« Pourquoi ne pas imposer des stages de 6 mois en zone rurale ? » ( Dr T. de Thier )

En province de Namur, à Ciney, le Dr Tanguy de Thier et la maison médicale Medici accueillaient trois étudiant(e)s en médecine pour parler, dans le cadre de leur formation de bachelier en médecine, de leur expérience de terrain. Pour rappel, l’UNamur envoie chaque année des étudiantes et étudiants de 3e année en stage de médecine générale afin d’encourager ces futurs praticiens à effectuer un stage dans une région rurale.

Grâce au travail d’Aurélie Strickaert, chargée de projet dans la lutte contre la pénurie médicale en milieu rural, et du Dr Dominique Henrion, médecin généraliste enseignant et coordinateur du master de spécialisation en médecine générale à l’UNamur au sein de la Faculté de médecine, 26 étudiants sont en stage au sein de « pôles d’accueil ».

« Aujourd’hui, on clôture une première édition et le retour des stagiaires et des maîtres de stage est vraiment bon », souligne Aurélie Strickaert. Un projet qui pourrait faire des émules : « Certaines communes sont demandeuses, comme Gedinne par exemple. » Dans ce projet, l’écoute des attentes des étudiants est très importante : « L’isolement est vraiment l’un des principaux freins, mais aussi la charge financière d’un logement, les moyens de déplacement… Nous avons adapté, par exemple, les différents postes à pourvoir aux moyens de locomotion des étudiants. »

Une réponse sociétale

Pour le Dr Dominique Henrion, cette démarche répond à « un problème sociétal majeur, évidemment. Nous avons la chance d’avoir Aurélie, qui a vraiment pu concrétiser ce projet. Actuellement, nous menons une collecte de données avec des entretiens auprès de tous les maîtres de stage et de tous les stagiaires afin d’améliorer encore l’encadrement pour les années à venir. Les maîtres de stage sont très contents d’avoir des étudiants motivés par cette démarche. Ils ajoutent même que cela nourrit leur réflexion sur leur pratique et qu’ils apprécient cette transmission du savoir. Évidemment, comme pour tous les stages, ce suivi leur prend du temps et de l’énergie. »

Les communes jouent également le jeu en choyant les étudiants en médecine avec des produits du terroir, des bons pour aller à la piscine ou d’autres attentions pour leur souhaiter la bienvenue.

La proximité avec les patients interpelle les étudiants : « De nombreux stagiaires m’ont dit : “Les patients sont super contents de nous voir.” Les patients leur demandent : “Vous allez vous installer plus tard ?” L’accueil a été très chaleureux et c’est aussi motivant pour les étudiants. »

Remettre la bonne distance

Du côté des étudiants, l’expérience est enrichissante, comme l’expliquent Chloé Hercot, de Bruxelles, ainsi qu’Ilian Bortolin et Charlotte Saelens, qui logent tous les trois au domaine provincial de Chevetogne. Pour Ilian, « le fait de loger à plusieurs est un atout ». Sans être certains qu’ils deviendront médecins généralistes, ils apprécient l’expérience : « Je suis encore en bachelier, j’ai encore le temps. Mais cette expérience m’a permis de découvrir la médecine générale et le travail en milieu rural », souligne Ilian.

Un avis partagé par Chloé : « Cela nous ouvre des perspectives et le contact avec le patient est une belle découverte. » Ce premier stage peut surprendre, comme le souligne Ilian : « Le contact avec les patients est assez intense. Les patients aiment que l’on prenne le temps de les écouter. »

Charlotte le confirme : « Cette proximité entre le médecin et le patient est forte. J’apprécie aussi le travail en équipe et la collaboration entre les médecins en maison médicale. On sait que l’on peut faire confiance à nos collègues qui prendront le relais si besoin. » Cet aspect du travail en équipe est aussi important pour la vie privée, selon elle : « On découvre que, même en milieu rural, la médecine n’est pas incompatible avec la vie de famille. On peut y conserver une qualité de vie. »

Une expérience positive à long terme

Pour le Dr Tanguy de Thier, maître de stage, cette expérience est importante, que ces jeunes deviennent médecins généralistes ou non. « Imaginez qu’une de mes stagiaires devienne neurochirurgienne dans un centre universitaire à Bruxelles. Elle aura toujours en tête cette réalité de la médecine rurale. Elle comprendra mieux ce qui se passe dans la vie d’un généraliste en milieu rural. »

Selon lui, le ministre fédéral de la Santé devrait revoir l’obligation d’effectuer un assistanat de six mois en milieu hospitalier. « On devrait imposer des stages de six mois en zone rurale. »

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Derniers commentaires

  • Robin GUEBEN

    21 juin 2026

    Je vous ai tous choqué le 5/12/2024 mais à un moment donné, pourquoi s'acharner ? Certains territoires ruraux sont morts de services, un médecin ne va pas s'implanter dans un néant. J'étais dans ma maison de campagne, ma belle-mère tombe et se fait un crin au crâne, plaie linéaire mais qui saigne beaucoup : le pharmacien n'a pas de colle, le généraliste de garde PMG n'a pas de colle, le médecin de village (voisin d'habitation) n'est pas là donc pas de colle. Je demandais pas de la lidocaïne, du fil et des instruments stériles : juste de la colle tissulaire. On a du aller aux urgences à 30km.

    Laissez mourir les territoires ruraux, c'est une perte de temps et d'argent et favorisez le modèle vietnamien : médecine concentrée aux centres des bassins de soin, généralement proche ou au sein de l'hôpital.