Au moment où Fanny Dubois quitte la Fédération des maisons médicales , le secteur se retrouve au cœur de plusieurs débats majeurs : régulation des honoraires, réforme du financement, pénurie de généralistes et évolution des pratiques. Ses prises de position éclairent les enjeux qui traversent la première ligne de soins, tandis que jeunes médecins et patientèles recomposent progressivement le paysage.
La Fédération des maisons médicales s’apprête à tourner une page. Après sept années à sa tête, Fanny Dubois quittera la fonction de secrétaire générale pour prendre la direction générale de la Fédération des Centres de Services et Soins à Domicile (FCSD). Durant ce mandat, elle aura défendu une vision claire : « J'ai toujours eu à cœur de pouvoir démontrer l'intérêt des maisons médicales pour la santé publique et pour l'ensemble des acteurs. Cette structure de soins est complémentaire au système de santé. » Elle insiste sur un principe moteur : « Les maisons médicales défendent l'accessibilité, le conventionnement des médecins. Le conventionnement est une valeur qui se perd. »
Interrogée sur l’avenir du modèle, elle juge que son développement doit rester contextualisé. « Dans certains territoires, les besoins sont plus prégnants que d'autres, avec des effets importants liés à la pénurie. Les vulnérabilités sociales peuvent y être plus importantes et nous pouvons y répondre. » Elle réaffirme sa conviction : « Le système de santé de demain devra renforcer la première ligne de soins. Il s’agit d’une solution importante pour diminuer les coûts de la deuxième ligne de soins et augmenter la santé publique de manière générale. »
Cette place accrue de la première ligne se confronte toutefois à la réalité des réformes. À propos du New Deal, elle tempère : « Les évaluations ne sont pas très positives, mais nous ne sommes qu’au projet pilote, il doit encore s’améliorer. Ce type de micromesures [...] a surtout comme effet une complexification administrative pour les soignants. » Elle plaide plutôt pour une refonte globale du financement, rappelant que « la santé est un bien commun, pas un objet de marchandage ». Sur le terrain, elle observe néanmoins une évolution encourageante : « La notion d'intégration dans les soins va croître […] le suivi plus continu permet d'avoir une bonne anamnèse, et une meilleure trajectoire globale de la personne. »
L’e-santé constitue un autre axe de transformation. « L’un des avantages au reporting informatique des données de santé, c’est que cela permet de construire des statistiques de santé publique […] Demain, ce sont ces diagnostics qui doivent influencer l’orientation des politiques de santé. » Elle ajoute toutefois : « Après – je ne suis pas naïve –, des rapports de pouvoir au sein du système de santé, il y en a toujours eu et il y en aura toujours. »
Le rôle des mutuelles suscite régulièrement la controverse, mais elle défend leur utilité : « Le mutualisme est une valeur que je défends à tout prix […] Il faut rappeler aux médecins que c'est grâce au mutualisme […] que les patients peuvent bénéficier de bons remboursements. »
La question de la grève des généralistes du 7 juillet a cristallisé les tensions. « J'ai assumé pleinement publiquement que je trouvais que c'était malhonnête de la part de certains leaders de syndicats médicaux d’appeler à la grève sur cette question des suppléments. » Et d’ajouter : « Fixer un plafond sur les suppléments les plus élevés n'aurait dérangé qu'un faible pourcentage de médecins qui pratiquent des suppléments au-delà de 125 %. » .
Fanny Dubois assume aussi les conséquences du plan antifraude : « Nos maisons médicales sont plus contrôlées et contrôlables. Nous avons balayé devant notre porte. »
Cette réflexion sur le modèle intervient alors que le ministre Frank Vandenbroucke prépare un cadre générique cadre générique pour les collaborations structurelles interdisciplinaires dans les soins de premier niveau au sein de l';assurance maladie obligatoire fédérale. Dans un monde « idéal », tous les généralistes devraient-ils se retrouver dans une maison médicale ? « Non, cela n’a jamais été mon propos, mais j’ai toujours défendu le modèle des maisons médicales. Il inspire aussi le système global. Le ministre travaille à ce cadre
générique, qui est dans l' air du temps : esprit de coopération, de continuité des soins multidisciplinaires... Les territoires de santé, en Wallonie ou à Bruxelles, en sont un autre exemple, tout comme les questions de prévention, de santé mentale qui nous amènent à ne pas nous trouver que dans le curatif. La prise en charge plus globale des maisons médicales a un vrai sens de santé publique et une inspiration pour l'évolution du système. »
L’attractivité croissante auprès des jeunes médecins en témoigne : « Ils accomplissent leur tâche autrement […] parce qu’ils tiennent à un équilibre entre leur vie privée et leur vie professionnelle. » Un enjeu de santé publique : « Des soignants en meilleure santé, mieux reposés, pourront mieux prendre en charge aussi les patients. »
Les patientèles évoluent également. « L’âge moyen des patients suivis en maison médicale est de 35,1 ans. […] A partir du moment où on attire des soignants plus jeunes, il est logique que leurs patients soient plus jeunes. Chez les jeunes publics, il ne faut pas négliger l'augmentation des problèmes de santé mentale. » Elle réfute par ailleurs les accusations de sélection des risques : « Il n'y a pas de sélection de risques […] Près d'un de leurs patients sur deux vit sous le seuil de pauvreté. »
Le débat sur les visite à domicile et le forfait revient régulièrement. « Les maisons médicales doivent assurer l'ensemble des soins. Certaines travaillent en partenariat […] parce que la taille de la structure l'empêche d'avoir du personnel infirmier en suffisance. » Quant à la comparaison entre médecine au forfait et à l’acte où le médecin prendrait deux fois plus de patients en charge, elle met en garde : « Il faut faire attention à ne pas comparer tout et son contraire. » Et rappelle : « La prise en charge globale permet de réduire les coûts en seconde ligne. Toutefois, je peux également reconnaître que l'acte a ses avantages. Pour moi, les deux modèles sont
complémentaires. »
Enfin, elle accueille favorablement les travaux du KCE sur le calcul des forfaits : « Plus les études démontreront que ce financement est une plus-value, plus cela nous renforcera. »
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