La réforme de la nomenclature médicale risque de fragiliser davantage la psychiatrie ambulatoire. C’est ce qu’affirme Thomas Van der Poorten, président de la Fédération belge pour la psychiatrie ambulatoire (FBPA). La fédération réclame une revalorisation rapide de la nomenclature de la psychiatrie ambulatoire et davantage de transparence sur les décisions prises au sein de l’Inami. « Comment peut-on parler de modèle de concertation alors que nous ne sommes représentés dans aucune instance ? »
Dans un entretien accordé au Spécialiste et à Medi-Sphère, Thomas Van der Poorten explique pourquoi la psychiatrie ambulatoire risque d’être laissée pour compte dans la réforme de la nomenclature médicale. L’inquiétude grandit parmi les psychiatres exerçant en ambulatoire. « Les derniers chiffres de l’Inami montrent une baisse de 4 % de l’activité ambulatoire extrahospitalière en 2024 », indique-t-il.
Pour de nombreux confrères, dont environ 60 % des patients bénéficient de l’intervention majorée, les modifications intervenues en janvier 2025 puis en janvier 2026 ont constitué une incitation supplémentaire à fermer leur cabinet. « Nous voyons également de jeunes psychiatres se tourner vers l’industrie pharmaceutique, les structures résidentielles de soins ou l’étranger. Le climat est particulièrement morose. »
Des moyens pour l’hospitalisation, pas pour le traitement
La FBPA ne conteste pas que le budget soit soumis à de fortes contraintes, mais elle ne comprend pas pourquoi les nouveaux investissements bénéficient systématiquement à d’autres secteurs. Le budget des moyens financiers des hôpitaux psychiatriques a augmenté d’environ 700 millions d’euros au cours des huit dernières années, pour atteindre 1,861 milliard d’euros. Rien qu’en 2024, il a encore progressé de 184,2 millions d’euros. À partir de 2026, le gouvernement fédéral consacrera en outre 1,59 million d’euros supplémentaires par an au maximum à facturer pour les hospitalisations psychiatriques.
Les investissements se poursuivent également à d’autres niveaux de pouvoir. La Commission communautaire commune prévoit ainsi 132,4 millions d’euros entre 2026 et 2030 pour les hôpitaux et les maisons de soins psychiatriques à Bruxelles. Par ailleurs, des demandes budgétaires à hauteur de 728 millions d’euros ont été introduites dans le cadre du budget 2027 de l’Inami pour d’autres disciplines, principalement paramédicales.
« Tous ces investissements peuvent se justifier en soi, reconnaît Thomas Van der Poorten. Mais la psychiatrie ambulatoire , dont le rôle est précisément d’éviter les hospitalisations, n’a bénéficié d’aucun investissement structurel comparable au cours des vingt dernières années. »
La consultation de 45 minutes, la goutte de trop
Pour la FBPA, la disparition de la consultation thérapeutique de 45 minutes a été la goutte de trop. « Cette consultation constituait pour nous un point de rupture. La réforme est aujourd’hui déjà très avancée, alors que nous avons à peine été associés aux discussions. Notre question est simple : comment peut-on parler de revalorisation des disciplines fragilisées si celles-ci ne sont directement représentées nulle part ? »
À sa connaissance, aucun psychiatre exerçant exclusivement en ambulatoire ne siège dans les instances de concertation. « Pour beaucoup de psychiatres, l’activité ambulatoire ne constitue aujourd’hui qu’une activité complémentaire. Nous estimons au contraire qu’elle devrait être au cœur de la profession. Par définition, le psychiatre ambulatoire contribue à éviter les hospitalisations. »
« On ne soigne pas une personne en trente minutes »
Le raccourcissement des prestations risque également de modifier en profondeur le contenu de la profession. « Avec deux unités de valeur relative (RVE), on dispose d’environ trente minutes de contact clinique. Ce temps permet d’évaluer un traitement médicamenteux ou de revoir un diagnostic. Mais lorsqu’on veut réduire progressivement un traitement psychotrope dans de bonnes conditions ou proposer une psychothérapie, il faut du temps. On ne soigne pas une personne en trente minutes. »
Le psychiatre ambulatoire risque ainsi d’être de plus en plus cantonné à un rôle de prescripteur de médicaments et de relais après une hospitalisation, alors même que les autorités souhaitent développer davantage de soins en dehors de l’hôpital.
