«Il ne doit pas y avoir de concurrence entre MG et pédiatres» (Dr Anne Malfroot)

Dans la droite ligne de leur thème pour l’année 2018 «Grandir en bonne santé», les Mutualités libres (MLOZ) avaient choisi de donner la parole, fin mai, aux pédiatres et aux prestataires de la première ligne en contact avec des enfants, dont les médecins généralistes.

Un débat très dynamique et interactif entre le panel composé des grandes figures des instances de la pédiatrie et les participants. La place du pédiatre dans l’organisation des soins reste toujours une question à laquelle il n’y a pas de réponse claire et pour laquelle les avis divergent. «Un enfant en bonne santé n’a pas besoin d’un pédiatre». «Si», ripostent les pédiatres. «Non, et d’ailleurs, un enfant en bonne santé n’a pas besoin de médecin tout court…», argue encore un généraliste, en boutade.

Rôle du pédiatre dans les soins de 1ère ligne

Avec la première question «Quel est le rôle du pédiatre dans les soins de première ligne?», le décor était donc directement posé. Pour le Dr Ann de Guchtenaere, présidente de la Vlaamse Vereniging voor Kindergeneeskunde, tout dépend de ce que l’on entend par première ligne: «Si l’on définit la première ligne, comme le fait de pouvoir aller directement chez ce prestataire, alors la réponse est oui. Tous les enfants doivent pouvoir aller chez un pédiatre directement. Si l’on me demande: Tout enfant ayant une pharyngite doit-il aller chez le pédiatre? Je réponds non. »

Dans cette discussion, le Dr Anne Malfroot, présidente de la Société belge de Pédiatrie, ajoute qu’à ses yeux, il n’y a pas de concurrence entre le MG et le pédiatre. «Il y a du travail pour tout le monde. Il y a aussi des généralistes qui ont beaucoup de compétences pour s’occuper des enfants et qui aiment travailler avec les enfants. Mais il y a aussi des généralistes qui préfèrent ne pas s’occuper d’enfants. Et les parents le ressentent vite!»

Tout dépend aussi des régions, comme le fait remarquer le Dr de Guchtenaere: «A Bruxelles, il y a beaucoup de pédiatres. Dans le Limbourg et dans les Ardennes, par exemple, il y a une pénurie de pédiatres. (…) Il est important de voir quels sont les besoins en prenant en compte ces réalités régionales».

Collaboration entre les acteurs

Pour le Pr Georges Casimir, président de l’Académie belge de Pédiatrie, un point important est la collaboration indispensable entre les deux acteurs. «Une personne sur 4 qui entre dans un hôpital ou dans un cabinet de médecine générale est une personne de moins de 18 ans. Donc, dans la plupart des facultés de médecine, maintenant, on a souligné l’importance de la formation des MG en pédiatrie. C’est fondamental. Et les MG qui travaillent avec nous sont des collègues, des confrères, au même titre que les cardiologues. Ce qui compte, c’est la place de l’enfant et que l’enfant soit bien soigné.»

Et le président de l’Académie de pédiatrie de pointer un problème dans notre pays: l’organisation des soins. «On a été très longtemps dans une relative absence d’organisation des soins. Aujourd’hui, le gouvernement souhaite aller vers une refonte bien logique des soins en créant des réseaux. Cela a du sens. Maintenant, ce qui est important c’est que les enfants restent au centre de cette dynamique, tant dans la 1ère ligne que dans les 2e et 3e lignes. Il faut que l’organisation des soins colle aux besoins des patients. Et cela, c’est un souhait des pédiatres depuis très longtemps.»

Un souhait… donc, en effet ce n’est pas encore le cas aujourd’hui: «L’Académie de pédiatrie a remis toute une série d’avis. Il n’y a aucun retour», déplore Georges Casimir.

Différences culturelles

Un cliché souvent épinglé est que les parents en Flandre vont plus rapidement avec leur enfant chez le généraliste, tandis que les parents francophones se dirigent plus rapidement vers le pédiatre. Un cliché remis en cause directement par un médecin dans la salle qui a travaillé à Bruxelles, où la densité de pédiatres est élevée, et où beaucoup d’enfants ont leur pédiatre, et qui travaille maintenant à Charleroi, où beaucoup de parents vont avec leur enfant chez le généraliste plutôt que chez le pédiatre.

