CT-scans lombaires : le « oui, mais » du Comité de l’assurance

Le Comité de l’assurance a laissé lundi matin l’interdiction de prescription des CT-scans lombaires par les généralistes poursuivre son parcours réglementaire. Faute de majorité pour l’arrêter, la mesure avance, mais sous conditions : un groupe de travail est chargé de proposer, d’ici l’été 2026, des économies alternatives afin d’éviter les effets pervers redoutés sur le terrain.

C’est un « oui, mais » lourd de conséquences qui est sorti lundi matin du Comité de l’assurance. La mesure visant à restreindre l’accès aux CT-scans de la colonne lombaire pour les médecins généralistes poursuit son chemin administratif (les prochaines étapes sont le Conseil d’État, et la publication au Moniteur belge), mais elle le fait sous haute surveillance syndicale.

Le Dr Marcel Beauval (GBO), qui s’est fermement opposé à cette restriction lors des débats, tient à nuancer la validation perçue. « Nous ne sommes pas des révolutionnaires, mais des évolutionnaires. Et nous n’étions pas en position majoritaire dans ce débat », résume-t-il. Si le banc syndical ne conteste pas le fond du problème (la surconsommation d’imagerie médicale et ses effets pervers), il conteste radicalement la méthode choisie.

Une position loin d’être isolée, puisque le Dr Beauval a été rejoint dans son plaidoyer par les représentants de l’Absym, Jacques de Toeuf (Absym-Bruxelles) et Luc Herry (Absym-Wallonie). Plus significatif encore : les organismes assureurs eux-mêmes ont emboîté le pas, admettant que le remède proposé risque de s’avérer inapproprié face aux effets pervers anticipés. Le débat a toutefois laissé le représentant du GBO perplexe sur le silence complet du banc syndical néerlandophone. 

Une mesure jugée « toxique » et contre-productive

Pour le Dr Beauval, la logique comptable de l’Inami se heurte violemment à la réalité de terrain. N’hésitant pas à qualifier la mesure de « toxique », le généraliste du GBO dénonce d’abord une discrimination flagrante : la liste des prescripteurs autorisés inclut désormais l’ensemble des disciplines, isolant de facto la seule médecine générale.

Mais c’est surtout l’effet boomerang financier et sanitaire qui inquiète Marcel Beauval. Il rappelle que couper l’accès au prescripteur ne supprime pas le besoin clinique, qu'il soit justifié ou non. Le risque immédiat est de voir ces demandes se déverser vers des filières nettement plus coûteuses, qu’il s’agisse des services d’urgences ou de consultations spécialisées.

Plus critique encore, ce report mécanique vers l'IRM risque d’asphyxier des services où les délais sont déjà problématiques. « À Bruxelles, on envoie déjà des patients à Alost ; à Liège, il faut aller à Tongres », illustre le Dr Beauval pour souligner l’absurdité logistique qui guette les patients. In fine, l’objectif d’économie budgétaire a toutes les chances d’être manqué, les surcoûts induits par ce parcours de soins complexifié venant grignoter les gains espérés sur l'imagerie.

Une deadline au 1er juillet

Face à ces arguments, un compromis a été trouvé. L’instruction a été donnée à la Médicomut de mettre sur pied, sans délai, un groupe de travail.

L’objectif est clair : définir des mesures compensatoires alternatives pour atteindre les mêmes économies, mais sur base de critères factuels et non via une exclusion forfaitaire des généralistes. La deadline est fixée aux alentours du 1er juillet, date probable de mise en application réelle de la mesure. « En travaillant très vite, cela pourrait coïncider », espère le Dr Beauval, qui voit là une dernière (mince) fenêtre de tir pour rectifier le tir.

La pique aux radiologues

Dans ce dossier complexe, le Dr Beauval pointe également la responsabilité des initiateurs de la mesure : les radiologues. S’il concède un certain laxisme chez certains prescripteurs, il renvoie la balle dans le camp des exécutants.

Il cible particulièrement les « honoraires de consultance ». Prévus pour rémunérer l’avis du radiologue sur la pertinence de l’examen avant sa réalisation, ils seraient, selon lui, dévoyés. « Malheureusement, cela s’exerce de façon quasi constante après l’examen. Au lieu d’avoir un avis qui annule un examen inutile, on a un avis qui dit "c’est dommage", et on fait un autre examen en plus », critique-t-il.

Le message est passé : avant de couper l'accès aux généralistes, chacun ferait bien de « balayer devant sa porte ».

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