Un nouveau plan pluriannuel de l’INAMI pour 2028 et 2029 suscite déjà la controverse

L’INAMI travaille à un nouveau plan pluriannuel pour 2028 et 2029. Les traitements dont la plus-value n’est pas suffisamment démontrée devraient être abandonnés et les soins de santé fondés sur la valeur (« value-based healthcare ») devenir le nouveau principe directeur. Thomas Gevaert (Cartel) se montre sceptique. Il estime avoir déjà vu passer suffisamment d’« enfants prodiges » en matière de politique de santé et craint surtout davantage d’administration et une hausse des dépenses.

Alors que le Comité de l’assurance négocie les économies pour 2027, le prochain plan pluriannuel est déjà sur la table. Le financement devrait être davantage lié à la plus-value des traitements. Les moyens ainsi libérés seraient réinvestis dans les soins. Le plan s’inscrit dans le prolongement des 29 actions d’Appropriate Care. Comme Le Spécialiste l’a déjà indiqué, les médecins auront davantage de visibilité sur leur comportement de prescription et l’INAMI entend s’attaquer aux variations de pratiques. Des audits hospitaliers sont également prévus.

Thomas Gevaert estime avoir déjà entendu tout cela. « Ce qui réapparaît à chaque fois, ce sont les termes miracles censés nous permettre d’économiser des milliards. Ces dernières années, nous avons ainsi eu le “quintuple aim”, l’“appropriate care” et les “soins transversaux”, qui devaient nous permettre de réaliser des économies, mais qui, au final, ne nous ont apporté que davantage de dépenses et d’administration. »

« Le dernier enfant prodige »

Le nouveau plan repose sur les soins de santé fondés sur la valeur (« value-based healthcare »). Les traitements seront évalués en fonction des gains en matière de santé, de qualité de vie, de sécurité des patients et de rapport coût-efficacité. Les soins dont la plus-value n’est pas suffisamment démontrée devraient être progressivement réduits ou supprimés. Les économies seraient réinvesties dans des soins accessibles et de qualité.

Thomas Gevaert qualifie la prévention de nouveau « terme miracle » budgétaire et le value-based healthcare de « dernier enfant prodige ». Il ironise également sur les formations censées transformer les prestataires de soins en « value health professionals ». « Comme si, aujourd’hui, nous ne faisions que bricoler. »

C’est surtout l’accumulation des commissions et des obligations administratives qui l’agace. Selon Thomas Gevaert, chaque nouveau concept politique s’accompagne de nouvelles structures, tandis que les précédentes continuent d’exister. Il craint une réglementation supplémentaire et une hausse des dépenses.

Les soins de fin de vie également examinés

L’INAMI avance trois priorités : prescrire de manière plus efficiente, la prévention et les soins de fin de vie. Pour les médicaments, les recommandations médicales devraient jouer un rôle plus important. En matière de soins de fin de vie, l’accent est mis sur le confort, la qualité de vie et la planification anticipée des soins, en tenant compte des souhaits du patient.

La technologie doit également contribuer à rendre les soins plus efficients. Des systèmes d’aide à la décision clinique devraient guider les médecins, au moyen de suggestions ciblées, vers des soins de qualité et présentant un bon rapport coût-efficacité. Le document de travail parle de « nudging ». La manière dont ce dispositif fonctionnera concrètement reste encore imprécise.

Un dossier médical partagé et une amélioration du triage figurent également au programme. Ce dernier doit permettre d’alléger la charge des soins de première ligne et des services d’urgence. Les conséquences de l’intelligence artificielle sur les professions de soins seront également examinées.

De nouvelles commissions d’ici fin novembre

Le Comité de l’assurance entend arrêter la méthodologie et le calendrier d’ici au 30 novembre. Le groupe de pilotage, les groupes de travail et leurs responsables devront également être connus à cette date. Le plan pluriannuel doit déboucher sur des propositions concrètes pour le 31 mai 2027. Aucun calcul des économies attendues n’est encore disponible.

Le Comité de l’assurance souhaite maintenir la norme de croissance actuelle tout en freinant l’augmentation attendue des dépenses de soins de santé. Chaque mesure devra également être évaluée au regard de ses conséquences sur l’accessibilité des soins.

Stan Politis (ABSyM) ne souhaite pas non plus, à ce stade, s’engager sur des montants d’économies pour 2028 et 2029. Tant que le cadre financier reste incertain, il juge prématuré de prendre de nouveaux engagements. Les médecins ont en outre déjà les mains pleines avec la réforme de la nomenclature, le financement hospitalier, la réforme du paysage hospitalier et l’échange de données. « Ce n’est pas comme si nous n’avions pas déjà les mains pleines », fait-il remarquer.

Thomas Gevaert prédit que, dans cinq ans, un nouvel « enfant prodige » fera son apparition. Celui d’aujourd’hui continuera alors à vivre au sein des commissions et des groupes de travail.

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