Maisons médicales: Alexis Filipucci prend les commandes et trace sa feuille de route

À Namur, à deux pas de la faculté de médecine, Alexis Filipucci, nouveau secrétaire général de la Fédération des maisons médicales, détaille les priorités du mouvement après sa prise de fonction. Dans un entretien accordé à Medi-Sphère, il évoque les tensions sur le terrain, l’attractivité croissante du modèle et les enjeux d’organisation des soins, alors que les débats sur le financement et les formes de pratique restent vifs.

Docteur en philosophie, dont la thèse a porté sur la philosophie comparée entre l’Inde, le Tibet et l’Europe autour des notions de vérité et de violence, Alexis Filipucci inscrit son engagement dans la continuité de son travail au sein de l’asbl PhiloCité. « Jusqu’à présent, dans les maisons médicales, j’ai accompli dans mon précédent emploi au sein de l’asbl PhiloCité un travail qui amenait les équipes à s’ouvrir, qui voulait lier leur clinique spécifique à leurs conditions de travail », explique-t-il.

Un modèle porté par des équipes engagées

Sur le terrain, il décrit « un dévouement, une vraie croyance et en même temps une très forte conscience ». Selon lui, les équipes évoluent dans un environnement « qui n'est pas adéquat, ni nécessairement bienveillant, sans être forcément hostile », ce qui expose à « des risques de fatigue, d’usure tout à fait naturels ». Les collectifs les plus solides parviennent toutefois à y répondre grâce à « un collectif assez puissant ».

Contrairement à certaines perceptions, il souligne que « non seulement les médecins ne partent généralement pas, mais le modèle possède de plus en plus d’attrait pour les jeunes générations », notamment en raison de la pratique pluridisciplinaire, encore insuffisamment intégrée dans la formation initiale. Les universités, dit-il, « doivent assumer leurs responsabilités quant au fait de former des médecins qui peuvent évoluer aisément dans des structures pluridisciplinaires ».

Une formation qui se poursuit sur le terrain

À l’arrivée en maison médicale, la formation se poursuit autrement. « En dehors de la formation continue universitaire, il existe la formation interne au mouvement. Par ailleurs, un médecin est aussi éduqué par sa propre patientèle », rappelle-t-il, évoquant l’exemple d’une praticienne en zone très paupérisée qui se disait « perdue » dans un quartier plus favorisé après une telle expérience.

Sur le plan organisationnel, Alexis Filipucci met en avant un fonctionnement qui allège la charge administrative et enrichit la pratique clinique. « Grâce à l’aide qu’il reçoit de l’équipe, le médecin peut plus aisément se concentrer à sa patientèle », explique-t-il, ajoutant que les interactions avec les autres soignants permettent « d’affiner le diagnostic clinique et la prise en charge ».

Un modèle organisationnel à renforcer

Interrogé sur le « New Deal », il répond brièvement qu’il n’a pas porté préjudice au modèle des maisons médicales.

Pour l’avenir, il appelle à un mouvement de « re-territorialisation » afin de soutenir les structures isolées et renforcer les effets de mutualisation. « Il convient de mettre plus de moyens là où les maisons médicales, esseulées, ne peuvent pas profiter des effets de mutualisation », explique-t-il. Cette approche doit également permettre « de centraliser des données de qualité extraites, agrégées… pour améliorer la pratique », dans le cadre notamment du développement des organisations locales de soins (OLS).

Le message adressé aux autorités, notamment aux ministres Yves Coppieters et Frank Vandenbroucke, se veut clair : « Il faut garantir le fait que ce sont les soignants qui seront à la manœuvre, au sein d’un outil qui sera là pour la population de leur territoire. » À ses yeux, une meilleure organisation permettrait aussi d’éviter certains gaspillages, en « désengorgeant les urgences » et en réduisant « le recours non prévu aux spécialistes ».

Financement et critiques : une ligne de défense

Sur le financement, il distingue deux débats : celui du calcul des forfaits et celui du principe même du forfait. « On peut dire plutôt que le montant ne tient pas compte de certaines actions (surtout pour le forfait “Kiné”) », observe-t-il. Mais il défend le modèle global, qui « favorise, en fait, une orthodoxie budgétaire qui cherche l’efficience », à condition de préserver « une liberté d’auto-organisation » garantissant l’accessibilité.

La question des formes de pratique reste centrale. À propos des médecins solos, il salue « le travail remarquable » qu’ils accomplissent « étant donné qu'ils n'ont pas ou peu de structure d’appui ». Mais il prévient : « Le système n’a plus les moyens financiers à terme d’une pratique en silo, par ailleurs thérapeutiquement très problématique. »

Dans ce contexte, il juge les clivages dépassés. « Ce clivage entre médecins solos et maisons médicales forfaitaires, puis maisons médicales à l'acte, est objectivement dépassé », souligne-t-il, rappelant qu’« il n'y a pas de concurrence quand une pénurie existe ».

Face aux critiques sur un éventuel avantage financier ou sur des pratiques de sélection des patients, il répond point par point. « Je ne crois pas qu'on puisse dire qu'on soit favorisés par le financement », affirme-t-il, estimant que les accusations de dépassement budgétaire « ne tiennent pas » à l’échelle globale. Il insiste également sur la transparence du modèle et sur le fait que « la sélection explicite […] est interdite » et que le secteur plaide pour empêcher toute sélection implicite. « Les maisons médicales accueillent tendanciellement plus que d’autres une patientèle que des assurances privées jugeraient “plus risquées” », ajoute-t-il.

Un mandat sous tension mais assumé

À la tête de la fédération, Alexis Filipucci identifie un défi majeur : « Le maintien d’une cohérence et de la défense du modèle des maisons médicales absorbe beaucoup de mon temps. » Dans un paysage institutionnel complexe, il entend « défendre le secteur. Sans être corporatiste », une nuance qu’il juge essentielle.

Lire aussi: Maisons médicales: un modèle en mutation entre tensions, réformes et attractivité

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Derniers commentaires

  • Sammie SOETAERT

    30 mars 2026

    Comment évaluer la qualité des soins ? Par qui ? Sur base de quels critères ? Et comment la favoriser en médecine libérale et en maison médicale ?

  • Robin GUEBEN

    29 mars 2026

    Mon seul espoir en votre "prise de commandes" est que vous soyez moins fanatique et hypocrite que Fanny Dubois.

  • Robin GUEBEN

    29 mars 2026

    Le clivage solo libéral / forfait n'a pas du tout disparu à partir du moment où le secteur libéral gère toute la charge de travail, une des preuves est que le nombre de DMG est très inférieur par médecin forfaitaire qu'un médecin libéral et pourtant leurs salaires sont équivalents voire supérieurs pour le forfait par rapport à l'ETP.
    Le clef-sur-porte du forfait est la raison attractive, plus que la délégation au pluridisciplinaire et les universités ont plus intérêt à créer des supers médecins cliniciens que des incompétents experts en délégation-gestion. Le modèle à la flamande MG motif-sticiens et réorientation vers les spécialistes ne sait pas fonctionner à Bruxelles et en Wallonie car il y a une pénurie de spés. Le forfaitaire appliqué agit alors précisément comme goulot d'étranglement qui déborde précisément sur les urgences hospitalières.
    Enfin le forfait est typiquement une corporation (groupe voulant prendre le monopole) agissant dans le secteur intermédiaire et survit uniquement par un socialisme économique d'État au contraire de la médecine libérale qui agit selon les principes de marché : une entreprise inefficiente n'a pas de client et fait faillite.