Le GBO/Cartel réagit au refus du ministre de la Santé, Frank Vandenbroucke, d’autoriser les médecins généralistes à stocker les vaccins contre la grippe dans leur cabinet. L’organisation indique avoir appris « par voie de presse » que la proposition de la députée Irina De Knop avait été écartée, le ministre défendant le maintien du système actuel, jugé « plus sûr ».
Pour le GBO/Cartel, cette décision contredit son discours en faveur d’un renforcement du rôle du médecin généraliste qu'il avait tenu au 60 ans du syndicat. L’organisation dénonce « une politique vaccinale incohérente » qui entraverait l’accès des patients à la vaccination et affaiblirait la place centrale du médecin traitant.
Le syndicat rappelle que les pharmaciens sont désormais autorisés de manière pérenne à prescrire, vendre et administrer les vaccins antigrippaux. Refuser simultanément aux généralistes la possibilité de les stocker constitue, selon lui, « une décision injustifiée, contraire à la santé publique, prise sans concertation », d’autant que les médecins conservent déjà les vaccins administrés dans le cadre des programmes de l’ONE et de Kind en Gezin.
Le GBO/Cartel admet que la vaccination en officine pourrait accroître la couverture vaccinale chez certaines personnes sans médecin traitant. Il insiste toutefois sur la nécessité d’une stratégie fondée sur la complémentarité entre prestataires et pointe plusieurs risques liés à la pérennisation de cette habilitation.
Le GBO/Cartel pointe néanmoins trois problèmes dans la pérennisation de l’habilitation des pharmaciens à prescrire, vendre et administrer les vaccins antigrippaux. D’abord, les pharmaciens ne peuvent identifier les personnes appartenant aux groupes cibles que sur la base de l’âge et des médicaments délivrés, et non à partir des données médicales complètes. « Le risque est donc grand de vacciner des personnes n’appartenant pas aux groupes cibles identifiés par le Conseil supérieur de la Santé, par exemple les 50+ qui ne présentent pas de facteurs de risque alors qu’ils bénéficient d’un remboursement même si le vaccin à dose standard a été prescrit par un pharmacien », souligne le texte.
Ensuite, les vaccins adjuvantés et à haute dose (Efluelda et Fluad) peuvent actuellement aussi être prescrits par les pharmaciens, mais sans remboursement, ce qui réduit selon le GBO/Cartel leur accessibilité, tant financièrement qu’en termes de disponibilité. Sachant que le nombre de doses disponibles est jugé insuffisant pour couvrir les groupes cibles recommandés par le Conseil supérieur de la Santé, et que l’Efluelda est en rupture de stock depuis le 16 octobre, l’organisation estime « qu’un contrôle strict par les médecins de leur utilisation est indispensable pour permettre la vaccination des personnes qui en ont le plus besoin ».
Enfin, le GBO/Cartel dénonce « un conflit d’intérêt » dans le chef des pharmaciens, qui prescrivent, vendent et administrent les vaccins. Ce conflit a été, rappelle-t-il, à l’origine de l’interdiction faite aux médecins de vendre les médicaments qu’ils prescrivent. « Pourquoi les pharmaciens peuvent-ils prescrire et vendre ces vaccins, alors que les médecins ne peuvent pas délivrer les vaccins qu’ils prescrivent afin de pouvoir les administrer directement au patient en face d’eux ? », interroge l’organisation.
Le GBO/Cartel conteste en outre l’argument de sécurité avancé pour refuser le stockage en cabinet. Il souligne que les conditions de transport et de conservation lorsqu’un patient va chercher son vaccin en pharmacie sont « très aléatoires », alors que les cabinets disposent de frigos homologués. Les données de vaccination transmises par les officines ne seraient par ailleurs pas toujours accessibles en temps réel dans les logiciels de médecine générale.
L’organisation plaide pour une adaptation du système, estimant qu’autoriser les généralistes à stocker les vaccins adultes améliorerait la lisibilité de leur rôle et renforcerait la couverture vaccinale, notamment dans les groupes prioritaires. Cette évolution permettrait, selon elle, de s’aligner sur la pratique déjà en place pour les vaccinations infantiles via eVax et VaccinNet.
Le syndicat avance plusieurs pistes : supprimer le ticket modérateur sur les vaccins, supprimer l’autorisation préalable (chapitre IV) pour le remboursement des vaccins adjuvantés chez les 65+, 75+ et les résidents de maisons de repos, des critères identifiables automatiquement par les mutuelles. Le GBO/Cartel interpellera l’INAMI en ce sens, également pour réduire la charge administrative des médecins.
Le GBO/Cartel estime enfin que permettre le stockage des vaccins par les généralistes favoriserait une approche « complémentaire et non concurrentielle » entre médecins et pharmaciens, indispensable selon lui pour lutter contre la méfiance vaccinale et garantir une couverture renforcée « au bénéfice de la santé de toutes et de tous ».
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Francis COLLA
20 novembre 2025Ne s'agit-il pas d'une inégalité "légale" qui serait rapidement résolue par le Conseil d’État ?