Six mois après son émergence sur les réseaux sociaux, l’Union belge des prestataires de soins (UBPS) s’est imposée comme un acteur atypique du débat médico-politique. Plus de 10.000 followers revendiqués, une structuration rapide en ASBL et un discours frontal sur les réformes en cours : l’initiative entend peser dans les décisions à venir, sans se muer en syndicat classique.
À l’origine, un sentiment d’urgence. « Tout est parti d’un cri d’alarme », explique sa porte-parole, la Dre Françoise Guiot. Face aux mesures annoncées par la loi-cadre, une page Facebook est lancée, presque instinctivement. Le relais est massif, l’adhésion fulgurante. « En quelques semaines, nous avons fédéré l’essentiel de notre base. Et la dynamique ne s’est jamais essoufflée. »
Très vite, le mouvement informel se transforme en structure organisée. L’UBPS se dote d’un conseil de neuf membres fondateurs, de groupes de travail par profession et d’un mode de fonctionnement revendiquant l’apolitisme et l’indépendance financière. « Nous sommes autofinancés. Cette liberté est essentielle : elle garantit une parole sans filtre, sans injonction extérieure. » La Dre Françoise Guiot insiste sur ce point : « Nous sommes autofinancés, sans aucun subside, ce qui nous garantit une liberté de parole et d’action totale. Personne ne peut nous dicter ce que nous avons le droit de dire ou non. »
L’organisation se distingue aussi par sa volonté de rassembler largement les professions de santé. « La défense professionnelle était trop morcelée », observe-t-elle. « Si vous prenez un syndicat de médecins d’un côté, un autre de l’autre, les ailes flamandes, les paramédicaux… les voix se dispersent. » L’UBPS revendique au contraire une « transversalité totale », réunissant « médecins, pharmaciens, psychologues, infirmiers… ».
Des enjeux connus
Sur le fond, le discours rejoint des débats déjà entendus ailleurs : une revalorisation de la nomenclature, la place des mutuelles, les suppléments d’honoraires, ou encore la problématique du statut BIM. Ce dernier est pointé comme une dérive systémique. Le principe de solidarité n’est pas remis en cause, mais son attribution est jugée « trop automatique, déconnectée des besoins réels ». « Son attribution automatique est devenue une aberration systémique », affirme Françoise Guiot, rappelant que « 21 % des Belges bénéficient du statut BIM », un chiffre qu’elle qualifie de « hallucinant ».
Selon elle, ce mécanisme devrait être revu : « Le statut BIM ne devrait pas être attribué d’office. Il faudrait en faire la demande, soumise à une enquête réelle sur les besoins. » Elle avance également un coût important : « Ce système coûte entre 3.000 et 4.000 euros par bénéficiaire et par an à l’État. »
Ensuite, les suppléments d’honoraires : pour l’UBPS, il ne s’agit pas d’un privilège, mais d’un levier de survie économique pour de nombreux cabinets, confrontés à l’explosion des charges et à l’absence de reconnaissance de certains investissements médicaux lourds. « Parce que c’est une question de survie économique pour nos cabinets », tranche la Dre Guiot. « Quand on paye des infirmières, des lois sociales, des assurances, le bâtiment, l’investissement matériel… le supplément d’honoraires, c’est, in fine, le salaire de certains praticiens. »
Elle cite le cas d’équipements coûteux non couverts : « Une consœur ophtalmologue a dû acheter un OCT pour près de 100.000 euros. Il n’y a aucun code de remboursement pour cet examen, aucun amortissement prévu par l’Inami. Est-ce normal qu’elle finance sur ses fonds propres un outil de santé publique ? »
L’UBPS dit avoir proposé un compromis : « un plafond raisonnable, autour de 200 % », afin de maintenir une médecine viable.
Derrière ces dossiers techniques, un même fil rouge : la viabilité du modèle de soins de proximité. « Si rien ne change, les petits cabinets périphériques disparaîtront. Et avec eux, une partie de l’accès aux soins », prophétise Françoise Guiot. La conséquence annoncée est brutale : surcharge des urgences, découragement des soignants, pertes d’emplois dans les cabinets… « En 2028, ce sera un bain de sang social si rien ne bouge. »
Le scénario, selon elle, concerne aussi l’hôpital : « La majorité des professeurs et spécialistes hospitaliers (…) ont une activité privée ou mixte. (…) Si vous touchez à cet équilibre, vous déstabilisez tout le système. »
Ni syndicat, ni simple groupe de pression, l’UBPS se revendique comme une force complémentaire. Une vigie, capable de mobiliser la base et d’alerter là où les mécanismes institutionnels peinent à suivre le tempo du terrain. « Nous ne sommes pas là pour prendre la place des syndicats », insiste Françoise Guiot. « Nous sommes une force complémentaire, pas des arrivistes. »
Pourront-ils peser sur les débats ? Réponse dans les mois à venir.
