Le ministre wallon de la Santé, Yves Coppieters, s’est entretenu avec son homologue fédéral Frank Vandenbroucke à propos de l’avant-projet de loi-cadre. Il l’encourage à mener sa réforme, mais alerte sur le malaise des médecins, les risques de démotivation et l’urgence d’accélérer la refonte de la nomenclature.
Les deux ministres se sont rencontrés avant-hier dans le cadre d’une Commission interministérielle (CIM) sur la précarité. Le sujet de la grève annoncée du 7 juillet et de la réforme du conventionnement a été évoqué entre les deux ministres.
« Tout d’abord, je l'ai encouragé dans cette réforme qui est nécessaire sur un plan vraiment de santé publique, d'amélioration du financement, de rationalisation du système de santé. Je lui ai dit qu'il était courageux, mais qu’il devait entendre la grogne des prestataires de santé », explique Yves Coppieters.
S’il reconnaît l’importance de l’ambition fédérale, le ministre wallon s’inquiète toutefois d’un risque croissant de démobilisation dans la profession médicale. « Il y a un véritable malaise chez les médecins. Le risque d’un exode dans certaines disciplines ou zones géographiques existe. Nous devons éviter la fuite de cerveaux vers d’autres pays. Que je sache, nos médecins ne sont pas encore des fonctionnaires ! »
La réforme actuelle est, selon lui, freinée par une mauvaise séquence politique. Plutôt qu’un manque de concertation, il déplore une écoute insuffisante. « Le ministre Vandenbroucke a concerté… mais il faut surtout écouter. Il est en train de revoir son texte... mais ce ne sera sans doute pas suffisant. Il est difficile d'avancer tant qu'on n'a pas une suite de la réforme de la nomenclature. Cette dernière pourrait potentiellement compenser les mesures qu'il propose. C'est le premier élément ! Tant que cette réforme n'est pas terminée, le reste n'a pas de sens. La priorité est d’accélérer les discussions à ce sujet pour aboutir... avant d’aller vers un plafonnement, qui est une étape nécessaire, mais qui doit venir dans un second temps. Sa volonté n’est pas adéquate, d’autant plus que nous nous trouvons dans une période où les acteurs de la santé sont sous pression. »
Parmi les leviers évoqués pour équilibrer les dépenses de santé, celui du ticket modérateur ne doit pas être écarté, selon lui.
« Si on augmentait d'un euro, je pense que ce serait une partie de la solution. » Une option rejetée jusqu’ici par le ministre fédéral et les mutuelles.
Yves Coppieters rappelle aussi que, du point de vue régional, les conséquences de la réforme se feront sentir concrètement.
« Cela va accentuer la pénurie et avoir un impact sur la motivation des soignants. Par ailleurs, il ne faudrait surtout pas qu'une partie des médecins hospitaliers conventionnés disparaisse pour aller mener une pratique libérale, pure et non conventionnée. »
Une autre crainte porte sur la cohérence du système de soins, déjà mis à mal par le manque de coordination entre les différents niveaux. « Il ne faut pas que la réforme désorganise le terrain. Il faut en tout cas mieux l'accompagner. Il faut des périodes de transition. Nos professionnels de santé sont déjà sous pression. »
Il insiste enfin sur la question du coût à charge pour les patients, déjà particulièrement élevé en Belgique. « Il faut en effet rappeler qu’en Belgique, nous avons le coût à charge du patient qui est le plus élevé d’Europe. Le conventionnement partiel ne facilite pas la compréhension pour les bénéficiaires, surtout lorsque cette situation se passe dans un même lieu pour un soin identique. »
Concernant les délais annoncés pour la limitation des suppléments d’honoraires, Yves Coppieters se veut prudent, tout en appelant à clarifier rapidement les règles. « Cela laisse le temps à la concertation. Sans un cadre clair et adapté, il est illusoire de redéfinir les mécanismes de rémunération des soins. »








