Hausse des faux diplômes de médecins : "faire repasser une épreuve devient indispensable"

L'intelligence artificielle facilite la falsification de diplômes médicaux et complique le travail des commissions d'équivalence. Face à ce phénomène en progression, le doyen de la Faculté de médecine de l'ULB, le Pr Pierre Wauthy, estime qu'une évaluation pratique des compétences est devenue indispensable avant toute autorisation d'exercer.

Lors des Assises de la planification de l’offre médicale en Belgique francophone, qui se sont déroulées à l’Académie royale de médecine, le Pr Pierre Wauthy, doyen de la Faculté de médecine de l'Université libre de Bruxelles (ULB), a attiré l’attention sur le phénomène des faux diplômes en médecine. Certes, celui-ci n'est pas nouveau, mais l'intelligence artificielle lui donne une ampleur inédite. « Avant même l'essor de l'IA, la fraude aux diplômes était déjà bien réelle. Nous pouvions être confrontés à des chiffres de 25 % de faux diplômes, notamment au cours de la période 2018-2019, lorsque des candidats venus de pays hors Europe soumettaient des dossiers difficiles à authentifier. Aujourd'hui, avec la généralisation des outils d'intelligence artificielle, la falsification s'est démocratisée, rendant les vérifications administratives classiques largement insuffisantes. »

La vigilance des facultés de médecine

Les universités doivent aussi s’organiser : « Les commissions d'équivalence découvrent régulièrement des diplômes douteux, parfois même des fichiers portant encore la mention involontaire de leur origine générée par l'IA. Cette dérive complique considérablement le travail des commissions d'équivalence. Lors des demandes envoyées aux universités d'origine, les réponses restent souvent superficielles et empêchent de vérifier l'authenticité des parcours. »

Miser sur l'évaluation pratique plutôt que sur le papier

Aujourd’hui, la solution ne réside pas dans la traque technologique des faux documents, mais dans une évaluation concrète des compétences des médecins. « Nous devons pouvoir analyser les connaissances sur le terrain à travers un stage d'évaluation de deux mois, réparti en deux périodes de quatre semaines dans les grandes disciplines cliniques (médecine interne, chirurgie, gynécologie, pédiatrie), suivi d'un examen final devant un jury de cinq personnes expérimentées : le même dispositif que celui utilisé pour les étudiants belges, connu sous le nom de "Mammouth" à l'UCLouvain ou d'OAG à l'ULB. Ce filtre n'est pas symbolique : même des étudiants formés localement peuvent échouer plusieurs fois à cet examen, faute d'empathie ou de raisonnement clinique suffisant. »

Une pénurie qui pousse à recruter à l'étranger

Évoqué lors des Assises, le contexte de pénurie de médecins accentue la pression. « Je me rappelle avoir été dans l’obligation de recruter toute une équipe d'endocrinologues venus de Roumanie pour répondre aux besoins d'un service hospitalier. Cette situation illustre la réalité du terrain : concilier l'urgence du recrutement avec la nécessité de vérifier réellement les qualifications des candidats, à une époque où un diplôme peut être falsifié en quelques clics. »

L’urgence est évidemment de mettre en place, pour les hôpitaux et les directions médicales, souvent sous tension, les moyens de généraliser ce type d'évaluation pratique.

La question aux responsables politiques

Du côté politique, un chantier de réforme des équivalences a été annoncé pour la rentrée. L'objectif est de moderniser un dispositif jugé daté, en conciliant plusieurs impératifs parfois contradictoires : simplifier les démarches administratives, réduire la surcharge de travail des commissions, tout en maintenant des critères d'exigence stricts dans l'intérêt des patients. L'enjeu est de concilier deux impératifs parfois contradictoires : répondre rapidement aux besoins criants de personnel médical dans les zones en pénurie, tout en préservant la qualité des soins et la sécurité des patients. Dans les faits, il ne s'agit pas de renoncer à la rigueur au nom de la facilité, mais de faciliter les démarches là où c'est possible, sans jamais sacrifier les critères d'exigence qui protègent, en définitive, les patients eux-mêmes.

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Derniers commentaires

  • Robin GUEBEN

    28 juillet 2026

    L'État fait des économies sur les jeunes médecins de trois manières :
    - augmenter leur internat d'une année pour qu'ils travaillent 1 an de plus au lieu de faire 1 an de théorie et avoir un travailleur bon marché à un salaire dérisoire 1 an en plus.
    - vider un métier de sa substance en ne leur apprenant rien de concret à l'université et en donnant ces fonctions très techniques et cliniques à des métiers subsidiaires inférieurs en rémunération (MG vers infi IPA ou MG vers pharmacien etc).
    - faire croire à des médecins étrangers qu'ils n'ont pas l'équivalence européenne (alors que généralement ils sont bien meilleurs que les étudiants belges), les obliger à devenir une main d'oeuvre bon marché quasi esclavagée pendant la durée d'un assistanat de 6 ans puis soit les intégrer comme salarié mal payé s'ils sont dociles, soit les virer dans leur pays pour un problème administratif (maintenant ils veulent le faire académique comme décrit dans cet article) de vice de procédure : "rentre dans ton pays, merci pour les 6 ans de ton temps et de ton énergie".

    Les étatistes sont des êtres dégueulasses éthiquement, ça ne change pas.

  • Francois Planchon

    27 juillet 2026

    ET.... si on commençait par ne plus limiter le nombre d'étudiants en médecine, et augmenter la capacité de nos universités pour le faire correspondre aux besoins réels, incluant les départs à la retraite, ceux qui s'expatrient, et le vieillissement de la population... etc...
    C'est du plus haut ridicule d'instaurer des limites à l'entrée pour ces études, et d'accorder chaque année +/- 1/3 des nos Inami à des médecins étrangers...
    Les politiques qui soutiennent cette absurdité mériteraient une révocation immédiate pour fautes graves, avec perte du droit à la pension...
    C'est une véritable gifle morale aux parents , et à leurs enfants motivés qui ont "réussi" l'examen d'entrée mais qui ne sont pas suffisamment bien classés pour obtenir le sésame...

    Euh... ne faudrait-il pas, pour récupérer un peu de budgets, limiter le nombre de ministères "de la santé" de 9 à `1 seul ???? Un numerus clausus serait logique : pour gérer "en bon père de famille" un petit pays de 300 km de long, avec moins de 12 ons de citoyens, à peine une ville chinoise, 15 ministères et 1 chambre de 100 députés, c'est plus que suffisant !