«Je crois qu’il y a d’abord des différences dans tous les pays d’Europe. La structure est parfois différente d’une ville à l’autre parce que justement, le problème c’est l’organisation des soins», réagit le Pr Casimir. «Je pense qu’il ne faut pas opposer les personnes. Je pense qu’il faut travailler aujourd’hui avec la seule idée des besoins des patients et des programmes de soins. Ce qui est fondamental, c’est qu’un programme de soins marche, c’est-à-dire que le trajet de soins d’un patient se fasse de la meilleure façon qui soit. Tout le monde est là pour cela: les généralistes, les infirmières à domicile, les pédiatres… Il faut organiser le programme de soins pour que le patient dispose partout d’une échelle de soins qui soit la plus opportune possible pour les choses les plus simples aux choses les plus compliquées.»

Vers des certificats de pédiatrie pour généralistes ?

Une autre idée émise par un participant au débat est la volonté d’aller vers la création de certificats de pédiatrie. Une idée à laquelle se rallie aussi la présidente de la Vlaamse Vereniging voor Kindergeneeskunde. Pour le Dr Michel Pletincx, président de l’Association professionnelle belge des Pédiatres, il est surtout important que les généralistes qui voient des enfants aient les compétences et qu’ils réfèrent quand il faut.

En introduction à ce symposium, le Dr Dominique De Temmerman, pédiatre et médecin-expert aux MLOZ, a présenté quelques chiffres émanant de la Commission de planification des professions médicales.

En 2017, on comptait 1975 pédiatres en droit de pratiquer, dont 65% de femmes, un chiffre à prendre en compte quand on sait que souvent, elles prêtent une plus grande importance à l’équilibre entre vie professionnelle et vie de famille, elles ont plus tendance à travailler à temps partiel, ce qui représente une force de travail moindre, souligne le Dr De Temmerman. Et pour les pédiatres en formation, on observe une féminisation encore plus marquée de la profession avec 85% des pédiatres en formation qui sont des femmes.

Quel prestataire préfèrent les parents ?

Les Mutualités libres ont réalisé une étude sur base des données 2016 de leurs membres, qui porte sur près de 500.000 enfants. «Nous avons recherché le nombre d’enfants qui avaient au moins 1 consultation chez le pédiatre ou chez le médecin généraliste: 78% en dessous de l’âge d’un an, 71% entre 1 et 2 ans, et le pourcentage de visites chez le pédiatre diminue au cours du temps tandis que le pourcentage de visites chez le généraliste augmente pour atteindre un nombre assez stable après l’âge d’1 an», commente le Dr De Temmerman.

La mutualité a également étudié le nombre d’enfants qui avaient au moins 1 visite chez le pédiatre et 1 visite chez le généraliste, c-à-d une prise en charge mixte qui, idéalement, supposerait une excellente communication. «Ce chiffre est maximal chez les enfants de 1 à 2 ans. Il diminue ensuite puisqu’on a moins de visites chez le pédiatre chez les enfants plus grands», analyse la pédiatre.

Ces chiffres montrent donc bien que tant le MG que le pédiatre sont des acteurs incontournables dans la prise en charge de l’enfant.

> La parole aux pédiatres ( Les photos, les vidéos, le débat en live )

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Derniers commentaires

  • Jean BELCHE

    08 Juin 2018

    Dommage que ce débat ne soit pas passé avec des représentants Médecins généralistes.
    Une idée pour une autre fois?
    JeanLuc Belche

  • Claudine DAWANCE

    07 Juin 2018

    Un certificat en pédiatrie pour un généraliste, c'est un peu comme si on demandait à un ébéniste diplômé, qu'il passe des certificats supplémentaires en usage de la scie, usage de la lime, usage du rabot, usage de la foreuse, etc

  • Claudine DAWANCE

    07 Juin 2018

    Un certificat en pédiatrie? Et pourquoi pas un certificat en pneumologie, nous qui soignons des cas de pneumo, et un certificat en cardiologie, nous qui soignons des cas de cardio, et un certificat en dermato, nous qui soignons des cas de dermato, et un certificat en psychiatrie, nous qui nous occupons de tant de cas de psychiatrie, et un certificat en ORL? en Gynéco ? En Uro ? J'en passe et des meilleures...Quand je pense que j'avais toujours imaginé que le diplôme de médecine générale comprenait justement toutes les spécialités, voilà que je me rends compte que j'ai travaillé 40 ans dans la plus parfaite ignorance ! A quand un certificat pour les pédiatres les soirées, les nuits et les week-end ? Arrêtez cette guéguerre sans queue ni tête d'autant avec des propositions pareilles !