La réforme de la loi qualité a suscité cette semaine un débat à la Chambre autour de la possibilité pour les services d’inspection de se faire passer pour des patients. La mesure, qui ne semble pas viser les contrôles auprès des médecins et infirmiers dans le circuit de soins classique, soulève néanmoins des inquiétudes quant à la sécurité juridique.
À l’origine de la discussion, la députée Irina De Knop (Anders) a averti que les compétences proposées allaient trop loin et risquaient de fragiliser les garanties juridiques. Elle a demandé une seconde lecture du projet de loi, une demande entre-temps acceptée.
Selon Irina De Knop, le texte repousse les limites du contrôle administratif. Elle vise en particulier l’introduction de ce que le débat a rapidement qualifié de « mystery patients ». Le projet permet en effet aux inspecteurs de se faire passer pour un patient ou un patient potentiel, sans révéler leur identité et, si nécessaire, sous une identité fictive.
Cette méthode peut également être utilisée en ligne. Le texte prévoit en outre que les inspecteurs peuvent, lorsque cela est strictement nécessaire à leur mission, commettre certains faits punissables sans faire l’objet de poursuites pénales. Irina De Knop estime que « le recours à des mystery patients constitue une étape très poussée » et souligne que « le Conseil d’État et l’Autorité de protection des données considèrent également cela comme une extension risquée des possibilités de contrôle ».
Le projet de loi comporte toutefois plusieurs garde-fous. Il doit exister un motif raisonnable de soupçonner une infraction, le recours à la méthode doit être nécessaire et toute provocation est exclue. L’utilisation d’une identité fictive doit en principe être mentionnée dans le procès-verbal ou dans un avertissement.
Pour Irina De Knop, ces garanties restent insuffisantes. Elle rappelle que, dans un contexte pénal, des techniques similaires s’accompagnent de garanties strictes, comme la supervision par un juge d’instruction. Selon elle, « il n’est pas acceptable que des services d’inspection administrative disposent de compétences comparables sans les mêmes garanties ».
Le projet contient néanmoins une limitation importante. L’article 52 précise que la possibilité de se faire passer pour un patient vise des personnes qui ne sont pas des professionnels de la santé. Cela suggère que la mesure est principalement destinée à lutter contre des pratiques illégales en dehors du circuit de soins reconnu. Cette précision ne dissipe toutefois pas entièrement les inquiétudes de la députée quant à la portée des compétences.
La technique des « mystery patients » s’inscrit dans un élargissement plus large des pouvoirs d’inspection. Les inspecteurs bénéficient notamment de compétences accrues pour effectuer des contrôles, demander des informations et constater des infractions. Dans certaines circonstances, ils peuvent également poser des actes d’enquête étendus.
Ce rapprochement avec des techniques utilisées dans les enquêtes pénales, malgré un cadre juridique distinct, constitue un point d’attention pour Irina De Knop. Elle met en garde contre un système dans lequel un service administratif mènerait à la fois l’enquête et infligerait des sanctions.
Dans ce contexte, la députée a également plaidé pour une concertation supplémentaire. Elle demande explicitement que les syndicats médicaux soient consultés sur les mesures proposées, compte tenu de leur impact potentiel sur le terrain et sur la position juridique des prestataires de soins.
Irina De Knop a indiqué que son groupe ne soutiendrait pas le projet de loi dans sa forme actuelle et a déposé des amendements visant à supprimer les dispositions les plus étendues. Elle précise toutefois que le parti Anders soutient l’objectif d’une offre de soins de qualité et appuie plusieurs volets de la réforme. L’octroi d’une seconde lecture signifie que les débats en commission se poursuivront.









Derniers commentaires
Freddy Piron
20 mars 2026Sujet : Projet de loi sur les « patients mystères » — une absurdité qui menace la médecine de terrain
Chers collègues,
Le projet d’introduire des « patients mystères » avec de fausses identités pour contrôler nos pratiques est une véritable provocation. Plutôt que de soutenir les médecins en difficulté, nos autorités choisissent de les traiter comme des suspects, piégeant chaque consultation dans un climat de méfiance toxique.
Cette mesure ne fera qu’aggraver la crise déjà dramatique de la pénurie médicale. Qui acceptera encore de nouveaux patients quand chaque rendez-vous peut se transformer en contrôle déguisé ? Qui pourra exercer sereinement dans un système où la suspicion prévaut sur la confiance ?
Au lieu d’investir dans la formation, la simplification administrative et le soutien aux professionnels, on préfère instaurer une surveillance digne d’un État policier. C’est non seulement inefficace, mais profondément insultant pour tous ceux qui consacrent leur vie à soigner honnêtement.
Il est urgent de dénoncer cette folie avant qu’elle ne détruise définitivement la médecine de terrain.
Bien à vous, PIRON Freddy Médecin généraliste
Josquin FRANCOIS
19 mars 2026Qui voudrait nous pousser à ne plus accepter de nouveaux patients, là est la question
Robin GUEBEN
19 mars 2026Quand j'étais assistant, j'ai refusé un certificat maladie à un agent communal en lui signifiant que c'était un carotteur. J'ignorais qu'il était agent communal dans la commune où je m'installerais plus tard.
Depuis chaque année, il me harcèle pour un place de parking devant mon porche et me colle une amende administrative (les seules amendes que l'Exécutif peut donner en court-circuitant le Pouvoir de Justice) de 160€ par an environ, dès qu'il voit que je m'y gare.
La vision étatiste orwellienne avance bien ! Continuez, État belge !