Le rapport Inami 2024 sur les médecins généralistes permet une comparaison directe entre toutes les provinces belges sur la proportion de MG âgés de 65 ans et plus (exprimée en équivalents temps plein). La réponse à la question « où vieillissent-ils le plus ? » diffère selon qu'on parle de proportion de praticiens âgés ou de tension sur l'offre de soins.
Hainaut et Liège affichent la proportion la plus élevée de généralistes de 65 ans et plus : 20 % en ETP chacun. La province de Luxembourg, quant à elle, est la province avec le pourcentage le plus faible (16 %). Mais elle souffre de la pénurie la plus grave, avec 91 % de ses communes en situation de déficit selon l'Aviq.
Deux provinces wallonnes, une province flamande et Bruxelles : voilà la géographie du vieillissement médical telle qu'elle ressort du rapport Inami 2024. Le Hainaut et Liège partagent la première place nationale avec 20 % de leur activité de médecine générale assurée par des praticiens de 65 ans et plus. La Flandre occidentale suit à 19 %, Bruxelles, le Limbourg et le Brabant flamand sont à 18 % chacun. La Flandre est globalement dans la moyenne nationale (18 %), sauf Anvers (16 %) qui affiche la proportion la plus faible des grandes provinces.
Tableau - Proportion de généralistes de 65 ans et plus par province (2024, en ETP)
|
Province |
Région |
% 65+ (ETP) |
ETP / 10.000 assurés (*) |
|---|---|---|---|
|
Hainaut |
Wallonie |
20 % |
8,26 |
|
Liège |
Wallonie |
20 % |
9,27 |
|
West-Vlaanderen |
Flandre |
19 % |
8,54 |
|
Bruxelles |
Bruxelles |
18 % |
8,31 |
|
Limburg |
Flandre |
18 % |
9,51 |
|
Vlaams-Brabant |
Flandre |
18 % |
8,05 |
|
Oost-Vlaanderen |
Flandre |
17 % |
8,84 |
|
Antwerpen |
Flandre |
16 % |
7,96 |
|
Luxembourg |
Wallonie |
16 % |
10,50 |
|
Brabant wallon |
Wallonie |
15 % |
8,78 |
|
Namur |
Wallonie |
15 % |
9,32 |
|
TOTAL Belgique |
18 % |
8,60 |
(*) La densité Inami est calculée sur les assurés Inami domiciliés dans la province (lieu de travail du médecin), ce qui diffère de la densité Aviq (habitants). L'écart est particulièrement visible pour la province de Luxembourg, dont une part des résidents travaillent au Grand-Duché et relèvent d'un autre régime d'assurance.
Luxembourg : une pénurie qui ne tient pas au vieillissement
La province de Luxembourg est la seule province wallonne à enregistrer un recul du nombre de médecins actifs depuis 2016 : 18 MG de moins en valeur absolue, et une baisse de 21 % des ETP. Sa densité médicale est tombée à 84,4 MG pour 100.000 habitants en 2024, contre 95,2 en 2016, soit sous le seuil de 90 défini comme référence par l'Aviq. La proportion de communes en pénurie y atteint 91 %, contre 86 % en 2016. C'est bien la pénurie absolue, et non le vieillissement des effectifs, qui explique la situation critique de la province : avec seulement 16 % de MG de 65 ans et plus (en ETP), ses praticiens sont parmi les plus jeunes de Wallonie. Le problème, c'est qu'il y en a trop peu, et que les nouvelles installations ne suivent pas.
Le Hainaut s'améliore sur les pénuries, Liège reste sous pression
Le Hainaut, qui comptait la plus forte proportion de communes en pénurie en 2016 (58 %), a connu une évolution inverse à celle du Luxembourg. Sa proportion est passée à 48 % en 2024. La province reste néanmoins la plus peuplée de Wallonie et concentre le plus grand besoin absolu en médecins : l'Aviq estime qu'il faudra 322 nouveaux médecins dans le Hainaut seul sur les cinq prochaines années. Avec 20 % de MG de 65 ans et plus en ETP, le volume de remplacements imminents y est conséquent.
