« Il ne faut pas infantiliser la première ligne » ( J-F Gatelier )

Pour Jean-François Gatelier, député fédéral (Les Engagés), il faut arrêter de vouloir augmenter à tout prix le budget des soins de santé. Il privilégie les gains d’efficience et la responsabilisation des médecins, des patients et des mutuelles.

« La norme de croissance pour le budget des soins de santé a été maintenue, malgré les risques qu'elle soit diminuée. Rappelons que le budget des soins de santé est passé de 30 à 45 milliards en 5-6 ans. Nous ne pouvons pas poursuivre cette croissance », estime le député fédéral. « La norme de croissance est un paramètre purement politique qui montre la volonté de continuer à investir dans la santé. Il faudrait revoir ce système parce que, par exemple, du temps de la ministre Onkelinx, la norme de croissance était à 4,5 %, mais on n’utilisait qu’une partie du budget. Et du temps de Maggie De Block, elle était fixée à 1,5 % et on dépensait 2 %. »

Le Dr Gatelier estime que le débat sur la norme de croissance est un symbole politique.
« Chez Les Engagés, nous voulons continuer à investir en santé, entre autres dans la prévention et la santé mentale. Je soutiens d’ailleurs le secteur pharmaceutique qui est bien implanté en Belgique et dont nous allons avoir besoin dans le contexte géopolitique actuel. Il faut évidemment contrôler et responsabiliser ce secteur. »

Des résultats
Le député-médecin estime qu’il faut analyser les résultats obtenus par notre système de santé. « J'ai réalisé une analyse. En 2000, l’espérance de vie en bonne santé en Belgique était à plus ou moins 60 ans. Vingt-cinq ans plus tard, elle se situe à 64-65 ans. Donc, finalement, ces cinq dernières années, on a augmenté notre budget de plus de 50 %, mais on n'a pas gagné 50 % en espérance de vie en bonne santé. Or, c’est le résultat qui doit compter. La solution n’est pas que financière. Il faut changer le comportement de manière générale, celui des prestataires et celui des patients. Je suis féru de prévention. Nous devons revoir complètement notre façon de vivre carrément. »

Le Dr Gatelier estime que certains prestataires prescrivent trop vite des médicaments ou des examens. « C’est parfois à cause des patients qui font pression sur le médecin », constate ce médecin qui participe encore à la garde population.

Quant à la limitation de la prescription des CT-Scan lombaires par les généralistes, le député trouve que c’est une erreur. « Il faudrait un bon algorithme pour les aider à bien prescrire l’imagerie médicale. Ce serait beaucoup mieux que d’infantiliser la première ligne. D’autant plus que le problème va être déplacé vers les spécialistes et qu’on risque de retarder la prise en charge des patients. »

Augmenter la participation du patient
Le député est favorable à une augmentation (phrase raccourcie) de quelques euros des traitements de base pour pouvoir financer des traitements innovants. « Il faut revaloriser l'acte intellectuel et le temps passé au chevet du patient. En médecine, si vous voulez gagner votre vie, vous devez vous éloigner le plus possible du patient. C’est paradoxal. J’applaudis les gériatres, les pédiatres et les gynécologues... qui ne sont pas assez valorisés. »

Pour la remise au travail des malades, le Dr Gatelier considère que les mutuelles doivent avoir les moyens de véritablement vérifier la situation de ces patients. « Les médecins-conseils ne font pas un boulot facile. Ils ne sont pas assez nombreux. Ils sont submergés par cette vague de malades en incapacité de travail qui a explosé ces cinq dernières années. Les médecins généralistes sont aussi débordés. Ils n’ont pas toujours le temps d’analyser la situation du patient. L’annonce du renforcement des contrôles va sans doute avoir un effet positif sur certains patients qui vont spontanément retourner au travail. Le médecin, le patient et l’employeur vont être sensibilisés à cette problématique. »

Dans le contexte budgétaire, le député plaide pour une revalorisation des infirmières, des kinésithérapeutes, aides-soignants, logopèdes... « Ces professionnels de santé n'ont plus été valorisés depuis des années parce qu'on a un système qui est plus favorable à la représentativité des médecins qu’à celle des autres prestataires de soins. Or, sans ces personnes, notre système de santé risque de s’écrouler. »

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