"Rien d'humanitaire dans le modèle australien" (MSF)

L'ONG Médecins Sans Frontières (MSF), récemment interdite par l'île de Nauru d'offrir des soins en santé mentale aux réfugiés et à la communauté, prie l'Australie de "cesser immédiatement" sa politique de détention offshore. Ce système "devrait être immédiatement arrêté et ne devrait être reproduit par aucun gouvernement", avertit MSF jeudi dans un communiqué, alors que 78 personnes ont déjà envisagé ou tenté de mettre fin à leurs jours.

MSF a commencé à offrir de tels soins en novembre 2017 aux demandeurs d'asile et réfugiés placés en détention par l'Australie sur l'île de Nauru dans le cadre de sa politique migratoire très stricte. Le 5 octobre, le gouvernement de la micronation Nauru a sommé MSF de mettre fin à ses activités dans les 24 heures.

Une psychiatre sur place affirme que la fin des soins psychiatriques et psychologiques de MSF à Nauru risque de "coûter des vies", alors que 78 personnes ont déjà envisagé ou tenté de mettre fin à leurs jours.

"C'est absolument honteux de dire que les soins en santé mentale de MSF ne sont plus nécessaires", s'insurge le Dr Beth O'Connor, psychiatre chez MSF. Au cours des 11 derniers mois, elle affirme avoir été témoin à Nauru "d'un nombre alarmant de tentatives de suicide et d'actes d'automutilation parmi les hommes, femmes et enfants réfugiés et demandeurs d'asile".

Elle et les autres soignants se disent "particulièrement choqués" par les nombreux enfants dont l'état s'est détérioré au point d'être incapable de manger, de boire ou même d'aller aux toilettes.

Les patients de MSF décrivent leur situation comme étant "bien pire que la prison, car en prison vous savez quand vous pouvez sortir", poursuit le Dr O'Connor. "De mon point de vue professionnel, il n'existe aucune solution thérapeutique pour ces patients tant qu'ils sont pris au piège sur l'île."

Le gouvernement australien a mis en place ce système de détention offshore comme une "politique humanitaire" afin dissuader les tentatives périlleuses d'immigration par bateau. Canberra n'offre aucune perspective d'installation en Australie aux demandeurs d'asile qui sont interceptés lors de leur traversée et les maintient en détention dans des îles du Pacifique.

"Notre expérience prouve qu'il n'y a rien d'humanitaire à sauver des gens en mer pour les laisser ensuite dans une prison à ciel ouvert sur l'île de Nauru", déplore encore Paul McPhun, directeur exécutif de MSF Australie. "Cette politique devrait être immédiatement arrêtée et ne devrait être reproduite par aucun gouvernement. Ce ne sont pas les psychiatres et les psychologues de MSF qui devraient quitter Nauru, ce sont les centaines de demandeurs d'asile et de réfugiés que l'Australie retient sur l'île depuis cinq ans."

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