Quel avenir pour l’hospitalisation à domicile dans notre pays? L’Association belge des directeurs d’hôpitaux (ABDH) a organisé le 2 décembre une journée d’étude pour répondre à cette question. Constat partagé : le développement de l’HAD est trop lent en Belgique. On recense un millier d’hospitalisations à domicile par an. Il est grand temps de repenser ce modèle.
François Burhin, vice-président de l’ABDH, a interrogé plusieurs directeurs généraux hospitaliers sur leurs visions de l’hospitalisation à domicile (HAD), en leur posant quelques questions. Dans quelles mesures l'hospitalisation à domicile impacte-t-elle aujourd'hui l'organisation des soins hospitaliers? Pensez-vous que cette modalité de prise en charge des patients pourrait être un développement dans les années à venir, pour quels patients et quels types de pathologie? Comment qualifieriez-vous le développement de l'hospitalisation à domicile en Belgique au cours des cinq dernières années? Quels sont les incitants et les freins actuels?
De ce questionnement ressort un constat partagé : le lent développement de l’hospitalisation à domicile en Belgique. « Tout le monde est d'accord sur ce point-là. Le développement de l'hospitalisation à domicile est très lent. Deuxième constat : le manque de vision, d’alignement au niveau des politiques et des réglementations et l’absence d’une feuille de route. »
Qui est responsable de quoi ?
Quelques facteurs de succès pour développer l’HAD ont été identifiés par les directeurs : la nécessité d’un financement équitable pour que chaque partie prenante à l’hospitalisation à domicile trouve son intérêt à participer à cette expérience. Autres préalables : la première ligne doit être structurée et bien formée. Les rôles et les responsabilités doivent être bien définis. Qui est responsable de quoi? Les spécialistes, les généralistes, les structures hospitalières? « Il est important aussi d’être attentif à la robustesse et à la qualité de la technologie mise à disposition, en particulier lorsqu'il s'agit d'échanges de données de patients », souligne François Burhin.
Une importance encore limitée
En Belgique, l’importance de l’hospitalisation à domicile est encore limitée. Elle concerne principalement l’antibiothérapie et la chimiothérapie à domicile. D’autres axes de développement sont possibles : la chirurgie orthopédique, toutes les prises en charge de maladies chroniques, par exemple le diabète et les pathologies cardiaques, la revalidation, la kiné, les soins des plaies, la dialyse… Aux Pays-Bas, l’hôpital Sint-Antonius a développé avec succès pas moins de 20 programmes différents d’hospitalisation à domicile en mettant sur pied un système agile et flexible. Comme l’a expliqué lors du colloque Christiaan van Swol, medical manager healthcare transformation, un facteur déterminant pour le développement de l’HAD a été le financement par les autorités des technologies de téléconsultation et de monitoring dans un plan de transformation des soins de santé (Integraal Zorg Akkoord) de 2,8 milliards d’euros.
Financement inadapté
Les dirigeants hospitaliers interrogés par François Burhin identifient plusieurs défis pour le développement de l’hospitalisation à domicile : le financement, la coordination entre les acteurs et la définition des responsabilités. « À EpiCura, nous avons organisé l’hospitalisation à domicile dès 2014. Cinq pour cent des patients en ont bénéficié. Mais cette activité n’a eu aucun impact au niveau des économies réalisées sur l’infrastructure de l’hôpital », explique le CEO. « Le système de financement actuel est source de dilemme pour les gestionnaires. Faut-il choisir le mode de financement optimal ou la qualité des soins pour les patients? »
La couverture des coûts de l’hospitalisation à domicile par le patient doit aussi être un point d’attention. Il faut aussi tenir compte de la situation personnelle du patient (qualité du logement et de l’accompagnement) et de la charge que les proches doivent supporter lors d’une hospitalisation à domicile. Comme l’a rappelé Tom Coole, CEO Helan, le choix et l’autonomie du patient doivent également être respectés.
Prendre le temps de réfléchir
Mickaël Daubie, directeur général des soins de santé de l’Inami, ne compte pas élargir actuellement l’HAD à d’autres projets que l’antibiothérapie et la chimiothérapie.
Il reconnaît que certains projets d’HAD ont bien fonctionné, mais qu’ensuite « nous sommes tombés dans un vide que l'administration peut parfois créer de sa propre autorité. Ce qui n'a pas aidé à faire en sorte que ce type de projet puisse perdurer. »
Et de souligner que le dossier de l’HAD a mis deux ans à aboutir malgré la bonne volonté de l’ensemble des parties prenantes. Pourquoi? « Parce que la cellule stratégique du ministre avait fixé une seule condition : que le financement de l’HAD soit un jeu à somme nulle. L’objectif étant de redistribuer les moyens au travers du système, pas d’en dégager de nouveaux. Et c'est là où les Romains s’empoignent évidemment parce que personne n'était désireux de lâcher de l’argent vis-à-vis des autres partenaires. »
Le DG soins de santé constate, à l’instar des directeurs hospitaliers, que le développement de l’HAD est lent. « Cela ne vit pas. Il n'y a rien qui bouge. Malgré la création d’un cadre légal en 2023, le nombre d’hospitalisations à domicile s’élève à un millier. C’est très décevant. »
Mickaël Daubie a lancé un appel à l’ABDH : « Aidez-nous à faire bouger les lignes en nous faisant des propositions concrètes. Prenons le temps, durant un an, avec tous les partenaires, de repenser l’hospitalisation à domicile. »
Renfort technologique
Le Dr Gilbert Bejjani (Chirec) a rappelé que l’accord de coalition fédérale 2025-2029 promeut l’importance du progrès technologique dans les soins de santé. Il soutient notamment que « grâce à la digitalisation, nous renforcerons l’hospitalisation de jour et les soins à domicile. »
Steven Vandeput, conseiller de la fédération BeMedTech, et Carole Absil, CEO The HealthRech Strategists, estiment que les entreprises de technologie médicale peuvent être de véritables partenaires du développement de l’hospitalisation à domicile, à condition de financer ces solutions sur le long terme pour pouvoir garantir les investissements et les développements technologiques nécessaires.









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Hervé Godiscal
08 décembre 2025pour ce qui est de la médecine gériatrique c'est l'idéal ,à conditions d'en définir la faisabilité....