Près d’un tiers des généralistes britanniques pourraient quitter la NHS d’ici cinq ans

Le Royal College of General Practitioners (RCGP) avertit lundi dans un communiqué d’un « exode massif » possible des médecins généralistes britanniques dans les cinq prochaines années. Sur la base de son enquête annuelle GP Voice, l’organisation pointe un niveau de stress jugé ingérable, une charge administrative excessive et un risque croissant pour la sécurité des patients.

Selon le RCGP, près d’un tiers des généralistes au Royaume-Uni ne se voient plus exercer la médecine générale dans cinq ans. Le stress est cité comme premier motif par 44 % des répondants envisageant d’écourter leur carrière, tandis que 39 % projettent de partir à la retraite. L’enquête GP Voice, menée auprès de plus de 2 100 médecins généralistes britanniques en activité et médecins en formation, rapporte que 28 % se sentent, au moins une fois par semaine, tellement stressés qu’ils n’arrivent plus à faire face.

« Personne n’entre en médecine générale pour une voie facile, mais le fait que tant de généralistes se sentent si stressés et s’inquiètent de l’impact que cela a sur leurs patients montre à quel point la situation est devenue précaire en médecine générale. Il faut agir d’urgence », déclare la professeure Kamila Hawthorne, présidente du Collège.

Le RCGP identifie des charges de travail excessives et des niveaux élevés de bureaucratie inutile parmi les causes principales du stress. Conséquence directe pour les patients : près des trois quarts des médecins (73 %) estiment que la sécurité des soins est compromise par la pression actuelle, et moins de 30 % déclarent disposer de suffisamment de temps en consultation pour assurer des soins de haute qualité.

Au cours de l’année écoulée, les équipes de soins primaires ont délivré 386 millions de consultations, soit plus d’un million par jour, un record et une hausse de plus de 80 millions par rapport à 2019. Cette montée en charge ne s’est pas accompagnée d’une augmentation équivalente des effectifs médicaux : on ne compte que 387 généralistes équivalents temps plein supplémentaires par rapport à fin 2019, alors que la patientèle enregistrée a crû de plus de 3,7 millions. En moyenne, chaque généraliste est désormais responsable de 2 241 patients.

Parmi les médecins envisageant de partir, 58 % indiquent qu’une réduction de la charge administrative les inciterait à rester, 43 % citent une diminution de la charge clinique et 40 % souhaitent une réduction des risques liés à leur rôle de médecin associé (GP partner) responsable de la gestion du cabinet.

Le Collège demande au gouvernement d’inscrire des objectifs chiffrés dans le prochain plan décennal des ressources humaines en santé, avec une feuille de route claire pour former, recruter et retenir les généralistes nécessaires à des soins sûrs et opportuns. Des mesures durables de dés-administrativisation sont également réclamées, dont l’intégration complète des systèmes numériques du NHS et la possibilité pour les spécialistes d’orienter directement les patients vers d’autres spécialistes lorsque c’est approprié, sans repasser par le généraliste.

« Le plan de santé sur dix ans contient des propositions encourageantes pour desserrer l’étau sur la médecine générale, mais les résultats de cette enquête montrent l’ampleur de la crise. Nous perdons trop de généralistes hautement qualifiés, souvent très expérimentés, en première ligne des soins, et nous devons voir comment le gouvernement compte inverser cette tendance », insiste la professeure Hawthorne.

Rappelant dans le communiqué que la médecine générale constitue « l’assise du NHS », elle plaide pour des engagements clairs sur « des milliers » de généralistes supplémentaires, par le recrutement et surtout par la rétention. « Il faut aussi protéger le temps clinique : permettre des renvois directs entre spécialistes quand c’est pertinent et disposer d’un système numérique pleinement intégré améliorerait l’accès à l’information et la communication dans tout le système, tout en réduisant erreurs et doublons. »

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