Un jeune MG témoigne : "Je vis avec la crainte de ce qui se décide au-dessus de ma tête"

Installé depuis cinq ans à Maarkedal, une petite commune de Flandre-Orientale, le Dr Jaron De Groote se trouve déjà à un moment charnière de sa carrière. Il évoque une perte de confiance dans les décisions politiques, envisage la déconvention et voit de jeunes collègues jeter l’éponge dans un contexte de pression croissante sur la médecine générale.

Le Dr Jaron De Groote explique qu’à peine cinq ans après l’ouverture de son cabinet, il a le sentiment d’être freiné dans son travail et de voir la profession se fragiliser. Il envisage de se déconventionner et observe que certains collègues abandonnent. « On a l’impression que Frank Vandenbroucke veut tout simplement nous embêter, encore et encore. » La déception est grande, affirme-t-il, mais l’inquiétude l’est davantage : que restera-t-il du métier si cette politique se poursuit ?

En 2020, il a lancé seul son cabinet. Un an plus tard, son épouse l’a rejoint. La patientèle a rapidement afflué et une infirmière a été engagée. « Nous avons dû très vite refuser de nouveaux patients. Le besoin en généralistes est immense ici. »

Le démarrage a été une épreuve financière. « Nous comptions sur la prime de démarrage Impulseo de deux fois 20 000 euros. Elle a été supprimée précisément cette année-là. Et un prêt sans intérêt via Impulseo n’était soudainement plus possible non plus. C’était un faux départ. »

Le couple a pu avancer grâce au soutien familial. « Nous avons rénové une maison : nous habitons à l’étage, et au rez-de-chaussée, nous avons aménagé deux cabinets médicaux et un cabinet infirmier. Nous ne nous plaignons pas, mais nous comptions sur une aide qui a disparu du jour au lendemain. Cela ébranle la confiance. »

Sa vision du métier était fondée sur la collaboration en première ligne, la prévention et une répartition efficace des tâches. « Nous avions même envisagé de passer à un système entièrement forfaitaire. Sur le plan financier, cela semblait intéressant et cela correspondait bien à notre manière de travailler. »

Le choc est venu avec l’arrêt brutal de la téléconsultation. « Même après le covid, c’était pour nous un outil de travail précieux. Du jour au lendemain, il n’était plus possible de la facturer. Cela a eu un impact direct sur notre chiffre d’affaires. Nous réglions beaucoup de choses par téléphone, par souci d’efficacité et de logique de soins. Proposer des appels gratuits, ce n’était pas envisageable. Nous faisons donc revenir les patients au cabinet, même si cela ne mène pas à de meilleurs soins ni à plus de respect pour notre temps. »

Pour lui, cet épisode a marqué un tournant. « Si l’on supprime aussi facilement des éléments essentiels, qu’est-ce qui peut encore suivre ? Dans un système forfaitaire, vous remettez complètement votre sort entre les mains des autorités et vous leur faites entièrement confiance. Pour nous, ce n’était plus possible : la confiance était perdue. »

Il envisage aujourd’hui la démarche opposée. « Nous pensons à nous déconventionner à partir de 2026. Surtout pour freiner la manière trop peu contraignante dont les soins sont demandés. Dans une région où les patients sont plutôt aisés et exigeants, quatre euros de ticket modérateur ne constituent pas un obstacle. Nous voyons arriver des personnes dans des voitures de luxe qui paient un euro. D’autres vous sortent du lit pour une visite à domicile en précisant déjà au téléphone que cela ne leur coûtera de toute façon rien. Il y a quelque chose qui ne fonctionne plus. »

La relation avec les pharmaciens est également source de tension. « On nous demande d’être un lien dans la première ligne, mais dans le même temps, on assiste à un lobbying intense. Nous n’avons pas le droit de stocker des vaccins. Cela crée de l’irritation, pas de la collaboration. » Certains partenariats fonctionnent pourtant bien, nuance-t-il : « Avec quelques pharmaciens, nous travaillons réellement en bonne entente. Mais la politique envoie des signaux totalement erronés. »

Son jugement sur le ministre de la Santé est particulièrement dur. « On a l’impression qu’il nourrit un ressentiment personnel envers les médecins généralistes. Comme s’il tirait une certaine satisfaction à nous embêter à chaque nouvelle mesure. » Ce qui le désarçonne surtout, dit-il, est l’absence de vision. « Je ne comprends pas la logique de sa politique. Pourquoi des décisions sont-elles prises sans explication ? Pourquoi existe-t-il si peu de communication avec le terrain ? »

Après cinq ans d’activité, il dit percevoir son métier tout autrement. « Quand j’ai été diplômé, je croyais à l’autonomie, à la possibilité de façonner ma propre pratique. J’avais envie de me lancer. Aujourd’hui, je vis surtout avec la crainte de ce qui se décide au-dessus de ma tête. Ce n’est pas ce que j’avais imaginé. »

