SSM-J: «Les jeunes médecins ne sont pas prêts pour la réalité du terrain»

La SSM-J alerte sur les conditions d’entrée dans la pratique des jeunes médecins généralistes, qu’elle juge insuffisamment préparés aux réalités du terrain. Formation trop théorique, manque d’outils en gestion et accompagnement limité à l’installation compliquent leurs débuts. Dans un contexte de charge administrative croissante et de soutien financier parfois différé, l’organisation plaide pour un renforcement des dispositifs dès les études. Objectif : mieux armer les jeunes praticiens face aux exigences concrètes de la médecine générale.

Depuis plus de trois ans, la Dre Ilayda Serimozu, coordinatrice SSM-J, et la Dre Élodie Rousseau, secrétaire SSM-J, s’investissent en équipe dans le développement de la SSM-J, un acteur essentiel pour le jeune médecin généraliste. La Dre Élodie Rousseau se souvient : « J’ai été contactée par un membre de la SSM-J parce que je voulais faire de la recherche. Être engagée au sein de la SSM-J me permet de prodiguer une médecine de qualité. » Un intérêt confirmé par la Dre Ilayda Serimözü : « Je ne m’étais pas rendue compte qu’il y avait tellement d’opportunités de recherche. »

Cet investissement n’est toutefois pas évident pour les jeunes : « Souvent, ils expriment cette peur de ne pas avoir assez de temps pour s’investir dans la SSM-J… Pourtant, dès qu’ils prennent ce moment, ils apprécient les échanges et y restent. »

Être mieux formées

Après ces premières années, elles prennent un peu de recul par rapport à leur formation initiale. « À la sortie des études, nous n’avons reçu que la formation de médecin de base avec beaucoup d’informations théoriques superspécialisées, mais peu d’informations sur la relation patient-médecin, la communication non violente. Nous avons des modules optionnels une fois que l’on est médecin généraliste, mais pas pendant les six années d’études », précise la Dre Ilayda Serimözü.

Des propos confirmés par la Dre Élodie Rousseau : « J’ai rejoint un centre médical qui a survécu grâce aux paramédicaux et à deux médecins généralistes, dont un venait de prendre sa retraite. Nous avons dû engager quelqu’un avec ma collègue, mais nous n’avions pas reçu de formation à ce niveau. On a tout découvert petit à petit en faisant des erreurs. Nous devrions recevoir des formations de gestionnaires. »

La formation et le soutien sont au centre du rôle de la SSM-J : « La formation liée notamment à l’installation est importante : deux journées de formation et des webinaires pour aider les jeunes médecins généralistes à s’installer, avoir des pistes au niveau financier, savoir quelles démarches administratives il faut accomplir... »

Cette installation pourrait être mieux soutenue. Il existe en effet un paradoxe, comme l’explique la Dre Élodie Rousseau : « Lorsqu’on commence comme médecin généraliste avec une secrétaire, nous devons d’abord payer la secrétaire pendant un an et puis seulement introduire la demande pour une Impulseo. Dans les faits, nous ne sommes aidés financièrement que l’année suivante. »

Installée à Nassogne, dans la province de Luxembourg, la Dre Élodie Rousseau se rappelle ses débuts : « Je suis arrivée le premier jour avec mon livre, ne sachant pas si j’aurais un grand nombre de patients. En fait, j’ai eu une salle d’attente complète dès le premier jour. Je faisais des journées jusqu’à 21 h 30 très régulièrement, même encore maintenant. Aujourd’hui, nous voudrions avoir un troisième médecin dans l’équipe. »

L’impact de l’IA et le travail en équipe

Ce travail en équipe est indispensable, selon elle : « Les jeunes médecins, en général, vont vers de l’association de médecins, au minimum, voire effectivement les maisons médicales ou les centres pluridisciplinaires. Cela leur apporte “un plus” à leur pratique d’être en contact avec un kiné, un psychologue, une infirmière. C’est très enrichissant. »

La Dre Ilayda Serimözü le confirme : « J’aime pouvoir me concerter entre collègues, avoir différents avis. Il est plus facile d’avoir un retour d’un collègue psychologue, kiné, infirmier qui travaille avec nous sur place. »

La charge administrative est un problème dès le début de la pratique : « Nous passons parfois dix minutes de la consultation à juste remplir des papiers, tout en essayant de développer des outils pour être plus efficaces », explique la Dre Élodie Rousseau.

Dans ce contexte, l’IA devient un atout : « J’utilise l’IA déjà pour suivre des nouvelles guidelines, mais pas pour rédiger dans un dossier parce que je n’ai pas un produit intégré dans le logiciel informatique qui me garantirait la confidentialité nécessaire. » Elle essaie également d’informatiser au maximum ses processus : « J’ai de nombreux modèles préenregistrés dans mon programme informatique, notamment pour me rendre en maison de repos. J’essaie aussi d’éduquer les patients à ne pas vouloir tout, tout de suite. »

Lire aussi : «Le risque d’abandon précoce des jeunes médecins est sous-estimé»

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Derniers commentaires

  • Robin GUEBEN

    05 mai 2026

    Tiens c'est marrant ça, parce qu'une des administratrices du SSM-J (ancienne coordinatrice ?) disait l'exact inverse il y a 2 ans :
    https://www.lespecialiste.be/fr/debats/les-jeunes-medecins-sont-ils-des-professionnels-de-moins-bonne-qualite-que-leurs-predecesseurs-dr-sarah-cumps.html

    Je suis navré de vous dire que si vous restez dans cet esprit de médecine subsidiée, vous serez la génération foutue de la médecine générale belge. La société en a assez de donner de l'argent pour la solidarité, elle en donne déjà la moitié de sa richesse. Vos profs communistes ne vous apprendront rien du libéralisme. Les libéraux ne vous apprendront rien non plus car tout ce que nous vous confions, vous le retournez contre nous.

    Soit la médecine générale redevient libérale et assurantielle, soit tant pis. Mais personne va venir vous consoler ou vous tenir par la main.