Soins à haute variabilité : le KCE renvoie la balle au politique

 

La réforme du financement hospitalier suit son cours : le KCE a publié hier jeudi son rapport sur les soins à haute variabilité. Mais étant donné que le choix d’un tel financement est lié aux priorités et aux politiques de chaque pays, il n'est pas possible de transposer telle quelle une méthode de financement étrangère au système belge. Il faut donc d’abord poser des choix politiques nécessaires, conclut le KCE.

Dans sa réforme du financement des hôpitaux, la ministre de la Santé Maggie De Block prévoit de répartir les séjours hospitaliers en trois « clusters » en fonction de la variabilité des soins, chaque cluster bénéficiant d’une forme de financement différente. C’est dans cette optique qu’elle a demandé au KCE d'analyser la manière dont d’autres pays financent les soins à haute variabilité.

Proof of concept

Mais étant donné que le choix d’un tel financement est lié aux priorités et aux politiques de chaque pays, il n'est pas possible de transposer telle quelle une méthode de financement étrangère au système belge. Il faut donc d’abord poser des choix politiques nécessaires. Le KCE recommande de commencer par une étude « proof of concept » consistant à développer un financement tenant compte de la variabilité, par exemple pour la prise en charge de l'AVC, pour laquelle un modèle organisationnel a déjà été choisi par les autorités.

Cluster à haute variabilité

Le cluster à haute variabilité concerne les séjours dont les besoins en soins sont difficiles à standardiser et donc non prévisibles. Dans ce cluster, les soins sont délivrés sur mesure en fonction des besoins des patients. Dans ce cluster, les hôpitaux seraient remboursés sur la base des soins délivrés justifiés.

Comment procèdent les autres pays ?

La ministre a demandé au KCE d'analyser la manière dont d’autres pays financent les soins à haute variabilité et de voir dans quelle mesure ces méthodes peuvent s'appliquer également dans notre pays.

Le KCE a étudié les systèmes de financement du Danemark, de l’Angleterre, de l’Estonie, de la France, de l’Allemagne et des États-Unis (Medicare). Tous ces pays excluent certains éléments du financement standard pour les rembourser séparément. On peut « exclure » de la sorte certaines catégories de patients (p.ex. les grands brûlés), certains produits (p.ex. les médicaments onéreux), certains hôpitaux spécialisés, (p.ex les hôpitaux pédiatriques spécialisés) et aussi les patients qui génèrent des coûts significativement plus/moins élevés que la moyenne (appelés « outliers »). Cependant, tous ces pays déterminent les éléments à exclure et la manière de les financer de façons très différentes, essentiellement en fonction de leurs impacts possibles sur le système de santé et des priorités sociétales, par exemple l'efficacité et la qualité des soins.

Le choix du financement des soins à haute variabilité peut également venir en soutien de réformes de l'organisation des soins. Par exemple, certains pays excluent les soins complexes pour encourager leur concentration dans des centres spécialisés (qui reçoivent alors un financement spécifique). Ceci fait également partie du Plan de la ministre.

Le temps est venu de prendre des décisions politiques

Étant donné le large éventail de systèmes existants, il n’est pas possible de formuler des recommandations concrètes à l’intention des décideurs politiques belges. Par ailleurs, le Plan d'approche de la ministre a déjà défini un certain nombre d’orientations (p.ex. davantage de transparence dans le système de financement, la concentration de soins de santé complexes et coûteux, etc.). Il faut maintenant prendre des décisions politiques, qui devront être soutenues par le financement, comme dans les autres pays, conclut le KCE.

Une fois les choix politiques posés, il sera nécessaire d’effectuer des analyses et des simulations (p.ex. pour savoir pourquoi il existe une grande variabilité entre hôpitaux pour certaines admissions, pour calculer l'impact budgétaire pour les hôpitaux et le gouvernement, etc.).

 

Vous souhaitez commenter cet article ?

L'accès à la totalité des fonctionnalités est réservé aux professionnels de la santé.

Si vous êtes un professionnel de la santé vous devez vous connecter ou vous inscrire gratuitement sur notre site pour accéder à la totalité de notre contenu.
Si vous êtes un patient interessé par des informations médicales validées, consultez notre site grand public www.vivasante.be.
Si vous êtes journaliste ou si vous souhaitez nous informer écrivez-nous à redaction@rmnet.be.

Derniers commentaires

  • Philippe-Charles BUSARD

    21 avril 2018

    Mise en application 1/1/19... il serait temps de savoir... malheureusement et pour rappel, les forfaits seront établis sur base d’une nomenclature vieille de +\- 40 ans , éventuellement inadaptée aux pratiques ( technicité) actuelles; au lieu d’avoir initié la réflexion sur base des coûts réels au 21eme siècle ( comme l’ont fait nos voisins). Biais de départ donc, raisonnement fallacieux d’emblée juste destiné à culpabiliser les praticiens et dont le résultat sera une médecine médiocre, délocalisée ou à deux vitesses.