Les médecins ne disposent actuellement d'aucun argument clinique justifiant un dosage sanguin des PFAS, y compris chez les femmes enceintes ou allaitantes et chez les personnes professionnellement exposées. C'est la conclusion d'une nouvelle étude du Centre fédéral d'expertise des soins de santé (KCE), qui estime que les nombreuses incertitudes scientifiques ne permettent toujours pas d'utiliser ce test pour orienter la prise en charge médicale.
Le rapport prolonge les conclusions publiées par le KCE il y a un an (rapport 403), qui déconseillait déjà le dosage sanguin des PFAS en pratique clinique. Les experts constatent que les connaissances ont progressé, mais pas suffisamment pour modifier cette position. Les risques sanitaires liés aux PFAS restent difficiles à établir avec certitude, les seuils de concentration associés à une augmentation du risque ne sont pas connus et aucun traitement ne permet aujourd'hui de diminuer des taux sanguins élevés.
Cette situation place régulièrement les médecins face à des demandes de patients souhaitant être testés, notamment parce qu'ils vivent à proximité d'un site contaminé ou pensent avoir été exposés dans le cadre de leur activité professionnelle. Le KCE rappelle toutefois qu'un résultat biologique, même élevé, ne permet actuellement ni de prédire un risque individuel, ni de modifier le suivi ou le traitement.
Le rapport s'est cette fois intéressé plus particulièrement à deux groupes considérés comme potentiellement plus vulnérables : les femmes enceintes ou allaitantes et les travailleurs exposés.
Chez les femmes enceintes, le KCE ne voit aucune raison d'adapter le suivi habituel assuré par le médecin généraliste, le gynécologue ou la sage-femme. Les données disponibles ne justifient pas davantage de modifier le calendrier vaccinal de l'enfant. Les auteurs soulignent qu'il n'existe pas de preuve montrant que les PFAS réduisent la réponse immunitaire au point de compromettre la protection conférée par les vaccins.
Le rapport rappelle également que les PFAS peuvent être transmis au nourrisson par le lait maternel. Les bénéfices de l'allaitement restent toutefois supérieurs aux risques potentiels, qui demeurent incertains. Les recommandations actuelles concernant l'allaitement ne sont donc pas remises en cause.
Le KCE s'est aussi penché sur les expositions professionnelles. Certaines catégories de travailleurs sont davantage concernées, notamment dans l'industrie chimique et textile, chez les sapeurs-pompiers ainsi que dans les métiers impliquant un contact important avec les sols, comme l'agriculture, les travaux routiers ou la construction.
Les experts soulignent toutefois que les connaissances restent lacunaires. Il n'existe pas d'inventaire complet des professions réellement à risque et les études consacrées aux expositions professionnelles sont encore peu nombreuses. Le KCE recommande dès lors de développer des recherches plus systématiques, associant des mesures de l'exposition à un suivi clinique de longue durée des travailleurs concernés.
Plus largement, le rapport estime que la recherche sur les PFAS doit gagner en qualité. Les études disponibles utilisent des méthodologies très différentes, ce qui complique leur comparaison. En parallèle, si l'exposition aux PFOS et aux PFOA diminue progressivement sous l'effet du renforcement de la réglementation, de nouvelles générations de PFAS, encore peu étudiées, remplacent progressivement ces substances sur le marché.
Le KCE plaide dès lors pour des études longitudinales de grande ampleur, avec des mesures répétées chez l'humain, une évaluation de l'exposition simultanée à plusieurs PFAS et un intérêt accru pour les nouveaux composés. Il appelle également à renforcer les connaissances chez les populations les plus exposées, notamment les travailleurs, les femmes enceintes, les mères allaitantes et leurs enfants.
En attendant des données plus solides, le message adressé aux cliniciens reste inchangé : le dosage sanguin des PFAS n'apporte actuellement pas de valeur ajoutée pour la prise en charge médicale. La priorité demeure la réduction de l'exposition de la population à ces substances, conclut le KCE.
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