Résistance aux antimicrobiens : un plan One Health qui modifie directement les pratiques cliniques

Le ministre fédéral de la Santé publique, Frank Vandenbroucke, et le ministre de l’Agriculture, David Clarinval, annoncent mardi dans un communiqué l’adoption d’un nouveau plan d’action national « One Health » contre la résistance aux antimicrobiens pour la période 2026-2030. Doté d’un budget global de 260 millions d’euros, le dispositif vise à réduire davantage l’usage des antibiotiques dans les soins humains, le secteur vétérinaire et l’environnement.

En Belgique, plus de 1 300 personnes meurent chaque année d’une infection résistante, dont environ 70 % sont liées à une infection associée aux soins. Une infection associée aux soins est une infection contractée pendant ou après un traitement médical, notamment dans un hôpital ou une maison de repos.

La résistance aux antimicrobiens progresse sous l’effet de l’adaptation des bactéries et de leur propagation entre humains, animaux et environnement. L’Organisation mondiale de la santé et le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies alertent depuis plusieurs années sur l’impact majeur de cette évolution.

Pour 2030, l’Union européenne fixe un objectif de réduction de 18 % de l’usage des antibiotiques chez l’humain par rapport à 2019. La baisse actuelle en Belgique n’atteint que 4 %. Dans le secteur animal, une réduction de 50 % est requise. Grâce aux actions ciblées et à l’engagement du secteur, cet objectif est presque atteint.

Bon usage des antibiotiques renforcé en première ligne

Pour les médecins généralistes, les données relatives au comportement prescripteur pour les infections fréquentes continueront d’être communiquées et comparées à celles des collègues. Un accompagnement renforcé est prévu pour l’adaptation des prescriptions.

Les entités fédérées lanceront un nouveau projet de bon usage des antibiotiques en première ligne, baptisé BASICS. Le projet sera opérationnel dans l’ensemble du pays à partir de 2027, avec une mise en œuvre différentiée selon les choix politiques des entités fédérées. Il vise à aider les généralistes à utiliser les antibiotiques de manière plus appropriée.

À partir de la fin 2026, les médecins généralistes, pédiatres, gynécologues, urologues et pneumologues auront accès à une plateforme d’aide à la décision pour la prescription d’antibiotiques, directement intégrée dans le dossier du patient.

Prescription à l’unité et impact sur la pratique ambulatoire

En pharmacie, la prescription devra porter sur le nombre exact d’antibiotiques nécessaires, et non plus sur une boîte entière. Le patient ne recevra que les comprimés strictement nécessaires, afin de réduire les restes, les usages inappropriés et la présence d’antibiotiques dans l’environnement.

Conditionnalité budgétaire pour les hôpitaux

Dans le secteur hospitalier, un cadre sera élaboré pour lier l’octroi de certains budgets à la performance des établissements dans la lutte contre la résistance aux antimicrobiens. Cette mesure vise à encourager des actions efficaces et axées sur les résultats.

Parallèlement, Sciensano fournira des données renforcées sur les infections et la résistance aux antibiotiques dans les maisons de repos et de soins. Ces données devront permettre aux établissements d’améliorer leurs pratiques et de prendre des mesures supplémentaires pour limiter la propagation des bactéries résistantes.

Volet vétérinaire et surveillance élargie

Dans le secteur animal, l’enregistrement de l’usage des antibiotiques sera progressivement étendu à toutes les espèces, y compris les animaux de compagnie. Les vétérinaires accompagneront les éleveurs à l’aide de conseils et d’outils pratiques pour prévenir les infections et réduire le recours aux antibiotiques.

Depuis 2011, la vente totale d’antibiotiques à usage vétérinaire a diminué de 59,9 % en Belgique, selon les autorités.

Environnement et dissémination des résistances

Le plan prévoit une promotion de l’usage efficace et durable des désinfectants ainsi qu’une évaluation de l’impact des eaux usées hospitalières sur la propagation de la résistance aux antimicrobiens dans l’environnement.

Gouvernance, budget et consultation

Le plan est piloté par une plateforme de gouvernance présidée par le professeur Herman Goossens, de l’Université d’Anvers.

Les autorités consacrent 43 millions d’euros à de nouvelles initiatives et 217 millions d’euros au financement des dispositifs existants, principalement dans les hôpitaux. Le budget total atteint 260 millions d’euros.

« Aujourd’hui, les antibiotiques font la différence, même pour de simples infections ou opérations. Mais ce n’est plus une évidence. La résistance aux antibiotiques est déjà une cause importante de morbidité et de mortalité en forte croissance dans le monde entier. Nous devons faire en sorte que les médicaments puissent continuer à fonctionner », déclare Frank Vandenbroucke dans le communiqué. « Sans action concrète, nous risquons qu’il soit trop tard. C’est pourquoi, avec ce plan, nous redoublons d’efforts dans la lutte contre l’utilisation néfaste et inappropriée des antibiotiques. »

David Clarinval souligne que « depuis 2011, la vente totale d’antibiotiques à usage vétérinaire a diminué de 59,9 % en Belgique »

Le plan prévoit enfin une consultation publique ouverte jusqu’au 6 mars.

Vous souhaitez commenter cet article ?

L'accès à la totalité des fonctionnalités est réservé aux professionnels de la santé.

Si vous êtes un professionnel de la santé vous devez vous connecter ou vous inscrire gratuitement sur notre site pour accéder à la totalité de notre contenu.
Si vous êtes journaliste ou si vous souhaitez nous informer écrivez-nous à redaction@rmnet.be.