Souvent cantonné à l’image de la rééducation hospitalière ou de l’aménagement du domicile, l’ergothérapeute investit progressivement la première ligne. Pour le médecin généraliste confronté au vieillissement et à la chronicité, ce professionnel offre une expertise unique : adapter l’environnement réel du patient pour restaurer son « pouvoir d’agir ». Décryptage avec les représentants de l’Union professionnelle des ergothérapeutes (UPE) et d’Ergo 2.0.
« Qui finance ? » C’est souvent la première question que posent les médecins généralistes lorsqu’on évoque l’ergothérapie libérale. La question est légitime : avec une nomenclature INAMI encore trop restreinte et moins de 1 % des ergothérapeutes exerçant en tant qu’indépendants à titre principal (pour 5 à 10 % comme indépendants complémentaires), la profession cherche encore son modèle économique en ambulatoire.
Pourtant, sur le terrain, la plus-value semble évidente. Face à un patient âgé qui chute ou à une personne en perte d’autonomie, le généraliste se heurte souvent aux limites du cabinet. C’est ici que l’ergothérapeute intervient, non pas comme un coordinateur logistique (qui organise les aides), mais comme un accompagnateur du quotidien.
« Le kinésithérapeute va apporter une pierre à l’édifice, par exemple en travaillant la mobilité ou la force. L’ergothérapeute, lui, va utiliser cette pierre dans le bon contexte : comment se déplacer en sécurité pour aller chercher son pain ou se laver seul », illustre Marc-Eric Guisset, président de l’UPE. « Remettre la personne en action et lui redonner son pouvoir d’agir. C’est ce qui nous différencie d’un coordinateur de soins classique : nous travaillons autour d’une activité qui a du sens pour le patient », complète Béatrice Theben, ergothérapeute active au sein du réseau Brusano.
L’objectif est de permettre au patient de réaliser les activités qui ont du sens pour lui (modèle PEO : personne-environnement-occupation). « Dans les GLEMs, quand on explique qu’on va permettre à une patiente de retourner au restaurant ou de recevoir ses petits-enfants en sécurité en découpant l’activité en sous-tâches réalisables, les médecins comprennent immédiatement la plus-value », note Véronique Legrain, administratrice de l’asbl Ergo 2.0, dont le but est de fédérer un réseau d’ergothérapeutes de quartier répartis sur tout le territoire francophone.
En pratique pour le MG
Collaborer avec un ergothérapeute de première ligne, c’est choisir de sortir du silo curatif pour agir sur la globalité de la vie du patient. « L’ergo s’occupe de toutes les activités du quotidien : le domicile, le scolaire, le travail, mais aussi les activités de jour et de nuit, y compris la gestion du sommeil », rappelle Béatrice Theben, également membre d’Ergo 2.0. Si le financement reste un défi structurel – « L’ergo doit en vivre et, pour l’instant, c’est le patient qui doit souvent financer hors projets pilotes » –, l’expertise est disponible pour éviter que le maintien à domicile ne se transforme en mise en danger.








