Consultations médicales: pourquoi la réforme ACA pourrait tout changer

Le rapport sur les actes de consultations et assimilés (ACA), présenté lundi 30 mars en médico-mut, pourrait profondément modifier la rémunération des médecins en replaçant les consultations au centre du système. Si le Cartel soutient les principes d’un texte “ambitieux et de grande ampleur”, il juge “essentiel” de passer à des simulations chiffrées. L’ABSyM avertit de son côté que, sans ces éléments, il reste “impossible de connaître l’impact financier sur les différentes disciplines médicales”.

L’enjeu est loin d’être marginal. Selon le Cartel, les ACA représentent 35% des honoraires moyens des médecins, et environ 80% pour les généralistes ainsi que pour les spécialistes qui pratiquent peu d’actes techniques. Ce volet couvre les consultations, visites, consultations à distance, prestations de surveillance, admissions et sorties d’hospitalisation, concertations multidisciplinaires et interdisciplinaires, trajets de soins, DMG, permanences et bilans médicaux spécifiques.

Le rapport du groupe de travail, lancé fin 2022, repose sur la relative value unit, ou RVU, avec comme point de référence une consultation standard de 20 minutes. Le temps y est retenu comme facteur dominant, davantage que le risque ou la complexité. Le texte propose aussi une nouvelle architecture des prestations, avec une consultation de base, des suppléments dans certaines situations objectivables et l’intégration de nouvelles prestations, notamment en prévention, en suivi, à l’admission, à la sortie et dans la concertation. Il prévoit en outre une obligation de rapport dans le dossier du patient et, le cas échéant, vers le médecin généraliste et les autres médecins traitants.

Pour le Cartel, ce rapport “reflète de manière cohérente les discussions menées jusqu’à présent”. L’organisation y voit une base de travail crédible, mais pas un aboutissement. Elle estime que seule la mise en pratique permettra d’en juger la qualité réelle et insiste sur la prochaine étape, attendue en septembre, pour intégrer plusieurs ajustements encore en discussion.

Le syndicat met aussi plusieurs balises sur la table. Il demande que le principe des Appropriate Care, soit “les meilleurs soins, au meilleur endroit, par le prestataire le plus adéquat”, soit explicitement mis en œuvre. Il ajoute vouloir continuer à se battre pour une rémunération adéquate de la permanence et de la disponibilité des médecins, généralistes comme spécialistes, ainsi que de toutes les formes de consultation multidisciplinaire et interdisciplinaire.

L’ABSyM formule des réserves plus lourdes sur l’architecture financière du projet. Dans une lettre adressée à la CNMM le Dr Patrick Emonts rappelle que la réforme de la nomenclature poursuivait deux objectifs majeurs: supprimer les différences injustifiées de rémunération entre disciplines et aligner “de manière transparente les honoraires sur le coût réel de la prestation”. Or, écrit-il, “tant qu’aucune simulation n’est disponible, il est impossible de connaître l’impact financier sur les différentes disciplines médicales”.

Le syndicat souligne qu’aucune des deux voies qu’il évoque n’est aujourd’hui retenue: ni une simulation sur la base d’un budget fermé, ni une fixation explicite de la valeur de la RVU à partir d’une consultation minimale. Pour l’ABSyM, ce flou empêche d’apprécier sérieusement les effets redistributifs de la réforme entre spécialités.

Autre point de tension, l’absence de distinction, dans le volet ACA, entre prestation intellectuelle et partie coûts, contrairement aux actes techniques médicaux (ATM). L’ABSyM estime que cette option risque de laisser certaines prestations en dessous de leur coût réel et demande de clarifier, pour les prestations intramuros, les prélèvements hospitaliers ainsi que la protection des honoraires intellectuels.

Le syndicat attire également l’attention sur la composition du futur budget ACA, jugée insuffisamment claire au regard des nombreuses prestations créées ou transférées depuis d’autres mécanismes de financement. Le Dr Patrick Emonts ajoute qu’il ne serait “pas acceptable” que ces évolutions conduisent à une baisse de la valeur de la RVU ou à une diminution de la valeur des prestations ATM.

Le rapport lui-même reconnaît que plusieurs points doivent encore être précisés, notamment les règles d’application, les modalités de contrôle et la cohérence globale du dispositif. Des calculs doivent être réalisés pour en mesurer l’impact financier réel.

À ce stade, la réforme avance donc sur une base soutenue par le Cartel mais encore fortement questionnée par l’ABSyM. Pour les médecins, l’enjeu est désormais concret : déterminer si cette refonte des consultations permettra de corriger les écarts existants sans fragiliser les équilibres entre disciplines ni les prestations les moins techniques.

> Découvrir le rapport

Lire aussi: 20 minutes pour une consultation de MG : un standard envisagé dans la réforme de la nomenclature

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Derniers commentaires

  • Robin GUEBEN

    07 avril 2026

    Ces simulations et ces études vont durer 1000 ans et tous les talents partiront entretemps. Ce qu'il vous faut, c'est un médecin qui a travaillé autant dans le forfait, dans le libéral, dans l'hôpital, autant dans le milieu citadin-social que dans le milieu rural-curatif, autant en Flandre, qu'en Wallonie et à Bruxelles (oh wait...).
    J'ai proposé la consultation temporelle en 2022 avec consultation de base et dépassement à charge du ticket modérateur (comme en Suisse), on m'a ri au nez. J'ai proposé un remboursement à 80% de chaque prestation (comme au Luxembourg) pour simplifier la moitié de la nomenclature et ne se focaliser que sur les tarifs, idem.
    L'acte intellectuel ne peut pas aller en médecine générale car ils vont facturer 20min comme 1h et avec l'aval du patient car full tiers-payant et trop bien remboursé. Ce qui implique de la complication de contrôle et donc hausse des coûts (cfr. les téléconsultations). La médecine générale ne peut avoir que de la clinique et apparenté (avec la "main"). Seuls les spécialistes peuvent avoir en plus des actes intellectuels sur la "parole" ou sur la "pensée" s'ils travaillent en recherche ou dans un milieu universitaire.