Une première enveloppe ferait déjà la différence
La FBPA avait précédemment estimé qu’une revalorisation complète de la nomenclature de la psychiatrie ambulatoire nécessiterait plus de 100 millions d’euros. Thomas Van der Poorten reconnaît qu’un tel montant est difficilement envisageable dans le contexte actuel. « Même une première enveloppe de 10 à 50 millions d’euros changerait déjà considérablement la donne pour les psychiatres exerçant en ambulatoire et permettrait au minimum d’enrayer les départs. Il s’agirait en outre d’un investissement particulièrement coût-efficace. »
Il rappelle que la dépression, le burn-out et les autres troubles psychosociaux représentent plus d’un tiers de l’ensemble des dossiers d’invalidité. À eux seuls, la dépression et le burn-out ont coûté plus de 2,5 milliards d’euros à l’assurance maladie en 2024. « Chaque euro investi dans une prise en charge ambulatoire de qualité est récupéré quatre fois grâce à la diminution des indemnités, à la réduction des hospitalisations et à l’augmentation des reprises du travail. C’est ce que montrent des études de l’OMS et de The Lancet Psychiatry. »
La FBPA demande au gouvernement d’inscrire dès le budget 2027 une première revalorisation de la nomenclature de la psychiatrie ambulatoire. « L’accord de gouvernement prévoit explicitement de renforcer la psychiatrie ambulatoire, mais aucun moyen n’est actuellement prévu à cet effet. La réforme de la nomenclature médicale ne peut pas servir uniquement à financer les structures hospitalières et d’autres disciplines. »
« Rien dans l’accord de gouvernement fédéral ne prévoit par ailleurs que cette revalorisation doive impérativement passer par l’ACA, ajoute Thomas Van der Poorten. Les deux approches ne sont d’ailleurs pas incompatibles. »
Appel aux syndicats médicaux
La FBPA ne s’adresse pas uniquement aux autorités, mais aussi à la profession. « Nous appelons nos confrères à se syndiquer massivement et à examiner d’un œil critique ce qu’il est advenu de nos propositions ces derniers mois. » Thomas Van der Poorten estime que les psychiatres exerçant en ambulatoire doivent être beaucoup mieux représentés dans les organes de concertation.
Il constate également une inquiétude croissante chez ses collègues. « Hier encore, un confrère m’a confié, en larmes, qu’il devrait fermer son cabinet après toutes ces années si cette réforme était mise en œuvre en l’état. Nous ne pourrons alors plus offrir à nos patients les soins dont ils ont besoin. »
L’association de patients Uilenspiegel confirme également, sur la base d’une enquête menée auprès de patients, que les consultations plus longues sont jugées essentielles, notamment pour permettre une réduction progressive des traitements psychotropes en toute sécurité. « Nous demandons dès lors avec insistance à tous les responsables politiques de joindre, en 2026, les actes aux paroles, d’assumer leurs responsabilités et de ne pas s’en tenir à de belles intentions. »









Derniers commentaires
Jacques GROS-GEAN
04 aout 2026Si tout les psychiatres argent de pratiquer , on va s’amuser
Jacques GROS-GEAN
04 aout 2026Il est grand temps de réagir , on ne reçoit aucune info de nos syndicats, bizarre, si on continue à s’attaquer à une prise en charge intelligente de nos patients, on pourra toujours faire appel à ChatGPT , bonne chance Mr VBD , d’aucuns préfèrent se tourner vers les nouvelles drogues neurodysleptiques illusion très naïve , déjà mise à l’œuvre dans les années 80, quel gâchis et surtout quelle naivete
Alexandre DAILLIET
31 juillet 2026J'ai 68 ans et je ne fais pratiquement plus que de la consultation ambulatoire. Si la consultation longue est supprimée, j'arrête immédiatement toute actovité médicale et met définitivement fin à ma carrière médicale. Il n'y a presque plus de psychiatre ambulatoire dans la région où je réside.
Jean-Claude DUGARDIN
31 juillet 2026après plus de 50 ans de pratique de psychiatrie , pratique privée en milieu semi-rural, je ne peux que condamner l'hypothèse d'une suppression du code concernant les consultations de longues durées.
A une époque où la pathologie psychiatrique est si importante il s'agirait d'une aberration et d'un affaiblissement de la qualité des soins;
Docteur Jean-Claude Dugardin, psychiatre pensionné de 2018, 85 ans
Alessia Ciani
30 juillet 2026Je suis tout à fait d'accord avec mon collègue : la nomenclature actuelle est un véritable scandale et ne tient pas compte des patients les plus fragiles, des jeunes schizophrènes qui pourraient s'intégrer dans la société et poursuivre leurs études, des personnes neurodivergentes, ainsi que de nombreux autres patients psychiatriques qui n'ont pas la possibilité de s'exprimer ou ne sont pas en mesure de demander de l'aide. J’envisage sérieusement de mettre fin à mon activité après 35 ans d’expérience. Sans le soutien du gouvernement, nous courons à l’effondrement. En Angleterre, où j’ai exercé pendant plusieurs années, une ambulance sur dix (et une sur trois pendant la pandémie de Covid)
transporte un patient psychiatrique à l’hôpital. J’espère
que ce ne sera pas le sort réservé au système de santé belge.
Bernard CAUCHETEUR
30 juillet 2026Bonjour,
Tout à fait d'accord avec cet article qui reflète la politique actuelle de l'actuel Ministre de la Santé qui n'est même pas médecin et sur le terrain.
Je suis gastroentérologue uniquement en ambulatoire et cela devient difficile pour toutes les disciplines
cf dermatologues, gastroentérologues, urologues, et même les chirurgiens.... qui ont une pratique extra-hospitalière unique… ou autre ?
C'est pour cela que l'UBPS (Union Belge des Prestataires de Santé) a été créée et s'est constituée pour défendre tous les prestataires de soins de santé.
Ils sont sur FB,Insta...
ubps-bug.be
https://www.soinsendanger.be/
Il y a également une pétition à signer...
Persiste et signe
Dr CAUCHETEUR,Bernard
Hépatoga&stroentérologue.