La province de Liège se trouve dans une position intermédiaire : 20 % de MG de 65 ans et plus (en ETP), et un besoin estimé à 234 médecins sur cinq ans. Le Brabant wallon présente le tableau le plus favorable : +24 % de médecins actifs depuis 2016, une proportion de communes en pénurie ramenée de 59 % à 33 %, et 15 % de MG âgés de 65 ans et plus, soit la plus faible de Wallonie.
Au-delà des provinces, les données Inami confirment un fossé régional structurel. En ETP, la proportion de généralistes de 65 ans et plus s'élève à 18 % côté francophone et 17 % côté néerlandophone en 2024. Le KCE relevait en 2021 un écart plus marqué sur les 55 ans et plus : 41,7 % en Communauté française contre 36,3 % en Communauté flamande. La Flandre a bénéficié d'un renouvellement plus rapide de ses effectifs. Une explication possible : une politique de sous-quotas orientant davantage de diplômés vers la médecine générale.
Bruxelles : une densité sous la moyenne nationale
Les données Inami HPR permettent désormais de quantifier la situation bruxelloise : 18 % de MG de 65 ans et plus en ETP, une densité de 8,31 ETP pour 10.000 assurés. C’est en dessous de la moyenne nationale (8,60) et en net retard sur la couverture effective par patient (seulement 58 % des assurés bruxellois ont eu au moins un contact avec un MG en 2023, contre 88 % en Flandre orientale par exemple). En 2018, l'Observatoire de la santé et du social de Bruxelles avait déjà relevé une structure des âges préoccupante et une pénurie menaçant à l'horizon 2027. Les inégalités intercommunales bruxelloises restent importantes.
À noter enfin que les primes Impulseo (20.000 euros en zone en pénurie, 25.000 euros en pénurie sévère) n'ont pas fondamentalement changé la géographie des installations. Dans les communes qui n'ont jamais connu de pénurie, le taux de remplacement des départs atteint 105 % contre 52 % dans les communes nouvellement passées en déficit, et moins de 9 % pour les communes en pénurie sévère.
Lire aussi : Un médecin généraliste sur trois a plus de 65 ans









Derniers commentaires
Charles KARIGER
04 juin 2026Once upon a time,… Il était une fois… Voici bien longtemps la dispensation des soins était l’Art de guérir.
Depuis que les États sont tenus d’assurer le « droit à la santé », nos gouvernants ont commencé à planifier un système calqué sur les structures militaro-industrielles.
Plus question d’Art, de liberté, de responsabilité morale personnelle (alors que la responsabilité pénale est aggravée),…
Le présent est désormais celui-ci : Dr-♀ ou Dr-♂… 37 heures/semaine en MM dirigée par des administratifs…
Nathalie PANEPINTO
01 juin 2026Les jeunes généralistes sont en grande majorité des femmes. Leur choix d'installation ne serait-il pas influencé par où travaille leur époux ? Où se localise les viviers d'emplois en Belgique ? Et que fabrique-t-on encore en Belgique à part de la bière et du chocolat ?
Robin GUEBEN
01 juin 2026Le socialisme, la forme avancée de l'étatisme, c'est l'exploitation de la misère, ou plus précisément la prise de monopole sur le capital public (DMG, PMG, forfait, syndicalisme, social, ...). Il ne faut donc pas s'étonner d'y voir la plus grande concentration de rentiers publics dans les provinces du Hainaut et de Liège.
Pour la Flandre occidentale, il ne faut pas s'étonner non plus : les flamands sont des nationalo-étatistes, c'est le même fonctionnement économique que le socialisme.
Bruxelles, c'est un peu l'état avancée dans le temps de la santé d'Etat, càd sans secteur libéral pour le soutenir, un peu comme Cuba.
Il ne faut pas s'étonner non plus d'avoir une pénurie en valeur absolue dans la province du Luxembourg, l'ardennais y vieillit très bien, je vous rassure ; s'il y a si peu de médecins, c'est parce qu'il y a un pays beaucoup plus libéral à côté. Or dans un secteur critique, il y a toujours la triade nul/aux abois/toxique mais ceux-là ne font pas long-feu en Ardenne. Les talents choisissent toujours la liberté, l'Ardenne se vide par conséquent littéralement de ses soignants.