Des chercheurs ont identifié un possible point de bascule biologique lié à la progression de la maladie d'Alzheimer vers la démence. Il s'agit d'un changement d'état des cellules immunitaires du cerveau, les microglies. Les résultats de leur étude sont publiés dans la revue scientifique Nature Medicine.
Leur découverte est importante car toutes les personnes présentant les signes caractéristiques de la maladie d'Alzheimer ne développent pas nécessairement une démence. Certaines personnes âgées ont bien les agrégats de protéines typiques dans le cerveau, mais conservent leur mémoire et leurs autres fonctions cognitives. La nouvelle étude suggère que la réaction des microglies joue un rôle important dans ce maintien des fonctions cognitives.
"Cette étude, entièrement basée sur des échantillons de donneurs humains, éclaire la progression de la maladie d'Alzheimer vers la démence, ainsi que les mécanismes susceptibles de protéger la résilience cognitive", indique le professeur Bart De Strooper du Centre des neurosciences de l'Institut flamand de biotechnologie/KU Leuven.
Pour cette étude, les scientifiques ont analysé du tissu cérébral provenant de personnes âgées atteintes ou non de démence, ainsi que de centenaires en bonne santé cognitive. Ils ont eu recours à des techniques permettant d'examiner en détail les cellules cérébrales individuelles.
Les chercheurs ont observé que les microglies réagissent dès un stade précoce aux plaques amyloïdes, ces agrégats de protéines qui se forment autour des neurones et sont caractéristiques de la maladie d'Alzheimer. À un moment donné, ces cellules basculent cependant vers un autre état, qui coïncide avec l'apparition d'enchevêtrements de protéines tau, une deuxième anomalie majeure dans le cerveau des patients Alzheimer. Selon les chercheurs, cette transition pourrait constituer une étape critique dans la progression de la maladie.
L'étude a aussi mis en évidence différentes formes de résistance à la maladie. Certaines personnes âgées porteuses de plaques amyloïdes sont restées exemptes de démence et n'ont pas connu ce basculement vers l'état microglial tardif. Chez les centenaires en bonne santé cognitive, cet état tardif a bien été observé, mais sans le lien habituel avec l'accumulation de protéines tau.
La recherche a été conduite par des scientifiques de l'Institut flamand de biotechnologie (Vlaams Instituut voor Biotechnologie, VIB), de la KU Leuven, de l'UK Dementia Research Institute et de Muna Therapeutics. Selon les chercheurs, ces résultats pourraient à terme contribuer au développement de nouveaux traitements ciblant la réaction des cellules cérébrales à la maladie d'Alzheimer.








