CT-scans lombaires : « Je ne suis pas choqué par la mesure du ministre »

Le Dr Tanguy De Thier, médecin généraliste à Ciney et enseignant à l’Université de Namur, estime que la restriction de prescription des CT-scans lombaires décidée par le ministre est proportionnée et justifiée face à une surprescription devenue structurelle. S’il reconnaît les craintes exprimées au sein de la première ligne, il juge que la mesure peut favoriser une meilleure collaboration entre niveaux de soins et une utilisation plus raisonnée de l’imagerie.

Voilà un avis à contre-courant sur la polémique entourant les CT-scans lombaires. Le débat suscite de vives réactions, entre accusations d’atteinte à la liberté thérapeutique et craintes de stigmatisation de la première ligne. Pourtant, tous les médecins ne s’y opposent pas. Pour le Dr Tanguy De Thier, généraliste au centre médical MediCi (Ciney) et enseignant à l’Université de Namur, la mesure est défendable, proportionnée et justifiée par une surprescription devenue structurelle.

Medi-Sphère : Vous estimez que l’interdiction de prescription des CT-scans lombaires n’est pas forcément une mauvaise mesure. Pourquoi ?

Dr Tanguy De Thier : Je pense qu’il existe réellement une surprescription des scanners lombaires, souvent pour des indications qui ne sont pas bien posées. À partir du moment où l’on demande au système de faire des économies, il faut aussi balayer devant notre propre porte. On a déjà essayé les mesures de conseil, et manifestement ça ne fonctionne pas. Dans ce contexte, je ne suis pas choqué que les médecins qui prescrivent trop ne puissent plus le faire. Une mesure plus radicale peut se justifier.

Cette restriction n’empiète-t-elle pas sur la liberté thérapeutique des généralistes ?

Je ne le pense pas. Nous conservons des outils. Il y a la radiologie standard – oui, elle irradie un peu – et l’IRM, dont les listes d’attente sont longues, mais où il est toujours possible de négocier une place en expliquant la situation au radiologue. L’enjeu, c’est surtout d’intensifier la collaboration entre les lignes. Si la mesure permet de générer des économies, et que les autres secteurs contribuent aussi, chacun doit pouvoir faire sa part.

Certains médecins dénoncent une forme de discrimination, puisque seuls certains prescripteurs seraient concernés. Comment voyez-vous cela ?

Dire qu’on ne ferait plus jamais aucun scanner lombaire serait exagéré. L’idée, c’est plutôt qu’en deuxième ligne, après discussion, on puisse décider qu’un examen est justifié. Là encore, cela suppose une vraie collaboration interprofessionnelle. Ce n’est pas une interdiction absolue, c’est une modification du circuit de décision.

Ne risque-t-on pas de voir les patients être davantage envoyés vers les urgences ou vers l’IRM ?

C’est vrai que certains médecins qui prescrivent trop risquent de choisir la facilité et d’envoyer aux urgences. On l’a déjà vécu à la création des postes de garde : il y a eu un surcroît temporaire dans les services d’urgence. Mais avec le temps, les pratiques se stabilisent. Et ce qui me frappe, c’est que les jeunes médecins que j’encadre (en tant que maître de stage, NdlR) sont plutôt en phase avec la mesure. C’est un signal intéressant : ils sont prêts à réfléchir aux économies liées à nos décisions.

Et si cela surcharge les spécialistes habilités à prescrire les CT-scans ?

La question suppose que nous aurions absolument besoin d’un examen supplémentaire pour poser un diagnostic. Or nous avons appris à examiner nos patients, à les écouter, à les connaître. Nous devons être capables de mettre en route un traitement sans recourir systématiquement à un arsenal technologique. À mon sens, 80 à 90 % des lombalgies peuvent être traitées sans scanner. Le recours aux urgences ou à la deuxième ligne n’est donc pas indiqué. Prenons nos responsabilités.

Un dernier élément à ajouter ?

Cette mesure doit s’inscrire dans un contexte global de concertation. Elle ne peut pas être la seule. D’autres mesures d’économie devront l’accompagner, sinon on risque de stigmatiser une profession sur la base d’un seul examen. Mais en soi, la mesure ne me choque pas.

Lire aussi: CT scans lombaires : Vandenbroucke assume, Coppieters temporise

Vous souhaitez commenter cet article ?

L'accès à la totalité des fonctionnalités est réservé aux professionnels de la santé.

Si vous êtes un professionnel de la santé vous devez vous connecter ou vous inscrire gratuitement sur notre site pour accéder à la totalité de notre contenu.
Si vous êtes journaliste ou si vous souhaitez nous informer écrivez-nous à redaction@rmnet.be.