La députée socialiste Christie Morreale lance un cri d’alarme dans une question parlementaire en dénonçant l’« hémorragie silencieuse » qui frappe les professionnels de la santé mentale. Elle relaie les alertes du terrain sur l’explosion de la demande, la précarisation des équipes et la fin de plusieurs projets locaux, alors que le ministre wallon de la Santé, Yves Coppieters, met en avant les données du cadastre de l’emploi non marchand et les efforts engagés pour mieux documenter les pénuries.
Dans le domaine des soins de santé mentale, les fédérations et les travailleurs de terrain décrivent une explosion de la demande, une difficulté croissante de recrutement, des conditions de travail dégradées et une précarisation via des contrats à durée limitée et des financements courts. "Comment le gouvernement entend-il enrayer cette « hémorragie silencieuse » des professionnels de la santé mentale, sans laquelle ses plans et appels à projets resteraient lettre morte ? Des pédopsychiatres, des médecins, des infirmiers et des équipes de santé mentale ont dénoncé des réductions budgétaires importantes, la fin brutale de projets locaux en addictions, Housing First ou travail social, et le glissement vers des financements purement « projet » plutôt que structurels", martèle la députée socialiste Christie Morreale.
Un cadastre qui doit s’alimenter
Cette réalité du terrain, Yves Coppieters, le ministre wallon de la Santé, la connaît bien : "Une grande variété de catégories de services et d’institutions propose une offre en matière de santé mentale en Wallonie. Ces services et institutions relèvent de la compétence de plusieurs niveaux de pouvoir, dont la Santé aux niveaux régional wallon et fédéral, mais aussi de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Les employeurs des opérateurs agréés par l’AViQ sont sollicités annuellement pour compléter les données relatives à leurs travailleurs, ceci pour alimenter le cadastre de l’emploi non marchand (CENM)."
Pénurie et augmentation du personnel…
Le CENM comprend le personnel affecté aux missions agréées, qu’il soit subventionné ou non, sous contrat de travail (privé), contractuel ou statutaire. Les indépendants n’y sont pas repris. Le ministre est clair : « Sur la base des données du CENM, plus précisément le cadastre “Santé”, nous constatons les augmentations suivantes entre 2017 et 2024 : +40,5 % d’ETP, +40,8 % de travailleurs, +55,6 % d’agréments. Le manque de personnel au sein du secteur de la santé mentale est une revendication récurrente des services confrontés à de nombreuses demandes de la part de la population et qui relèvent la plus grande complexité des situations. »
Selon lui, il importe de souligner que le secteur de la santé mentale est extrêmement dépendant des déterminants sociaux de la santé : l’emploi, le logement, l’environnement et sa dégradation, et cetera, induisent des effets néfastes sur la santé mentale. « Il n’appartient pas aux professionnels de la santé de s’intéresser à ces causes, mais bien de collaborer avec les secteurs précités pour informer, sensibiliser et former à la santé mentale et à la manière de réduire les risques, par des actions ou comportements adaptés. »
Mieux quantifier le taux de turnover
Actuellement, aucune étude scientifique récente n'a quantifié le taux de turnover et le nombre de postes non pourvus en santé mentale en Wallonie, par type de service, selon le ministre. « Tous les deux ans, l'Agence est tenue de transmettre au gouvernement un rapport de synthèse, faisant état de l'offre des services de santé mentale et de la manière dont cette offre s'est déployée. Enfin, dans le cadre du diagnostic sur la force de travail et du développement de la stratégie d’attractivité et de rétention des travailleurs de l’accompagnement et des soins, la seconde phase de diagnostic va porter sur les métiers d’éducateurs et d’assistants sociaux. Actuellement, le diagnostic porte sur sept métiers : médecins généralistes, dentistes, infirmiers, aides-soignants, aides familiaux, aides ménagers sociaux, gardes à domicile. La stratégie en construction prévoit des actions de monitoring des métiers et des formations dans le cadre d’une collaboration entre le FOREm, la FWB Enseignement, l’AViQ et l’IWEPS. »








