Planification médicale : « partir d’objectifs de santé »

Le Soir vient de consacrer sa Une, édito compris, à la « pénurie programmée » de MG, dont les effectifs chuteront de 50% dans les 20 ans, d’après les modélisations de la commission de planification. Paul De Munck, président du GBO, se félicite que ce « problème de santé publique » soit si ostensiblement porté à la connaissance de l’opinion. Pour lui, la marche à suivre passe avant tout par la détermination d’objectifs de santé…

De ces objectifs fixés découlera une appréciation des besoins, et de là, une politique permettant une offre médicale appropriée pour y répondre. « On règle actuellement les choses en se basant sur des tendances historiques. On parle de pénurie ‘à politique inchangée’. Mais justement, il faut changer cette politique ! Décidons une fois pour toutes de combien de médecins de quelle spécialité on a besoin par X habitants. Voyons comment couvrir équitablement tout le territoire. Comment gérer le problème de la maîtrise des flux de médecins qui viennent de l’étranger. Voilà une première chose à mettre en œuvre », énonce le syndicaliste, qui se félicite que Le Soir ait consacré tant d’espace à vulgariser « un réel problème de société. Peut-être cette médiatisation poussera-t-elle les décideurs à plus de proactivité… ».

Une seconde voie à suivre en parallèle est, selon le leader du GBO, de continuer à réfléchir avec les universités à la façon de rehausser l’attrait de la médecine générale durant le cursus, pour attirer encore plus d’étudiants dans cette filière. Et de respecter les sous-quotas entre MG et spécialités, « ce qui suppose une volonté forte des universités et de la Fédération Wallonie-Bruxelles ».

Une image à travailler

Mais ces efforts de sensibilisation des jeunes ne doivent pas se concentrer sur le seul passage à la Faculté. Ils devraient démarrer avant, se poursuivre après, avec des portraits, des présentations médiatisées de jeunes généralistes qui s’épanouissent dans leur métier, pas des tribunes de « vieux » confrères épuisés ou aigris. « Il faut présenter le métier sous ses bons côtés. Encore faut-il que ceux-ci soient une réalité... Ce pourquoi il faut continuer à se battre pour l’amélioration des conditions d’exercice, la garde, la pratique en groupe, la multidisciplinarité, l’appui par des infirmiers de cabinet, l’allégement de la charge administrative… La jeune génération de médecins ne veut plus se tuer au travail. Il faudrait solutionner, également, les écarts de revenus entre les MG et certaines spécialités, qui découragent les étudiants. Ca aussi, c’est politique. La déclaration de politique régionale de feu-le gouvernement wallon mettait ‘le MG au centre’. Fort bien. Mais qu’est-ce que cela a changé, concrètement ? »

Du concret à inventer

Paul De Munck en appelle à la créativité, et à l’intensification des rapports avec les pouvoirs communaux ou provinciaux pour qu’émergent des solutions locales très concrètes, comme de la médecine mobile (un MG des environs viendrait assurer des plages horaires de consultations dans une ‘structure de 1ère ligne’ créée par une localité qui n’a plus de médecin, par exemple), de la médecine en réseau informatisé, ou de la télémédecine, par exemple au profit des résidents des maisons de repos. « Il y a du concret à inventer, qui attirerait les jeunes. »

Le syndicaliste insiste : ce n’est pas une mesure isolée qu’il faut prendre, mais un ensemble de mesures, partant d’objectifs de santé, des besoins de la population, pour arriver à une situation ni pénurique ni pléthorique. « Il est temps d’arrêter de nier la pénurie et de s’attaquer aux remèdes dans ce dossier aux relents communautaires mortifères. L’examen d’entrée, côté francophone, n’est qu’un épiphénomène de la problématique. La question centrale est la planification, à long terme. »

(*) à lire dans le Soir de cette semaine. Le grand quotidien bruxellois assortit ses statistiques d’une série de reportages sur le terrain, en cabinet libéral et en maison médicale.

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