Plan maladies rares: une ambition saluée qui attend son épreuve du feu

Le nouveau plan maladies rares suscite l'approbation sur le terrain. Salué pour sa clarté et son pragmatisme, il replace la prise en charge globale du patient au centre des priorités. Mais pour la Dre Alicia Montesanti, médecin généraliste et coordinatrice de la cellule maladies rares à la SSMG, le véritable défi ne fait que commencer : comment traduire ces ambitions dans la pratique clinique d'une première ligne de soins déjà saturée ?

Le Dr Alicia Montesanti porte un regard globalement positif sur le nouveau plan. « Globalement, je trouve qu’il a été bien écrit et bien ficelé », résume-t-elle. Plus concret que son prédécesseur, le texte met davantage en avant la prise en charge pluridisciplinaire et l’articulation entre spécialistes et médecins généralistes.

Ce regard positif se heurte toutefois à une limite très concrète : le plan en demande beaucoup à la première ligne pour accélérer le diagnostic. Mais sur ce terrain, la marge de manœuvre des généralistes reste limitée. Alicia Montesanti rappelle qu’ils ne disposent pas, à ce stade, des moyens nécessaires pour absorber cette demande supplémentaire. « Nous sommes effectivement surchargés », confirme l’intéressée. Toute la question sera donc de savoir si ces ambitions s’accompagneront d’outils réellement utilisables sur le terrain, afin que le repérage plus précoce des maladies rares ne repose pas sur une charge supplémentaire difficile à absorber.

Du papier au terrain

Pour rompre l'errance diagnostique, qui peut parfois durer de 5 à 10 ans, le plan dégaine plusieurs outils très attendus. L'intégration de fenêtres d'alerte automatiques, ou « Red Flags », directement dans le dossier patient électronique, est une victoire saluée par la Dre Montesanti. Couplées à des algorithmes d'orientation comme « Think Rare », ces applications permettront aux médecins d'être interpellés plus rapidement et de référer le patient avec plus de précision.

Autre avancée stratégique majeure de ce plan : la valorisation claire des « centres d'experts », jugée préférable aux « fonctions maladies rares ». « Pour la première ligne, il est vital de pouvoir orienter le malade vers un spécialiste précis et qualifié. Cette courroie de transmission intermédiaire est donc une très bonne chose », explique la Dre Montesanti. Avoir accès à un listing d'experts garantit au généraliste que son mot de liaison sera lu et que le patient sera pris au sérieux, évitant ainsi les renvois expéditifs aux urgences ou les diagnostics erronés.

Le plan ne changera pas la vie du corps médical d’un point de vue administratif, mais bien celle des patients. « Je pense que la simplification administrative peut changer la vie des patients », affirme Alicia Montesanti, en rappelant qu’ils se retrouvent souvent démunis face à des procédures opaques : « C’est très compliqué, on ne sait pas où aller, on ne sait pas quelles aides demander. »

Mieux intégrer la première ligne

Au-delà des outils diagnostiques, le plan entend aussi mieux articuler les acteurs autour du patient. C’est un point que souligne Alicia Montesanti, qui dit ne pas se sentir « suffisamment intégrée » par la deuxième ligne, alors même que « le médecin généraliste reste, dans les faits, un repère central pour les patients ». Pour elle, l’un des enjeux sera donc de voir si le plan permet réellement de fluidifier les échanges avec les spécialistes et de mieux inscrire la première ligne dans le suivi, au-delà du seul moment de l’orientation.

Cette logique suppose aussi un effort de formation. Non pour demander aux généralistes de connaître les milliers de maladies rares existantes, mais pour renforcer un réflexe clinique face à des tableaux inhabituels, des symptômes atypiques ou une perte d’autonomie inexpliquée. C’est à cette condition, estime Alicia Montesanti, que les ambitions du plan en matière de diagnostic plus précoce pourront se traduire dans la pratique.

Enfin, cette montée en vigilance ne pourra pas reposer uniquement sur la bonne volonté individuelle. Pour la coordinatrice de la cellule maladies rares de la SSMG, elle devra aussi s’ancrer plus tôt dans le cursus des futurs médecins, afin que cette attention aux maladies rares ne reste pas cantonnée à quelques praticiens particulièrement sensibilisés.

> Plan Maladies Rares 2026 -2030 ( Version simplifiée )

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