À la suite des mises en garde formulées par Caroline Taquin (MR), députée-bourgmestre de Courcelles et administratrice bénévole au sein d’HUmani, qui annonce l’annulation de plus de 4 000 consultations, Le Spécialiste a souhaité vérifier l’impact réel de la grève nationale ces 24, 25 et 26 novembre dans 11 hôpitaux francophones. Tous décrivent une grève maîtrisée et un impact limité, une dynamique différente de celle observée à HUmani.
Caroline Taquin, députée-bourgmestre de Courcelles et administratrice bénévole au sein d’HUmani, pose, dans un communiqué, un premier récit : celui d’une intercommunale au bord de la rupture. L’élue libérale y affirme que l’organisation décidée pour les 24–26 novembre serait « en contradiction avec les missions de santé publique » d’HUmani et que la grève entraînerait « l’annulation de plus de 4.000 consultations, la fermeture des services spécialisés et la mise en place de “journées dimanche” qui privent les patients de leur accès aux soins habituels ». Elle estime que cette organisation a été « imposée en concertation limitée avec les syndicats, sans réel dialogue avec le conseil médical » et alerte sur « des conséquences dramatiques : patients laissés sans solution, report de soins urgents ou spécialisés, saturation annoncée des services d’urgence, et aggravation des risques pour la santé publique ». Dans ce texte, Caroline Taquin va jusqu’à qualifier la situation d’« inadmissible » et appelle le Gouverneur de Province ainsi que les bourgmestres associés à « garantir l’accessibilité immédiate et totale de nos hôpitaux ».
HUmani réagit
Interpellée, l’intercommunale fournit une version nettement différente. HUmani indique avoir travaillé « en commun accord (et non via une seule personne de façon unilatérale) » avec les syndicats pour définir un fonctionnement en service dimanche, présenté comme un dispositif habituel lors des journées de grève nationale. Selon Frédéric Dubois, directeur de la communication, cette organisation vise à « maintenir en priorité les soins de santé, tout en respectant le droit de grève », avec la garantie que « les services essentiels tels que les urgences et les soins intensifs continueront à fonctionner ». L’institution ramène également le nombre d’annulations à « un volume plus proche de 3.000 consultations », en insistant sur le fait qu’une partie du personnel gréviste concerne aussi la pharmacie, l’informatique, le transport, ce qui rend « impossible de maintenir l’ensemble des consultations ».
Ce contraste entre, d’un côté, un communiqué très alarmiste évoquant une « mise en péril de la sécurité sanitaire », et, de l’autre, une organisation présentée par HUmani comme négociée et centrée sur le maintien des soins essentiels, constitue le premier élément de dissonance. Il ne suffit pas, en soi, à établir la réalité du terrain : il appelle une vérification indépendante - celle que Le Spécialiste a menée auprès de onze hôpitaux du pays, publics, privés et universitaires.
Un impact faible et maîtrisé ailleurs
Toutes les régions sont représentées dans ce panel : Bruxelles et le Brabant wallon (Cliniques de l’Europe, Chirec, CHU Saint-Pierre, Cliniques universitaires Saint-Luc), Liège (CHR de la Citadelle, CHR de Huy, CHBA Bois de l’Abbaye), Namur (Clinique Saint-Luc Bouge), Luxembourg (Vivalia) et le Hainaut (CHwapi, Grand Hôpital de Charleroi).
À Bruxelles, les Cliniques de l’Europe décrivent une activité « pleinement maintenue », sans activation de service dimanche. Aux Cliniques universitaires Saint-Luc, aucune perturbation n’est anticipée ; un comité interne de suivi est activé comme lors de chaque mobilisation nationale. Le Chirec a adapté une partie de ses activités pour permettre à environ 7 % du personnel de participer à la grève, mais les secteurs sensibles restent assurés et aucune pression particulière n’est attendue aux urgences. Le CHU Saint-Pierre, de son côté, fonctionnera avec 50 % de ses salles opératoires ouvertes et quelques reports ciblés en ophtalmologie, tout en maintenant l’oncologie de jour, les soins critiques et un staff complet aux urgences.
Dans le Hainaut, le CHwapi a dû réorganiser certaines prises en charge en imagerie et en ophtalmologie, et signale une perturbation du laboratoire d’anatomopathologie. Les soins critiques, l’oncologie, l’USI et les urgences restent pleinement assurés. Au Grand Hôpital de Charleroi, l’ensemble des activités est maintenu, à l’exception d’un léger ajustement du bloc opératoire. Les urgences, la dialyse, l’oncologie, la réadaptation et les consultations se déroulent normalement.
En province de Luxembourg, Vivalia confirme qu’« aucun médecin ne sera à priori en grève » et que très peu de membres du personnel support se sont déclarés absents : aucune incidence n’est attendue sur l’activité médicale.
En province de Liège, le CHBA évoque quelques reprogrammations de consultations non urgentes, sans impact sur les secteurs sensibles ni sur le programme opératoire. Le CHR de Huy fait état d’un impact modéré, avec quelques interventions non urgentes reportées. Même constat au CHR de la Citadelle, où « aucun débrayage massif » n’est signalé et où consultations et hospitalisations restent inchangées.
À Namur enfin, la Clinique Saint-Luc Bouge ne signale aucune perturbation, hormis un suivi interne standard via son comité de grève.
Dans l’ensemble, ces 11 retours convergent : les hôpitaux maintiennent leurs activités, les soins critiques sont assurés et les ajustements restent ciblés. Aucun établissement interrogé ne rapporte une situation comparable à celle décrite dans le communiqué de Caroline Taquin.
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