Le projet du ministre fédéral de l’Emploi David Clarinval (MR) visant à confier largement aux infirmiers du travail les examens périodiques des travailleurs exposés à des risques suscite l’opposition de l’Association professionnelle belge des Médecins du Travail (APBMT). La réforme doit permettre aux médecins du travail de consacrer davantage de temps à la réintégration des malades de longue durée. L’association craint au contraire un affaiblissement du suivi préventif des travailleurs.
Environ la moitié des travailleurs belges sont actuellement soumis tous les deux ans à un examen médical auprès d’un médecin du travail. Sont notamment concernés les travailleurs occupant un poste à risque ou une fonction de sécurité, comme les conducteurs de chariots élévateurs ou certains travailleurs de laboratoire.
Un projet d’arrêté royal porté par le ministre de l’Emploi David Clarinval entend modifier ce système. L’examen périodique serait désormais effectué par des infirmiers du travail. Le médecin du travail n’interviendrait que si l’infirmier l’estime nécessaire ou si le travailleur demande lui-même une consultation.
« La santé du travailleur sera moins bien suivie »
L’Association professionnelle belge des Médecins du Travail (APBMT) estime que la réforme va trop loin. Elle reconnaît la pénurie de médecins du travail et l’augmentation de leur charge de travail, mais redoute une perte d’expertise médicale.
« Le rôle du médecin du travail est complètement vidé de sa substance », avertit Olga Gerbosch, présidente de l’association. « La santé du travailleur sera moins bien suivie », ajoute-t-elle.
Selon l’APBMT, le rôle du médecin du travail ne se limite pas à l’évaluation d’un problème de santé isolé. Il prend également en compte la fonction exercée et les risques présents sur le lieu de travail. L’association souligne aussi l’importance de la relation de confiance entre le médecin et le travailleur. Un suivi régulier peut faciliter l’évocation de problèmes de santé sensibles et permettre une intervention avant qu’une incapacité de longue durée ne survienne.
Davantage de temps pour les malades de longue durée
L’objectif du ministre est de libérer du temps médical pour la réintégration des près de 600.000 malades de longue durée. En transférant une partie des examens périodiques aux infirmiers du travail, les médecins pourraient davantage se consacrer à l’accompagnement du retour au travail.
L’APBMT redoute toutefois un effet inverse : la diminution des contacts réguliers entre médecins et travailleurs pourrait, selon elle, conduire à davantage d’absences de longue durée.
L’association propose dès lors une autre formule : maintenir un examen par un médecin du travail tous les cinq ans, avec une fréquence portée à tous les trois ans à partir de 45 ans. Cette organisation permettrait, selon elle, de dégager du temps pour les autres missions des médecins tout en maintenant leur implication directe dans le suivi médical des travailleurs.
Les services de prévention soutiennent le projet
Co-Prev, l’organisation qui chapeaute les services externes de prévention et de protection au travail, défend en revanche le projet. « Aujourd’hui, nous parvenons à peine à faire effectuer 60 % des consultations périodiques par un médecin », explique sa directrice Hanne Sanders dans le quotidien flamand Het Nieuwsblad. « Le nouveau système de triage avec des infirmiers formés à cet effet offre enfin une solution. »
Elle souligne que le médecin du travail ne disparaîtrait pas du dispositif. Toute personne débutant dans une fonction concernée devrait d’abord être déclarée apte par un médecin. Les médecins du travail continueraient également à faire partie des équipes de prévention présentes dans les entreprises et à y exercer un rôle de coordination.
Olga Gerbosch reste sceptique et craint surtout une perte du contact direct entre les médecins du travail, les travailleurs et leur environnement professionnel. « Si nous perdons le contact avec le terrain, toute l’histoire de la réintégration s’effondrera », prévient-elle.









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Sammie SOETAERT
20 septembre 2026N'ayant pas accès au dossier curatif des travailleurs, le médecin du travail ne peut que compter sur la création d'une relation de confiance avec les travailleurs pour obtenir les éléments sur lesquels il pourra baser sa décision. Sans cela, il est aveugle. Nous savons tous que certains travailleurs dissimulent certaines pathologies ayant crainte de perdre leur emploi, or la relation de confiance permet justement de lutter contre cette crainte si le travailleur sait que l'on tentera de trouver des aménagements de poste. Si un aveugle (le patient sans perspective) conduit un autre aveugle (le médecin du travail), ils tomberont tous les deux dans un trou. Les malades dérangent dans un société matérialiste ou seule la productivité compte. Limiter au maximum la déclaration et la reconnaissance des maladies professionnelles est peut-être un des objectifs cachés. Tout comme lors de la crise des subprimes en 2008, on assiste à la privatisation des profits et à la mutualisation des pertes (faire porter par la collectivité et donc l'INAMI, le fardeau des maladies professionnelles). Car casser le thermomètre n'a jamais fait baisser la fièvre, tout comme le numérus clausus n'a pas réduit le nombre de malades mais bien le nombre de malades soignés.