N-VA et CD&V s’opposent sur la réforme de l’intervention majorée

La préparation du budget fédéral replace les soins de santé au centre du débat politique. La présidente de la N-VA, Valérie Van Peel, veut réaliser d’importantes économies dans la sécurité sociale, notamment via une réforme de l’intervention majorée. Une ligne qui se heurte aux critiques du président du CD&V, Sammy Mahdi, alors que les discussions budgétaires n’ont pas encore commencé.

Pour la N-VA, l’intervention majorée constitue un levier important pour reprendre le contrôle du budget. Selon Valérie Van Peel, une réforme du système pourrait rapporter jusqu’à 1,5 milliard d’euros.

Comme l’ont déjà écrit Medi-Sphère et Le Spécialiste, environ 2,4 millions de Belges bénéficient aujourd’hui de ce statut, soit près d’un habitant sur cinq. Pour la N-VA, cette proportion est excessive au regard du risque de pauvreté, évalué à environ 10,5%.

Valérie Van Peel pointe notamment l’octroi automatique du statut par les mutualités. Selon elle, des personnes disposant de faibles revenus imposables, mais d’un patrimoine complémentaire, peuvent ainsi bénéficier d’avantages tels que des tickets modérateurs fortement réduits. Ce qui détournerait ainsi le dispositif de son objectif initial.

La N-VA plaide dès lors pour une limitation stricte de l’octroi automatique et pour un contrôle approfondi des moyens, incluant le patrimoine. Le système devrait, selon le parti, être recentré sur les groupes les plus vulnérables.

Le rôle des mutualités est également visé. La N-VA évoque un risque de conflit d’intérêts, dès lors qu’elles interviennent à la fois dans le paiement et dans le contrôle.

Malades de longue durée

La N-VA entend aussi s’attaquer à la hausse rapide du budget consacré aux malades de longue durée. Celui-ci atteint aujourd’hui environ 12 milliards d’euros et devrait encore augmenter dans les prochaines années.

Valérie Van Peel souhaite retirer aux mutualités le contrôle de l’incapacité de travail pour le confier à une instance indépendante. Selon elle, plusieurs rapports montrent qu’une partie des malades de longue durée serait encore partiellement apte au travail ou ne remplirait pas entièrement les conditions.

« Un doigt d’honneur aux soins »

Les propositions de la N-VA suscitent une vive réaction du CD&V. Sammy Mahdi met en garde contre un durcissement du débat avant même l’ouverture des négociations budgétaires.

La critique visant les mutualités est particulièrement mal accueillie. Le président du CD&V qualifie l’idée selon laquelle celles-ci auraient intérêt à compter davantage de malades de « plus grand doigt d’honneur que l’on puisse adresser aux soins ». Selon lui, ce type de discours fragilise la confiance envers les acteurs de la santé.

Le CD&V reconnaît toutefois la nécessité de lutter contre les usages abusifs de l’intervention majorée. Le parti avance d’autres pistes, comme la prise en compte du revenu cadastral afin d’exclure les personnes disposant d’un patrimoine immobilier important.

Il souhaite également s’attaquer aux montages via des sociétés de management, qui permettent à certains de déclarer des revenus artificiellement bas et d’accéder plus facilement à des avantages sociaux.

Alors que la N-VA insiste sur la restriction et le contrôle, le CD&V met davantage l’accent sur l’accessibilité des soins. Le parti plaide pour une extension du tiers payant, afin que les patients ne paient que le ticket modérateur chez les prestataires. Pour Sammy Mahdi, cette mesure permettrait d’éviter que des patients reportent des soins pour des raisons financières, au risque de nécessiter ensuite des traitements plus lourds et plus coûteux.

Tensions dans la coalition

Le débat révèle une ligne de fracture au sein de la coalition fédérale. La N-VA met en avant l’efficacité budgétaire et une délimitation plus stricte des droits sociaux, tandis que le CD&V insiste sur l’accessibilité des soins et la protection des patients.

Alors qu’un effort budgétaire de 4 à 5 milliards d’euros est attendu, les soins de santé s’annoncent à nouveau comme un dossier central des négociations. L’équilibre à trouver entre discipline budgétaire et maintien d’un système largement accessible sera l’un des enjeux majeurs des prochaines semaines.

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Derniers commentaires

  • Robin GUEBEN

    28 avril 2026

    Pour le moment, pour les vrais acteurs de soins tels que les médecins, les infi, les kinés, les logopèdes, les dentistes, les soignants de tout côté et aide-soignants de tout côté etc, c'est plutôt Sammy Mahdi qui se range devant les mutualistes et autres cadres de santé et qui nous fait un double-fuck foutage de gueule.

  • Robin GUEBEN

    28 avril 2026

    Je suis aux regrets de dire que le CD&V ne serait pas retenu à l'embauche d'une agence d'assurances... La sécurité sociale étant une assurance universelle, on fonce en chute libre face la première vers le sol avec le tiers-payant généralisé et étendu. Le tiers-payant peut fonctionner dans des cas très particuliers et très limités comme le forfait ou les personnes en précarité grave. Même à l'ancien statut VIPO TPS xx1xx1 sur les vignettes de mutuelle, le médecin avait le droit de faire un TPA sur les ASD et on n'était pas le far west américain à l'époque !

    Que se passe-t-il pour une assurance quand tout le monde rencontre le même malheur en même temps et que le malheur est valable ? Faillite de l'assurance.
    Que se passe-t-il pour le casino si aux machines à sous tout le monde sait tricher et déclare un jackpot ? Faillite du casino.
    Ce n'est pas un exercice de pensée, c'est déjà la situation sur le terrain et ce sera pire dans le futur, toutes les projections font exploser les coûts budgétaires des soins de santé.

    Solution du CD&V, Vooruit, Ecolo-Groen et toute la clique socialiste/socio-chrétienne, mettre plus de taxes, plus de contrôleurs coûteux et plus d'open-bar pour accueillir plus de prestataires pour encore plus de coûts. Vous êtes fous !