettre que les femmes (33 % contre 14 %). Les médecins généralistes déclarent moins fréquemment ce type d’expérience que les autres spécialistes (15 % contre 27 %).
« Quand on travaille à l’hôpital, tout est fait pour devenir infidèle : gardes, énorme turnover médical et paramédical, stress etc. », confie une urgentiste de 61 ans. Une dermatologue de 64 ans estime quant à elle qu’« être médecin implique un niveau de stress élevé et donc l’infidélité est une échappatoire facile et agréable ».
Des questions déontologiques
L’étude aborde également les relations entre médecins et patients. Plus d’un praticien sur dix reconnaît avoir déjà entretenu une relation amoureuse avec un patient, malgré l’interdiction déontologique. Cette situation est davantage rapportée par les médecins exerçant en libéral, les hommes et les praticiens âgés de plus de 45 ans.
Plusieurs répondants plaident pour une vigilance accrue face à ces situations, notamment dans les spécialités où la relation thérapeutique est particulièrement étroite.
Au-delà des questions de couple ou de sexualité, l’enquête met surtout en évidence le poids des conditions d’exercice sur la vie personnelle des médecins. Fatigue chronique, manque de temps libre, stress et contraintes organisationnelles apparaissent comme les principaux facteurs susceptibles d’affecter durablement leur équilibre affectif et familial.
Reste à savoir si les médecins belges se reconnaîtraient dans ces résultats. Entre pénurie de praticiens, gardes, surcharge administrative et réformes à répétition, certains pourraient estimer que le principal obstacle à leur vie sentimentale n'est pas tant la tentation que le manque de temps. Une enquête similaire de ce côté-ci de la frontière permettrait sans doute de trancher.
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