Attractivité de la médecine générale, Impulseo, renforcement du DMG, prévention et accès aux soins : après avoir rencontré les principaux acteurs bruxellois de la santé, Ahmed Laaouej, ministre du Gouvernement bruxellois et membre du Collège réuni de la COCOM, chargé de l’Action sociale et de la Santé, fixe ses priorités pour la première ligne. Il les détaille dans une interview exclusive accordée à Medi-Sphère.
Depuis son entrée en fonction, le ministre bruxellois de la Santé dit avoir pris le temps de consulter largement avant de fixer son cap : la Fédération des Associations de Médecins Généralistes de Bruxelles (FAMGB), BruPrev, Iriscare, Vivalis, Gibbis pour les hôpitaux, les maisons médicales ou encore la Fédération des maisons de repos.
Avec, en ouverture de l’entretien, une confidence qui explique aussi son intérêt de longue date pour la médecine générale : « J'ai lu la presse médicale très tôt dans ma vie, mon frère a démarré sa carrière comme généraliste. »
1. « Le généraliste ne doit pas être le réceptacle de tous les déficits de la société »
Le ministre socialiste insiste : « Aujourd’hui, le médecin généraliste n'est plus seulement un soignant du corps. Il devient, presque malgré lui, psychologue, conseiller conjugal, assistant social, parfois même interlocuteur sur les questions de logement. Une charge qui s'ajoute à celle, déjà lourde, du métier lui-même. »
Il se dit conscient de ce poids et refuse que le médecin devienne le réceptacle de tous les déficits de l'organisation sociale : « Ce n'est pas à lui de résoudre les problèmes de pauvreté ou d'échec scolaire, même s'il en absorbe, de fait, une partie. Il s'agit d'une charge mentale supplémentaire pour le médecin. »
2. Un nouveau plan Impulseo en réflexion
À la suite d'échanges avec la FAMGB (Fédération des Associations de Médecins Généralistes de Bruxelles), notamment, des groupes de travail ont été lancés avec Vivalis autour de l'attractivité et de l'installation des médecins généralistes, de la mobilité et des conditions de déplacement, notamment pour les visites à domicile, des dispositifs régionaux de soutien comme Impulseo, mais aussi de tout ce qui réduit le temps réellement disponible pour les patients. « Je souhaite repenser les incitants pour qu'ils soient significatifs. Je le fais dans un dialogue avec la Fédération des médecins généralistes pour veiller à ce que, durablement, un médecin fasse ce choix de travailler à Bruxelles. Il faut mettre en regard la planification avec les besoins sanitaires réels de la population, les départs attendus, les nouvelles installations et les réalités spécifiques de Bruxelles. En outre, je suis favorable à la pratique du double cabinet : un médecin installé dans un quartier populaire peut avoir un second cabinet, souvent plus proche de son domicile, pour une patientèle différente. »
Dans sa réflexion sur les futures implantations, il parle d'expériences concrètes de rapprochement entre les soins et le logement social : « Je viens de visiter un cabinet médical installé au sein d'un grand ensemble de logements sociaux au Foyer Anderlechtois, où plusieurs médecins se relaient pour une patientèle de plusieurs milliers de personnes. Cela fait partie des solutions. »
Enfin, il n’oublie pas les médecins néerlandophones et a également prévu un groupe de travail avec son cabinet et le BHAK d’ici deux semaines.
3. Renforcer le DMG : fidéliser les patients pour désengorger les urgences
Pour lui, une autre priorité est vitale : renforcer le dossier médical global (DMG), dont le taux de couverture reste insuffisant à Bruxelles. « La fidélisation à un médecin traitant est la clé pour limiter le “nomadisme médical”, mieux suivre les antécédents familiaux et, in fine, désengorger les urgences hospitalières. »
4. Dépistage du cancer : un constat préoccupant
Le volet prévention occupe une large place dans la politique prévue. « J'ai été frappé, lors de mes rencontres avec BruPrev et la Fondation contre le cancer, par le faible taux de participation des francophones aux campagnes de dépistage. »
Pour le dépistage du cancer colorectal, le passage récent d'un envoi systématique du kit de test à domicile à un système où le patient doit désormais se le procurer en pharmacie sur la base d'un courrier pourrait être remis en question. « Les retours du terrain sont partagés et le recul manque encore pour trancher. Je ne m'interdis pas de revenir à l'envoi systématique si les taux de participation venaient à chuter, en acceptant alors le coût financier que cela suppose. »
Il annonce aussi « suivre de près, via ses administrations, l'évolution des taux de couverture vaccinale ». Pour lui, renforcer la première ligne doit aller de pair avec une politique de prévention plus ambitieuse : vaccination, dépistage, santé mentale, prévention des maladies chroniques et promotion de la santé…
5. Gratuité des soins : cibler certains publics
« La gratuité des soins n'est pas garantie aujourd'hui. J'entends l'argument selon lequel une gratuité généralisée risquerait d'encourager la surconsommation, mais je plaide pour cibler davantage certains publics vulnérables au-delà des dispositifs existants comme le statut BIM, à condition que les médecins puissent continuer à être correctement valorisés financièrement. »
« Je le dis clairement : la santé a un coût, mais ne pas se soigner coûte davantage, à la fois pour l'individu et pour le système. »