> Retrouvez l’intégralité de notre grand entretien avec Françoise Guiot dans notre prochaine édition papier









Derniers commentaires
francoise guiot
26 février 2026Cher Dr Bejjani,
Je vous remercie pour votre commentaire et pour l’esprit constructif dans lequel vous l’exprimez.
Permettez-moi d’apporter une précision importante concernant l’OCT. Vous avez raison : l’examen est bien remboursé par l’INAMI, à hauteur d’environ 42,26 € (OA 35,93, IP 6,33), dans des indications précises. Toutefois, ce remboursement est strictement limité :
• Dans la DMLA, à deux examens par an, alors que le suivi des injections intravitréennes nécessite fréquemment un contrôle mensuel.
• Dans le glaucome, à un examen annuel, alors que le suivi clinique peut requérir jusqu’à trois examens par an selon l’évolution.
Le problème n’est donc pas l’existence d’un remboursement, mais son inadéquation avec la réalité clinique et économique, le coût de la majorité des OCT étant pris en charge par le praticien lui-même.
Le coût d’un OCT moderne représente un investissement très conséquent, avec une obsolescence technologique rapide (remplacement généralement tous les 5 à 6 ans pour maintenir un plateau technique conforme aux standards actuels). À cela s’ajoutent le temps médical, l’interprétation spécialisée et, bien souvent, le recours à un technicien qualifié pour la réalisation de l’examen. Dans ces conditions, il est objectivement difficile de considérer que le remboursement actuel permet un amortissement réaliste du matériel.
Notre propos n’était donc pas de nier l’existence d’un remboursement, mais de souligner son insuffisance structurelle dans le contexte du suivi moderne en ophtalmologie.
Concernant la vision « à 360° », l’UBPS défend l’ensemble des prestataires de soins, hospitaliers comme ambulatoires. Il ne s’agit pas d’opposer des modèles, mais de veiller à ce que chaque secteur puisse exercer dans des conditions économiquement viables et cliniquement pertinentes.
Enfin, nous respectons naturellement le rôle de l’ABSyM et de l’Union des Médecins. La pluralité des structures n’est pas un obstacle en soi ; elle peut au contraire enrichir le débat si l’objectif reste la défense cohérente de la profession dans son ensemble.
Je reste évidemment ouverte à un échange plus approfondi si vous le souhaitez.
Bien confraternellement,
Dr Françoise Guiot
Gilbert BEJJANI
20 février 2026Encore une fois je salue la mobilisation du terrain, mais pour pouvoir soutenir certaines réformes ou en bloquer d’autres, il faut avoir une vision à 360°. Et ce n’est pas ce que j’observe.
Je vais citer trois points pour l’exemple :
Plaider pour la liberté de la pratique dans l’ambulatoire, c’est aussi oublier tous les prestataires hospitaliers, et dont certains ne peuvent avoir de pratique ambulatoire, et qui sont aussi essentiels pour assurer les soins de santé. Actuellement ils n’ont droit au supplément que sur exigences particulière du patient ( en chambre a un lit )
L’OCT est un examen qui est remboursé. Et en effet le remboursement n’est peut-être pas suffisant comme pour beaucoup d’examens mais prends en compte l’amortissement du matériel. S’étonner du coût de l’investissement peut aussi être mis en perspective par rapport à ce qui est demandé comme tarif aux patients. Si l’État soutient l’investissement, il est en droit d’encadrer le tarif, j’imagine ?!
Enfin, les associations, comme la nôtre, l’union des Medecins, ne sont pas financés non plus, tant qu’elles ne sont pas reconnues comme syndicat, donc c’est bien l’absym fédérale, a laquelle nous cotisons, qui est financée et pas les associations qui en font partie. Nous jouissons donc aussi d’une liberté totale dans l’action, mais en concertation avec les autres. L’exercice de défendre l’ensemble et pas des niches est périlleux et difficile.
Et encore une fois je tends la main pour que les medecins s’affilient aussi chez nous, s’ils veulent construire une défense cohérente et collective. . www.uniondesmedecins-absym.be