Les Belges ont réduit leur utilisation d’antibiotiques mais en consomment toujours trop

La consommation d’antibiotiques a reculé de 14 % en Belgique au cours de la dernière décennie, mais reste trop élevée pour atteindre les objectifs européens de réduction d’ici 2030. Dans un rapport publié vendredi, Sciensano précise que le niveau actuel, de 20,6 doses journalières définies pour 1 000 habitants, dépasse encore la cible fixée et nécessite des mesures renforcées en milieu hospitalier et en soins ambulatoires.

Selon le rapport, la Belgique a réduit sa consommation d’antibiotiques de 14 % sur dix ans, tous secteurs confondus, ce qui constitue une évolution jugée encourageante. Cette diminution ne suffit toutefois pas à remettre le pays sur la trajectoire attendue par l’Union européenne, qui fixe pour 2030 un objectif moyen de 17,5 doses journalières définies pour 1 000 habitants par jour. Sciensano rappelle qu’une utilisation excessive ou non ciblée peut accélérer l’émergence de résistances, considérées par l’Organisation mondiale de la Santé comme une menace majeure pour la santé publique, et souligne la nécessité de promouvoir une prescription plus responsable, en particulier pour les antibiotiques à large spectre.

En milieu hospitalier, la consommation a augmenté de 15 % en dix ans lorsque l’on rapporte l’utilisation aux jours-patients. Elle est passée de 466 DDD pour 1 000 jours-patients en 2014 à 537 en 2023, alors que la consommation globale diminuait. Sciensano y voit notamment le reflet d’une concentration des traitements les plus intensifs sur des séjours hospitaliers plus courts. Les hôpitaux tertiaires, qui prennent en charge les patients les plus fragiles et les infections les plus complexes, restent les plus gros consommateurs d’antibiotiques, notamment dans les unités de soins intensifs. Ils ont néanmoins réduit leur consommation de 13,7 % sur la période étudiée, montrant que des marges de progression existent même dans ces contextes. À l’inverse, les hôpitaux primaires et secondaires, confrontés à une patientèle plus large et des infections moins complexes, ont vu leur consommation augmenter respectivement de 13,6 % et 8,4 %. Selon Sciensano, une harmonisation des pratiques entre établissements pourrait contribuer à améliorer l’usage global des antibiotiques.

En soins ambulatoires, la consommation d’antibiotiques a, elle aussi, reculé de 14 % sur la période 2014-2023, mesurée en doses journalières définies. La baisse a été particulièrement marquée en 2020, avant un rebond progressif et une stabilisation en 2023, à un niveau toujours supérieur à la moyenne européenne. Les données montrent également des différences importantes selon le sexe et l’âge : en 2023, les femmes ont consommé 38 % d’antibiotiques de plus que les hommes. Chez les personnes de 65 ans et plus, celles vivant en maison de repos consomment en moyenne deux fois plus d’antibiotiques, avec des traitements plus longs et plus larges. Près de 80 % de la consommation ambulatoire annuelle est liée à des prescriptions de médecins généralistes et de dentistes, ce qui en fait un levier central pour la réduction globale.

Le rapport met enfin l’accent sur deux groupes d’antibiotiques ciblés par les objectifs belges en soins ambulatoires. L’utilisation des fluoroquinolones, antibiotiques à large spectre réservés à des infections bactériennes graves, devrait descendre à 5 % de la consommation totale. Leur part a nettement diminué en dix ans, passant de 11,4 % à 6,5 %, mais reste supérieure à l’objectif fixé. À l’inverse, l’amoxicilline seule, antibiotique à spectre étroit recommandé notamment pour les infections des voies respiratoires ou urinaires afin de limiter la résistance, a légèrement progressé par rapport à la combinaison amoxicilline–acide clavulanique. Elle ne représente toutefois encore qu’environ la moitié des traitements à base d’amoxicilline, alors que l’objectif national vise 8 cas sur 10. Sciensano estime que l’atteinte de ces objectifs passera par des ajustements supplémentaires de la prescription, tant en ville qu’à l’hôpital, pour préserver l’efficacité des antibiotiques à long terme.

>  Consulter le rapport complet

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