Dans un contexte de tension croissante sur l’accès aux soins de première ligne, plusieurs initiatives locales tentent de structurer autrement l’offre de médecine générale en zone rurale. La Dre Hanna Ballout revient sur ces dynamiques émergentes et sur les leviers concrets susceptibles d’en assurer la viabilité.
Co-working, maisons médicales, soutien administratif : face à la désertification médicale dans le sud du pays, la Société scientifique de médecine générale (SSMG) multiplie les accompagnements de terrain. Entretien avec la Dre Hanna Ballout, secrétaire générale de la SSMG, qui détaille les projets en cours et rappelle l'importance cruciale de dispositifs comme Impulseo.
Medi-Sphère : La SSMG accompagne diverses initiatives face à la pénurie en zone rurale. Quels sont ces projets ?
Dre Hanna Ballout : Nous avons effectivement donné notre avis sur trois projets distincts. Le premier est le co-working médical de Florennes, dont les cabinets sont opérationnels depuis octobre 2025. Deux jeunes médecins de l'entité, les Drs Reman et Lechat, y exercent avec une assistante, le temps que leurs propres locaux soient rénovés. Le deuxième projet se situe à Viroinval, où nous avons aidé les Dres Palacios et Dromelet à créer leur maison de santé, structurée en association de soins intégrés (ASI). Enfin, nous accompagnons la commune de Rouvroy, portée par le Dr Michel Marion, dans la construction d'un futur cabinet médical.
Ces initiatives convergent avec les travaux de l'Université de Namur. Y a-t-il une concertation à ce niveau ?
Oui, tout cela s'inscrit dans un constat partagé : le sud de la province de Namur est sous-doté en médecins généralistes. Nous avons informé les universités, dont l'UNamur, de notre démarche dès le début. Cela a mené à des projets de recherche liés au Plan pénurie, avec la création d'un consortium intégrant la SSMG. Quand les universités apportent leur appui ou une visibilité, c'est un moteur très encourageant pour les médecins qui font vivre ces projets locaux.
Quel est le rôle exact de la SSMG dans l'accompagnement de ces jeunes pratiques ?
Notre mission de base reste la formation continue. À Florennes, par exemple, nous avons organisé des ateliers pratiques sur les sutures ou sur la création d'une pratique de groupe. Mais notre appui s'adapte aux besoins du terrain. À Viroinval, nous avons privilégié la mise en réseau, le mentorat et le coaching. Nous créons également des outils concrets. Récemment, en collaboration avec l'INAMI et Domus Medica, nous avons publié la Checklist pour une pratique de qualité, un outil destiné à aider les médecins à améliorer la gestion quotidienne de leur cabinet.
Malgré cet investissement, la SSMG ne dispose pas d'une « cellule pénurie » dédiée. Comment gérez-vous cet enjeu en interne ?
Nos cellules se construisent autour d'une expertise thématique destinée à servir nos membres au quotidien. La question de la pénurie, parce qu'elle est transversale, est traitée par deux pôles distincts : le pôle Innovation et Stratégie, qui a nourri la réflexion sur le projet de Florennes, et le pôle Recherche, particulièrement actif dans le consortium universitaire.
Le dernier cadastre de l’Aviq soulignait récemment une pénurie très marquée dans la province de Luxembourg. Avez-vous déjà été sollicités pour des projets dans cette région ?
Pas pour le moment. Dans cette région, les praticiens qui souhaitent développer un nouveau projet sollicitent prioritairement Santé Ardenne, qui possède déjà une expertise de terrain très bien étayée. En réalité, si la SSMG a été interpellée pour les projets namurois, c'est précisément parce qu'ils se situaient en dehors du territoire de compétence de Santé Ardenne.
Le Collège de médecine générale (CMG) devrait peut-être s'emparer plus globalement de cette question, vu la multiplicité des angles et des acteurs impliqués. L'enjeu de la pénurie dépasse largement le cadre d'une seule structure.
Avec le recul, quels sont les ingrédients qui garantissent le succès de ces nouvelles structures en zone rurale ?
Ce qui fonctionne, c'est d'avoir des médecins « ambassadeurs » de leur propre commune, impliqués activement. Il est crucial que les projets viennent de la base, des médecins eux-mêmes, et qu'ils ne soient pas décidés uniquement par les communes. Les autorités locales doivent être là en appui, pour répondre aux besoins exprimés par les praticiens.
Une question de fond pour conclure : l'organisation de la première ligne est sous tension et l'on évoque des économies possibles sur les dispositifs de soutien comme Impulseo. Est-ce une menace pour la médecine rurale ?
Il faut vraiment prendre conscience du rôle positif que représentent des dispositifs comme Impulseo pour les généralistes. Ils permettent de décharger les praticiens d'une lourde charge administrative, via l'intégration de secrétariats ou de télésecrétariats, ce qui rend le métier beaucoup moins pénible. En tant que structure d'appui principale pour ces dossiers, la SSMG espère être fixée rapidement. Envisager la disparition d'un tel service, c'est s'exposer à des répercussions très négatives sur le terrain. De manière plus large, une phase d'évaluation de tous les dispositifs existants s'avère indispensable. La gestion future de la pénurie est d'ailleurs une question brûlante, actuellement à l'étude au KCE.
> L’outil est disponible sur le site de la SSMG : https://www.ssmg.be/ameliorer/
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