« Il y a t-il un médecin à bord? » La question résonne régulièrement dans les avions et dans les trains, particulièrement en cette période de vacances. Pour le praticien belge, répondre n'est pas seulement un réflexe moral. Le droit pénal et le Code de déontologie lui imposent de porter assistance à une personne en danger, dans la mesure de ses compétences et sans mettre sa propre sécurité en péril. Pourtant, sur les réseaux sociaux, de nombreux médecins reconnaissent hésiter avant de se lever.
Les urgences médicales en vol sont loin d'être exceptionnelles. Une étude internationale publiée dans JAMA Network Open, portant sur près de 78.000 incidents recensés par 84 compagnies aériennes, estime qu'une urgence survient en moyenne tous les 212 vols. La plupart ne nécessitent toutefois pas de déroutement de l'appareil.
Une étude de référence publiée dans le New England Journal of Medicine retrouvait déjà une urgence tous les 604 vols. Les malaises représentaient 37,4% des cas, devant les problèmes respiratoires (12,1%) et les nausées ou vomissements (9,5%). Un médecin passager intervenait dans près d'un cas sur deux (48,1%).
Aucune statistique comparable n'est en revanche publiée par la SNCB ou les autres opérateurs ferroviaires européens pour les incidents médicaux à bord des trains.
Le droit belge est clair
En Belgique, l'article 422bis du Code pénal sanctionne l'abstention de porter secours lorsqu'une personne est exposée à un péril grave et que l'aide peut être apportée sans danger sérieux pour l'intervenant ou pour autrui. Interrogé par Le Spécialiste et Medi-Sphère, le vice-président francophone de l'Ordre national des médecins, le Pr Christian Melot, rappelle que cette obligation, combinée à l'article 39 du Code de déontologie médicale — qui prévoit que « le médecin donne les soins requis à une personne en danger » — signifie que « le médecin ne peut se soustraire à son devoir d'assistance si son intervention peut être déterminante pour le pronostic vital ou fonctionnel d'un patient, et qu'aucun autre professionnel de santé n'est immédiatement disponible ».
Le Pr Melot rappelle toutefois qu'il convient également de tenir compte de l'article 6 du Code, selon lequel le médecin doit être conscient de ses limites et de ses capacités. L'obligation ne signifie donc pas qu'un dermatologue ou un psychiatre doive pratiquer des gestes de réanimation qu'il ne maîtrise plus. Il lui est demandé d'évaluer la situation, d'apporter l'aide qu'il est capable de fournir et de collaborer avec les secours ou le personnel de bord.
Entre devoir et appréhension
Les réticences des médecins ne sont pas nouvelles. En 2015, une thèse de médecine réalisée à l'Université de La Réunion par une généraliste s'était penchée sur la question. Sur les 97 médecins interrogés, près d'un sur cinq (19,6%) se disait prêt à ne pas répondre à un appel lancé à bord d'un avion. Les principaux freins évoqués étaient la crainte d'engager sa responsabilité, le stress lié à un environnement inhabituel, la peur de méconnaître une pathologie grave, la prise de décision en solitaire, les difficultés de collaboration avec la téléassistance médicale et une connaissance insuffisante du cadre juridique applicable aux interventions en vol.
Ces préoccupations restent très présentes aujourd'hui. Sur les forums professionnels et les réseaux sociaux, de nombreux médecins racontent qu'ils espèrent d'abord voir se lever un urgentiste ou un anesthésiste avant de réaliser qu'ils sont parfois le seul médecin à bord. D'autres reconnaissent redouter davantage les conséquences médico-légales d'une erreur que l'urgence elle-même.
La question de l'alcool revient également régulièrement. Certains médecins expliquent avoir renoncé à intervenir après avoir consommé plusieurs verres durant un vol. Le Pr Melot nuance toutefois cette idée. « Un médecin présent sur les lieux d'un incident peut, en principe, intervenir spontanément, même s'il a consommé de l'alcool, à condition que ses facultés ne soient pas altérées. » En revanche, « s'il se trouve dans un état tel que son intervention pourrait être inappropriée ou risquée, il doit faire preuve de discernement et se limiter à l'organisation de l'assistance sans prendre part active aux soins. »
Le commandant garde la main
En avion, le médecin ne décide pas seul d'un éventuel déroutement. Son rôle consiste à examiner le patient, à conseiller l'équipage et, le cas échéant, à échanger avec le médecin de permanence au sol auquel recourent de nombreuses compagnies aériennes. La décision finale appartient au commandant de bord.
L'épisode survenu en novembre 2024 avec la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, médecin de formation, venue porter assistance à un passager lors d'un vol Zurich-Bruxelles, a rappelé que cette situation peut concerner n'importe quel praticien, qu'il soit généraliste, spécialiste… ou responsable politique.
Le vice-président de l'Ordre recommande également au médecin de documenter, dans la mesure du possible, les circonstances de son intervention, notamment en cas d'incident ou de plainte ultérieure.









Derniers commentaires
Laure Gilis
10 aout 2026il y a une formation à la lufthansa qui s'appelle doctor on board , organisée pour ce genre de situation , pour ne pas être pris au dépourvu
Françoise KRUYEN
07 aout 2026Je me souviens d'avoir été sollicitée de cette façon dans un avion il y a de nombreuses années. L'hôtesse de l'air m'a conduite auprès d'un homme qui était agité de spasmes et inconscient. L'équipage avait reçu mission de surveiller cet homme qu'elle m'a dit être épileptique.
Je ne vous dis pas la lamentable trousse de secours mise à ma disposition où j'ai quand même trouvé une ampoule de valium. Au moment de pratiquer l'injection j'ai découvert que ce personnage avait autour du poignet une gourmette qui stipulait "I AM DIABETIC" .
L'hôtesse avait confondu épileptique et diabétique...
J'ai donc changé mon traitement en fonction de ces nouvelles infos et le patient a repris conscience.
Je me suis jurée de ne plus jamais me faire prendre à un piège pareil!
Dr Françoise Kruyen