La répartition des médecins, l'organisation des stages et la coordination entre niveaux de pouvoir ont dominé les débats des Assises de la planification de l'offre médicale en Belgique francophone, organisées jeudi à l'Académie royale de médecine. Plusieurs intervenants ont appelé à des mesures concrètes pour mieux répondre aux pénuries territoriales.
L’Académie royale de médecine a accueilli jeudi les « Assises de la planification de l’offre médicale en Belgique francophone ». Sous le regard de Georges Casimir, président de la Commission de planification francophone de l’offre médicale et secrétaire perpétuel de l’Académie royale de médecine, de nombreux intervenants ont évoqué les urgences de santé publique afin de réduire la pénurie de médecins en Belgique. « Nous travaillons sur des solutions concrètes », a-t-il précisé d’emblée, tout en reconnaissant qu’elles ne produisent pas toujours immédiatement leurs effets sur le terrain. Des critiques sont notamment apparues dans la salle concernant le manque d’anticipation du nombre de gériatres et de neurologues à moyen terme.
Le changement des règles de stage
Pour sa part, Denis Lambert, secrétaire général du CCFFMG, a rappelé son rôle concernant les assistants : « Le but de l'assistanat est d'apprendre son métier et pas de boucher les trous dans les zones en pénurie. La priorité doit rester la qualité des stages. Par ailleurs, l'enjeu principal n'est pas de créer de nouvelles places, mais de répartir la pénurie de manière proportionnelle. Pour obtenir une répartition équitable, environ 75 assistants devraient quitter Bruxelles pour la Wallonie, et 110 stages devraient être déplacés au sein de la Wallonie vers les zones en pénurie. »
Pour lui, « la règle imposant désormais strictement un maître de stage pour un assistant (mettant fin aux pratiques de cumul, plus fréquentes à Bruxelles) va mécaniquement entraîner le déplacement de 140 unités de stage par an vers les zones périphériques. » Il a aussi attiré l’attention sur le fait que « l'obligation pour les assistants de suivre des séminaires de cours théoriques (souvent centralisés à Bruxelles ou à Liège) reste un frein majeur pour ceux effectuant leur stage dans le sud du pays, par exemple à Arlon. Un travail de décentralisation ou de rapprochement de l'offre de cours est nécessaire. »
Autre inquiétude, selon lui : l’obligation de débuter le stage le 1er octobre. « Cette obligation représente une perte de volume de prestations pour la médecine générale de première ligne et complique l'organisation des maîtres de stage ruraux lors des périodes d'absence de leur assistant. »
La réponse ne viendra pas d'un seul niveau de pouvoir
Les francophones ne peuvent pas décider de tout, comme le reconnaît Étienne Gilliard, directeur général de l’Enseignement de la vie, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche : « Il faut une coordination étroite entre les différents niveaux de pouvoir. Nous devons travailler ensemble pour trouver des solutions pour aujourd'hui et surtout pour demain. »
Un point de vue partagé par Gaël Duprat, du cabinet du ministre de la Santé, Yves Coppieters : « Les structures de soins sont soumises à une pression croissante. Nous devons bien organiser nos réponses. Il faut mieux les articuler et moins les disperser. Les enjeux sont transversaux. Augmenter le nombre de professionnels de santé ne suffira pas. La réponse ne viendra pas d'un seul niveau de pouvoir, mais de la complémentarité. »
Pour sa part, Ahmed Laaouej, ministre de l’Action sociale et de la Santé en Région de Bruxelles-Capitale, a une nouvelle fois insisté sur les questions sous-jacentes liées aux difficultés d’accès aux soins. « À la question de la pénurie s’ajoutent d’autres problématiques, comme la crainte de nombreux patients de devoir faire face à des coûts de soins de santé élevés tout au long de leur parcours de soins. La première ligne doit donc être très accessible pour tous les patients. »
Un médecin plus occupé qu’un autre
À Bruxelles, justement, la situation est préoccupante, comme l’a rappelé Jonathan Unger, de l'Observatoire de la Santé et du Social de Bruxelles : « Un médecin n'est pas égal à un autre en termes de volume horaire. Il peut exister des écarts allant jusqu'à 50 % du temps de contact avec les patients. »
Il a rappelé que la dernière enquête de l’Observatoire a montré que 20 % des médecins refusent les nouveaux patients (sauf exceptions). Si la situation actuelle est relativement satisfaisante, elle repose sur une charge de travail trop lourde pour les médecins et sur des consultations parfois trop courtes. « L'accessibilité à la médecine ne doit pas être pensée uniquement sous l'angle géographique, mais aussi sous les angles financier (conventionnement), culturel et organisationnel. »
Aller sensibiliser dans les écoles
En milieu rural, Laurent Dutrieux, de Santé Ardenne (MGLux), a décidé de prendre des mesures fortes, avec notamment la volonté, au cœur du projet, de susciter des vocations dès l’enseignement secondaire. « Nous allons aussi lancer un projet pilote de portes ouvertes dans des centres médicaux pluridisciplinaires à Aubange en 2027 pour les élèves de 5e secondaire. La littérature scientifique démontre qu'avoir grandi en milieu rural multiplie par deux les chances de s'y installer plus tard. Nous organisons également des webinaires d'information et de motivation sur le concours d'entrée en médecine et en dentisterie, avec des témoignages de professionnels locaux. À cela s’ajoute évidemment la volonté de faciliter les stages des étudiants en médecine en améliorant les conditions de logement, la mobilité… »
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Robin GUEBEN
02 juillet 2026Les deux : former plus et repartir mieux (par des facilités d'implantation, pas par contraintes).