La surpopulation carcérale et l'insuffisance des infrastructures nuisent au bien-être et à la vie privée des prisonniers et accentuent la vulnérabilité des détenus nécessitant des soins, le risque de tensions et les comportements inadaptés. Telle est la conclusion des 37 rapports annuels des commissions de surveillance du Conseil central de surveillance pénitentiaires publiés jeudi.
Au 15 décembre de l'année passée, 672 personnes dormaient sur un matelas posé à même le sol, un chiffre qui a encore grimpé à 763 au 20 avril 2026, relève le Conseil central. Dans ce contexte de forte pression sur le système pénitentiaire, les commissions de surveillance ont documenté, tout au long de l'année, les réalités du terrain.
Cette situation a un impact sur les installations médicales "où le manque d'intimité et le sous-financement rendent difficile l'accès à des soins de qualité". En raison du manque d'activités, d'emploi ou d'infrastructures adaptées, de nombreux détenus passent la majeure partie de leur journée dans leur cellule. Un tel régime a un impact négatif sur le bien-être mental et général des détenus, relève encore le Conseil central.
Le personnel fournit toutefois des efforts admirables dans des conditions particulièrement difficiles, souligne le rapport. Le personnel est soumis à la pression de la surpopulation, à des effectifs inadaptés et à un manque de personnel. La pénurie importante de psychiatres, de personnel soignant et de ressources médicales compromet considérablement la prise en charge thérapeutique adaptée, ce qui rend la réinsertion plus difficile.
Selon les rapports, l'évaluation psychiatrique des détenus diffère fortement d'un établissement à l'autre. Plusieurs établissements procèdent à une évaluation (quasi) systématique de la santé mentale (Arlon, Forest, Jamioulx, Lantin, Turnhout). D'autres se limitent à une simple évaluation du risque de suicide ou des antécédents psychiatriques (Louvain secondaire). Enfin, dans d'autres établissements, il semble qu'aucun examen psychiatrique ne soit effectué dès le début et que cela dépende uniquement de la demande du détenu ou du personnel (Hasselt, Termonde nouvelle, Tournai), est-il relevé.
Plusieurs établissements signalent aussi un nombre élevé d'incidents, souvent liés à des problèmes de toxicomanie et à un manque de soins adaptés. L'isolement est régulièrement utilisé. "Cela confirme qu'une logique de sécurité prévaut dans les prisons et que les mesures prises constituent souvent une solution d'urgence plutôt qu'une réponse thérapeutique", indique le rapport.
Face à cette situation, le Conseil central formule plusieurs recommandations. Il suggère de transférer dès que possible l'ensemble des compétences en matière de soins de santé pénitentiaires de la ministre de la Justice au ministre de la Santé et, en attendant, de prévoir d'urgence suffisamment de prestataires de soins.
Il recommande aussi de prendre des mesures pour réduire au maximum l'absentéisme du personnel en améliorant l'attractivité du métier d'agent pénitentiaire et les conditions de travail (formation, rémunération, congés, horaires, etc.) et d'offrir systématiquement une formation spécifique au travail en milieu psychiatrique.
Il propose aussi de mettre en place, dans tous les établissements, "une véritable politique de prévention et de suivi du suicide." En 2024, 16 suicides sont survenus en prison, selon les chiffres de la DG EPI.
"Dans la société en liberté, il est déjà difficile de trouver un médecin ou un dentiste. En prison, ces problèmes sont bien plus importants", observe Pieter Houbey, vice-président du Conseil central. "Tous ces problèmes pèsent lourdement sur les détenus. Un bon repas, par exemple, peut faire toute la différence dans leur journée. De nombreuses initiatives louables sont prises par le personnel et la direction pour améliorer la situation, mais elles se heurtent elles aussi aux limites du système." Selon lui, "en mettant l'accent sur le bien-être mental dans la société et en prison, on peut prévenir de nombreux faits. C'est un enjeu sociétal majeur, car la quasi-totalité des détenus seront un jour libérés", rappelle M. Houbey.
Le vice-président demande aussi "un peu de courage sociétal". On observe une tendance à exiger des peines de prison trop rapidement pour certaines infractions, estime-t-il. "Nous voulons des peines lourdes parce que nous pensons qu'elles sont efficaces, mais la recherche scientifique montre que ces idées sont dépassées, car le risque de récidive est nettement plus faible avec une peine alternative. Il faut agir maintenant, il est déjà minuit cinq", conclut-il.









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Francois Planchon
02 mai 2026Petit témoignage : un jugement du tribunal du travail (TT) condamnait un CPAS à prendre en charge des soins médicaux en prison, en précisant dans ses attendus que le SPF justice aurait dû les prendre en charge, mais que le TT n'ayant pas le pouvoir de le contraindre, il obligeait le CPAS à assumer... "quitte à se retourner contre le SPF justice pour en obtenir le remboursement"... Surréaliste...