Son idéal initial s’effrite. « Je voulais une pratique centrée sur la collaboration, l’attention et la proximité. Mais aujourd’hui, je sens que cette liberté se réduit de plus en plus. Vous devez choisir : soit vous optez pour une vraie qualité des soins, soit pour le financier. Plus le temps passe, moins ces deux dimensions sont conciliables. »

Ce désenchantement se répercute sur la relève. « Nous accueillons régulièrement des stagiaires pour contribuer à réduire la pénurie de généralistes. Nous faisons cela pour donner envie aux étudiants de choisir la médecine générale. Mais je remarque qu’il m’est de plus en plus difficile de les enthousiasmer pour la discipline parce que j’y crois moi-même moins. Et alors, je me surprends à penser : qu’est-ce que je leur transmets, au juste ? »

La pratique doit néanmoins avancer. Deux médecins plus âgés du voisinage cesseront leur activité l’an prochain et le cabinet souhaite reprendre une partie de leur patientèle. Un troisième généraliste rejoindra l’équipe à court terme, ce qui devrait offrir un peu de répit.

Le 7 juillet, le Dr De Groote a participé à la grève des médecins. « Il était temps d’envoyer un signal. Mais ce qui me manque, c’est un message clair et uni. Deux syndicats défendent bien nos intérêts, mais le troisième ne fait pas ce que nous en attendons. Et tant qu’il y a des divisions internes, il est difficile d’être fort en tant que groupe. »

Pour redonner des perspectives, il estime nécessaire de revoir la méthode de travail politique. « Le ministre doit écouter le terrain et parler avec tous les types de pratiques : forfaitaires et classiques, urbaines et rurales. Et expliquer pourquoi il prend des décisions, montrer une vision. Je suis devenu généraliste pour pouvoir travailler librement. Que vaut encore cette liberté si vous devez sans cesse craindre ce qui se décide au-dessus de votre tête ? »

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Derniers commentaires

  • Jean Paul Daxhelet

    17 novembre 2025

    Merci Jean-Louis Mary, je partage votre analyse pour la Médecine Générale.
    Pour les Spécialistes, quand la nouvelle nomenclature (attendue de longue date) sera publiée, vous verrez comment ils vont être atteints! Nous en reparlerons!

  • Jean-Louis MARY

    17 novembre 2025

    Ce jeune confrère a mille fois raison, je suis en fin de carrière et content d’être né au bon moment.
    VDB est le fossoyeur de la médecine générale et je ne peux qu’encourager les jeunes diplômés à se spécialiser.
    Mois après mois des prérogatives sont retirées à la première ligne de soins pour être confiées aux pharmaciens, aux para médicaux, à la seconde ligne de soins ou tout simplement supprimées comme la téléconsultation.
    Nos prescriptions sont sous contrôle permanent ….que restera t il en fin de mandat de VDB?
    Par contre , je ne vois aucune mesure contraignante à la médecine spécialisée et plus particulièrement hospitalière qui multiplie chaque jour un peu plus une débauche d’examens techniques afin de garder l’équilibre financier des hôpitaux, drôle de conflit d’intérêt.
    Le ministre se dit vouloir privilégier l’acte intellectuel mais c’est exactement le contraire qui se passe sur le terrain où la technologie règne en maître .
    Sa dernière trouvaille de vouloir retirer aux MG de prendre en charge les patients souffrant de lombalgies est encore une belle illustration de son acharnement contre la Médecine Générale.
    Exit la téléconsultation, les vaccinations, les lombosciatalgies, les prescriptions d’antibiotiques et IPP, et à moyen terme nous n’aurons plus le droit d’examiner le patient , cela étant réservé à l’assistant de pratique ….
    Mais il nous restera l’obligation de contribuer à mettre fin aux incapacités de longue durée via la plate forme trio .

  • Marie-Louise ALLEN

    17 novembre 2025

    « On a l’impression qu’il nourrit un ressentiment personnel envers les médecins généralistes. Comme s’il tirait une certaine satisfaction à nous embêter à chaque nouvelle mesure. » impression partagée largement! et qui s'expliquerait parce que seul membre de sa famille non médecin?
    En tout cas, l'aspect psychopathologique, d'ailleurs de moins en moins rare parmi les décideurs politiques, me paraît évident chez ce monsieur. Et sans doute a été repéré par les "organisateurs de nos politiques" qui n'étaient pas sans connaître ses capacités prouvées à mettre le feu à nos richesses, dont l'organisation médicale belge était un fleuron… Je dis bien était!!! Et, après une trentaine d'année de discrétion, sont allés le rechercher comme expert incendiaire pour finaliser un vieux projet se réalisant de plus en plus, même si petit à petit, de soumission du domaine médical aux décisions des gouvernements et partis… Fin d'une médecine de l'individu, début d'un totalitarisme sanitaire ...